Tournée diplomatique au Moyen-Orient : la Chine peine à formuler une réponse politique au conflit

Rencontre de Zhai Jun avec le Secrétaire Général du Conseil de Coopération du Golfe, le 8 mars 2026.
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Depuis l’ignition d’un nouveau conflit au Moyen-Orient le 28 février 2026, le gouvernement chinois peine à formuler une réponse diplomatique forte et cohérente. La Chine est durement touchée par la campagne militaire contre son allié iranien, où elle possède de nombreux intérêts économiques et qui la prive d’un apport énergétique crucial.
La tournée du représentant spécial chinois Zhai Jun auprès des autorités du Golfe et du Maghreb, entamée le 8 mars, s’inscrit dans un effort de recalibrage diplomatique et communicationnel. La relative légèreté des discours chinois dénonçant les violations du droit international contraste avec l’absence criante de condamnation directe des attaques iraniennes contre les Etats de la région.
En outre, plus qu’un engagement immédiat dans la résolution du conflit, ces échanges constituent une tentative de maintenir l’empreinte diplomatique et économique de la Chine au Moyen-Orient. L’Etat chinois prépare déjà l’après-guerre, et se projette dans la confrontation de long-terme avec les Etats-Unis, notamment autour du dossier taïwanais.
Le lent et difficile recalibrage de la communication chinoise
Le vendredi 20 mars, le représentant spécial de la Chine auprès des Etats du Moyen-Orient, Zhai Jun, a conclu une longue série de visites au Moyen-Orient, menées du 8 au 17 mars, par une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères égyptien. Lors de cet échange, il a dénoncé les impacts sur la «sécurité énergétique globale» engendrés par l’opération militaire américaine contre l’Iran, baptisée «Epic Fury». Le 19 mars, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois Lin Jian a déclaré que «l’assissinat de décideurs iraniens et les attaques contre des cibles civiles est tout à fait inacceptable».
Deux lignes discursives se dégagent de ces déclarations : d’abord, la critique implicite des Etats-Unis ; ensuite, la dénonciation un peu plus franche des attaques contre l’Iran. Les ambassadeurs, représentants spéciaux et porte-paroles réitèrent pour leur part les appels à la paix, la dénonciation des attaques contre les civils, et le soutien des «demandes légitimes» de ses partenaires moyen-orientaux à «protéger leurs droits» et leur territoire. La violation des règles fondamentales du droit international, et les impacts négatifs pour l’économie globale, forment une troisième ligne de discours.
Ces lignes discursives constituent la base du discours édulcoré adopté par les autorités chinoises depuis le début du conflit fin février. Les éléments de langage utilisés restent génériques et évitent soigneusement toute évocation d’engagement immédiat. La Chine n’a touché mot des victimes américaines et israéliennes fauchées par les tirs iraniens, et a implicitement refusé l’engagement de ses forces pour sécuriser le détroit d’Ormuz.
Cette grande réserve communicationnelle laisse apparaître une impréparation et un grand malaise face au conflit en cours, qui oppose plusieurs de ses partenaires importants. La tournée diplomatique du représentant spécial chinois au Moyen-Orient, Zhai Jun, n’a d’ailleurs été entamée que dix jours après le début du conflit par une rencontre avec le Secrétaire général du Conseil de coopération des Etats du Golfe, le 8 mars.
Derrière la campagne contre l’Iran, la tentative d’affaiblissement de la Chine par les Etats-Unis
Achetant plus de 10% de son pétrole brut à l’Iran, la Chine perd, pendant toute la durée du conflit et potentiellement bien plus longtemps – au regard de l’intensification des attaques contre les infrastructures énergétiques iraniennes, qataries, saoudiennes, émiraties… – une source importante d’hydrocarbures bon marché. Cette rupture intervient quelques semaines à peine après la capture de Nicolas Maduro fin décembre 2025, qui avait déjà résulté en la coupure de l’approvisionnement en pétrole vénézuélien pour Pékin.
Au-delà de la réduction de l’apport énergétique crucial à son industrie, le conflit a d’autres impacts sur l’économie chinoise : l’augmentation du prix du carburant, des assurances maritimes et l’incertitude des marchés perturbent le commerce international dont sa croissance dépend. Mais la Chine a également largement investi dans les infrastructures et le développement de l’Iran. L’affaiblissement de son partenaire iranien constitue une perte sèche pour Pékin.
Outre les conséquences économiques, l’attaque de l’Iran prive la Chine d’un allié politique important et un faire-valoir diplomatique dans la région. La Chine a joint son image au succès du rapprochement irano-saoudien en accueillant les dernières négociations sur son sol en mars 2023. Elle n’avait pourtant joué qu’un rôle mineur dans les négociations antérieures.
Maintien des négociations sino-américaines malgré le conflit : le pragmatisme commercial en prévision d’une confrontation de long terme
En brisant l’un des piliers de l’influence chinoise au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont porté un coup très dur à la diplomatie et à l’économie chinoise. L’Iran ne représentant pas un danger direct et immédiat pour les intérêts américains, l’affaiblissement direct de la Chine aurait vraisemblablement, en parallèle des vélléités israéliennes, motivé le lancement de l’opération «Fureur Epique».
Une menace plus prégnante et directe, pour les Etats-Unis, serait la reprise victorieuse de Taïwan par Pékin. Une totale liberté de mouvement sur et autour de l’île permettrait à la Chine d’augmenter considérablement ses capacités de projection militaire vers le Pacifique. Elle enserrerait aussi définitivement le détroit de Taïwan et en disposerait à sa guise. Enfin, elle ferait d’un producteur mondial de semi-conducteurs de pointe, TSMC, une propriété nationale.
En parallèle de la course à la sécurisation des gisements de terres rares – Vénézuela, Ukraine, Groenland – et de l’accélération de l’investissement dans les technologies de pointe, Washington cherche aussi à ralentir le développement de son adversaire. Mais la guerre n’est pas sans coût pour sa propre économie : déjà mise à mal par la politique d’imposition brutale de droits de douane par l’administration Trump, elle subit désormais de plein fouet l’instabilité des bourses et l’envolée du cours de l’énergie.
Washington comme Pékin restent donc pragmatiques. Tandis que le conflit gagne inexorablement en intensité, les négociations commerciales sino-américaines se poursuivent. Et malgré le report de la visite de Donald Trump à Pékin, initialement prévue pour fin mars, les derniers échanges se sont achevés sur une note «relativement positive» lors de la rencontre des représentants chinois et américains à Paris le 15 mars.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée