La Chine et le Moyen-Orient – Point de situation au 28/04/2024

Sous couvert de soutien inconditionnel, une légère prise de distance avec l’Iran
L’attaque du consulat iranien à Damas, survenue le 1er avril et attribuée a priori à Israël, a été «fermement dénoncée» par la Chine comme constituant une «violation du droit international». Elle a été suivie d’une riposte iranienne à l’ampleur inattendue le 13 avril. Les ministres des Affaires étrangères (MAE) chinois, Wang Yi, et iranien, Hossein Amir-Abdollahian, ont évoqué cette série d’incidents lors d’un échange téléphonique le 15 avril.
Le ministre iranien des Affaires étrangères a assuré Pékin de son intention de «faire preuve de retenue» dans sa réponse à Israël. En réponse, Wang Yi a indiqué que, bien qu’elle ait relevé son intention d’exercer son «droit à l’auto-défense» [non reconnu en droit international], la partie chinoise apprécie «l’accent mis par l’Iran sur le fait de ne pas viser les pays de la région et les pays voisins». Si l’on analyse ce discours, les nuances révèlent une légère prise de distance : la Chine n’affirme pas le «droit à l’auto-défense» de Téhéran mais reconnaît son intention de se défendre ; par ailleurs, tout le long du discours de Wang Yi, ressort une insistance sur la nécessité de désengagement. Le MAE chinois indique être «confiant» sur le fait que «dans ses efforts pour protéger sa souveraineté et son honneur, l’Iran évitera toute escalade».
Le même jour, Wang Yi a participé à un autre échange téléphonique avec le prince Faisal bin Farhan al Saoud, son homologue saoudien. L’objectif semble avoir été de donner un écho à la volonté iranienne de ne pas provoquer un élargissement du conflit hors de la bande de Gaza et des foyers dans les territoires voisins. Cette insistance aurait pu viser à encourager les Etats arabes à faire pression sur Israël, afin d’éviter une riposte trop violente de la part de Tel Aviv et un embrasement définitif de la région.
Parallèlement, les relations sino-israéliennes continuent de se détériorer. Israël a critiqué la réaction chinoise à la riposte de Téhéran, indiquant s’être attendu à une «condamnation plus ferme [de l’offensive iranienne] et une reconnaissance du droit d’Israël à se défendre» (1). Cette restructuration des relations entre Tel Aviv et Pékin laisse la place à un rapprochement plus conséquent, bien qu’encore timide, entre Israël et Taïwan – manifesté par la création d’un groupe d’amitié parlementaire israélo-taïwanais à Taipei en janvier 2024, et à la récente visite d’une délégation de députés israéliens dans la capitale de l’île.
– La Chine exprime sa déception après l’échec de la demande d’adhésion de la Palestine à l’ONU
Le 19 avril, le Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) a été amené à voter sur l’adhésion de la Palestine à l’ONU, portée par un projet de résolution introduit par l’Algérie début avril. En amont du vote, la Chine avait exprimé un soutien clair à cette adhésion : en déplacement à Jakarta le 18 avril, le MAE chinois Wang Yi et son homologue indonésien Retno Marsudi ont conjointement appelé à la mise en œuvre immédiate d’un cessez-le-feu, et ont explicitement exhorté Washington à soutenir le projet de résolution sur l’adhésion de la Palestine (2). Le vote de la résolution, malgré 12 votes pour (dont la France) et 2 abstentions (Royaume-Uni et Suisse), a finalement échoué en raison du veto des Etats-Unis.
Suite à cet échec, le représentant permanent de la Chine aux Nations Unies, Fu Cong, a exprimé la «profonde déception» de la Chine à l’égard de la décision des Etats-Unis, et qualifié l’établissement d’un Etat indépendant de «droit dont l’on ne peut priver le peuple palestinien». Fu Cong soutient que, à l’inverse de la position défendue par ses homologues américains, la reconnaissance de la Palestine comme membre à part entière de l’ONU créerait les conditions de la reprise du dialogue, en lui conférant un statut plus égal à celui de l’Etat d’Israël (3). Wang Yi a également déploré le rejet de la résolution, et déclaré que l’entrée de la Palestine aux Nations Unies constituerait la «rectification d’une injustice historique».
La visite en Chine du secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, du 25 au 27 avril, a par ailleurs été sous-tendue par le dossier israélo-palestinien, en parallèle des échanges portant sur l’Ukraine, l’Indopacifique et les tensions dans le commerce bilatéral, entre autres. En déplacement à Shanghaï et Pékin, il a relayé la position américaine sur ce dossier, exhortant la Chine à faire pression sur l’Iran afin que Téhéran bride l’activisme de ses proxys dans la région. La partie chinoise, de son côté, continue de dénoncer les blocages des injonctions au cessez-le-feu du CSNU par les Etats-Unis, qui nourrissent son narratif sur un défaut de neutralité de Washington.
– Nouveaux convois d’aide humanitaire envoyés via l’Egypte
La chaîne officielle CCTV a annoncé l’arrivée de deux nouveaux convois d’aide humanitaire chinois en Egypte, les 18 (par air – aéroport Al-Arish) et 19 avril (par mer – port Saïd), transportant des denrées d’urgence (produits alimentaires, céréales, farine, matériel médical et médicaments, ainsi que des tentes, matelas et vêtements). Ces denrées devraient être acheminées sur la bande de Gaza via le point de passage de Rafah.
A la différence de l’envoi d’aide humanitaire précédent, fin mars, le volume de l’aide expédiée n’est cette fois pas précisé. Ce dernier envoi fait toutefois écho à celui de mars sur un plan : celui de la médiatisation, qui semble rester limitée, malgré la diffusion de quelques images à la télévision et sur les réseaux sociaux.
(1) Certains officiels iraniens (camp réformiste) ont également critiqué la réponse chinoise à la destruction du consulat à Damas : cette dernière a été, selon eux, «trop lente» à venir.
(2) Cet appel conjoint vise tant à mettre en scène la proximité sino-indonésienne qu’à donner un écho important à la position chinoise sur ce dossier.
(3) Extrait du discours de Fu Cong suite au rejet de l’adhésion de la Palestine aux Nations Unies, représentatif de la position chinoise sur ce dossier : «La Chine éprouve une profonde déception à l’égard de la décision des Etats-Unis. […] La partie chinoise réfute l’argument des pays concernés selon lequel la Palestine ne peut devenir un membre à part entière des Nations en raison de son incapacité à se gouverner elle-même. […] Etablir un Etat indépendant est un droit dont l’on ne peut priver le peuple palestinien, on ne peut le remettre en doute ni le marchander. […]
Les Etats concernés [i. e. Israël et les Etats-Unis] ont fait de la négociation un prérequis, avançant que l’entrée de la Palestine aux Nations Unies serait le résultat de ces pourparlers : c’est confondre les étapes. Dans un contexte où il apparaît de manière de plus en plus évidente qu’Israël refuse la «solution à deux Etats», l’entrée de la Palestine en tant que membre officiel des Nations Unies lui permettrait de jouir d’un statut égal à celui d’Israël, et aiderait à créer les conditions adéquates à la reprise d’un dialogue israélo-palestinien. […]»
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



