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Le Japon autorise l’exportation d’armes létales dans l’objectif de renforcer ses partenariats de défense

Publié le 22/05/2026
6 min de lecture
Par Hortense de Lorgeril
Asie de l'est
Réunion du 5 mai 2026 entre le ministre de la Défense du Japon, Shinjirō Koizumi , et des Philippines, Gilberto C. Teodoro, Jr. Source: ministère de la Défense du Japon sur X.

Réunion du 5 mai 2026 entre le ministre de la Défense du Japon, Shinjirō Koizumi , et des Philippines, Gilberto C. Teodoro, Jr. Source: ministère de la Défense du Japon sur X.

Récemment, le Japon a opéré un virage surprenant concernant sa politique de défense. Ce pays traditionnellement pacifique, un principe garanti par sa Constitution post-Seconde Guerre mondiale l’empêchant de s’engager dans des conflits armés, cherche à renforcer sa coopération internationale en matière de défense. En effet, ce 21 avril, la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a levé l’interdiction d’exporter des armes létales à des pays tiers, pourtant inscrite dans «Les trois principes du système de transfert des matériels et technologies de défense».

Ce cadre législatif trouve son origine en 1967. Il visait alors principalement à interdire l’exportation d’armes vers des pays du bloc communiste. Il fut ensuite amendé en 1976 pour étendre cette interdiction à l’ensemble des pays, afin de ne pas promouvoir la militarisation «conformément à la position du Japon en tant que nation pacifiste». Face aux évolutions de l’environnement géopolitique et aux contraintes posées au développement de l’industrie de défense japonaise, le document est à nouveau amendé en 2014 par le gouvernement de Shinzo Abe afin d’assouplir mais surtout de clarifier les rares conditions selon lesquelles la vente d’armes pouvait être autorisée. En 2026, le Japon fait ainsi face à un contexte similaire nécessitant un nouvel amendement.

Réviser la législation japonaise pour répondre aux nouveaux besoins sécuritaires

Jusqu’à cette réforme, ce document garantissait un encadrement strict de la vente d’équipements de défense à l’étranger qui la limitait à des matériels non létaux, réservés à des missions d’aide humanitaire ou de réponse à des attentats terroristes. A présent, le Japon est autorisé à exporter des armes de guerre telles que des missiles ou des destroyers, bien que cette autorisation soit limitée aux pays signataires d’un accord relatif au transfert de matériels et de technologies de défense. Le document précise cependant que l’exportation d’armes vers un pays engagé dans un conflit reste interdite.

L’objectif affiché par le gouvernement Takaichi est de «garant[ir] la sécurité du Japon, […] assur[er] à la population une protection et une vie paisible [et] favoriser davantage la paix et la stabilité tant à l’échelle régionale qu’internationale». Plus concrètement, cette décision permet au Japon de consolider ces alliances mais aussi de «sécuriser la capacité de production domestique qui permet de poursuivre le combat en cas d’urgence». Dit autrement, le Japon cherche à stimuler son industrie de défense nationale dans l’éventualité où elle deviendrait primordiale pour la sécurité du pays. Cette décision n’est pas un hasard et fait suite à l’intensification des tensions dans la région, en particulier au regard des menaces chinoises envers l’intégrité de Taïwan. Pour rappel, en novembre dernier Sanae Takaichi avait estimé qu’une attaque de la Chine sur Taïwan représenterait une menace pour le Japon et que le pays serait ainsi en droit d’intervenir en cas de conflit. Plus récemment, Donald Trump s’est rendu à Pékin où il s’est entretenu avec Xi Jinping, rencontre après laquelle le Président des États-Unis s’est montré très ambigu sur sa volonté de défendre Taïwan. Dans un tel contexte, il n’est pas surprenant que les pays de la région cherchent à renforcer leurs alliances.

Face à cette décision, de vives réactions à l’échelle nationale et internationale

Cette décision d’autoriser l’exportation d’armes létales a été très bien accueillie par de nombreux États, au premier rang desquels, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le Premier Ministre néo-zélandais, Christopher Luxon, se serait d’ailleurs entretenu au téléphone avec Sanae Takaichi, appel durant lequel il s’est dit intéressé par le nouveau modèle de frégate japonais Mogami. La Corée du Sud s’est montrée plus mesurée, au vu de son histoire difficile avec le Japon. Le ministre des Affaires étrangères sud-coréen a déclaré espérer que cette démarche aurait lieu «d’une façon respectueuse de l’esprit pacifiste de la constitution japonaise». La Chine a, sans surprise, critiqué cette initiative.

L’événement a également relancé le débat à l’échelle nationale sur la nécessité de modifier la Constitution, et notamment le fameux Article 9, garant du pacifisme d’État du Japon. Ce 4 mai, jour anniversaire de la Constitution, de nombreux législateurs se sont réunis pour exprimer leur crainte de voir le pays s’engager vers une remilitarisation. Certains appellent Tokyo à protéger l’article 9, tandis que d’autres plaident pour une révision de ce dernier comme Yuichiro Tamaki, président du Parti démocrate du peuple.

L’indonésie et les Philippines : premiers clients du virage japonais

Enfin, l’autorisation de la vente d’armes de guerre japonaises s’est suivie d’une importante accélération de la coopération de défense avec l’Indonésie et les Philippines. Dans un communiqué de presse commun publié le 4 mai, les ministres de la défense japonais et indonésien, Shinjiro Koizumi et Sjafrie Sjamsoeddin, ont signé un accord de coopération de défense qui inclut une intensification de leur collaboration sécuritaire, notamment à travers «des échanges, des formations, un renforcement des capacités et des exercices conjoints entre les autorités de défense».

Les Philippines, en particulier, ont manifesté un intérêt pour une coopération plus soutenue avec le Japon.  Face à la prédation chinoise sur les ressources halieutiques et des territoires en mer de Chine méridionale, la marine philippine cherche à améliorer ses capacités de dissuasion et de défense à travers l’achat de destroyers d’escorte japonais Abukuma et d’avions TC-90. Le secrétaire de la Défense nationale philippin, Gilberto C. Teodoro Jr., félicite cette collaboration qui «n’inclue pas uniquement le transfert d’équipement, mais aussi la formation et l’entraînement nécessaire à son utilisation par la marine philippine, un soutien dans l’entretien afin d’assurer la continuité des opérations, une coordination entre les services concernés, l’échange d’information et la mise en place de mesures appropriées pour la gestion des équipements transférés».

Il a également applaudi la participation des forces d’autodéfense japonaises aux entraînements de terrain avec les Philippines et les États-Unis qui «symbolisent l’intensification de la coopération opérationnelle entre les deux pays» et encourage de futures démarches multilatérales similaires entre le Japon, les Philippines, les États-Unis et l’Australie, entre autres.

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