Médiation de paix de la Chine dans les conflits iranien et afghan : un délicat équilibre diplomatique

Rencontre en Chine des ministres des Affaires étrangères pakistanais et chinois le 31 mars 2026 (auteur : ministère des Affaires étrangères chinois)
Les dossiers que nous suivons : La Chine en Indopacifique ; Défense chinoise et détroit de Taïwan ; Relations sino-russes ; Engagement de la Chine au Moyen-Orient ; Stratégie et tendances économiques chinoises ; Dynamiques et enjeux du tourisme chinois à l’international…
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Le 31 mars 2026, les ministères des Affaires étrangères chinois et pakistanais ont publié une note conjointe appelant à la mise en œuvre d’un cessez-le-feu en Iran. Toutefois, si le Pakistan a salué le rôle de la Chine dans les efforts de paix, cette dernière reste très prudente dans la médiatisation de son action en faveur de la résolution des conflits iranien et afghan.
Les premiers missiles envoyés sur l’Iran le 28 février ont causé une surprise réelle au sein de l’appareil d’Etat chinois, qui a tardé à recalibrer son action diplomatique. Mais il semble avoir engrangé, malgré les conséquences néfastes sur son économie, des gains politiques et, potentiellement, militaires à la suite de ce conflit.
Les efforts de paix mesurés de la Chine
La note conjointe publiée le 31 mars communique cinq demandes : un cessez-le-feu immédiat ; l’ouverture de négociations de paix ; la protection des cibles non militaires ; la sécurisation des voies maritimes ; et enfin, l’application des normes du droit international telles que définies par la Charte des Nations Unies.
Au-delà de cet appel public, il semblerait que la Chine et le Pakistan aient œuvré en coulisses pour faciliter l’accord de cessez-le-feu annoncé le 8 avril. Mais si les autorités pakistanaises ont mentionné le rôle joué par la Chine dans ces médiations discrètes, la Chine a pour sa part «félicité» le Pakistan pour ses efforts de paix sans reconnaître une implication directe de ses diplomates.
Les négociations irano-américaines ont été organisées dans la capitale pakistanaise même, à Islamabad, les 11 et 12 avril 2026. Pékin, pour sa part, s’est gardé de commenter les négociations. Le silence chinois n’a été rompu que le 14 avril à l’occasion d’une visite du prince héritier d’Abu Dhabi, Sheikh Khaled bin Mohamed bin Zayed Al Nahyan, qui a rencontré le président chinois Xi Jinping à Pékin.
Les échanges du 14 avril ont donné lieu à la publication d’une «proposition en quatre points» attribuée à Xi Jinping. Cette proposition appelle à la mise en œuvre de quatre principes consensuels (coexistence pacifique ; souveraineté étatique et intégrité territoriale ; respect du droit international ; articulation du développement économique et de la sécurité). Seul le dernier point comporte une réelle substance, et signale aux partenaires moyen-orientaux de la Chine son intention de reprendre rapidement les échanges économiques et commerciaux bilatéraux.
Les efforts chinois restent donc, dans la sphère publique et médiatique, très mesurés. L’action pakistanaise apparaît d’autant plus engagée : le Premier ministre et le chef d’état-major pakistanais ont directement rencontré les autorités iraniennes pour des échanges prenant fin le 18 avril.
Le gouvernement chinois a été tout aussi discret sur ses efforts de médiation dans le conflit opposant le Pakistan à l’Afghanistan, qui a dégénéré en «guerre ouverte» le 26 février dernier. Le ministère des Affaires étrangères chinois a annoncé, le 8 avril 2026, avoir accueilli des négociateurs pakistanais et talibans pendant une semaine à Urumqi. Pékin n’a fait aucune publicité de cette médiation ni en amont ni pendant les négociations.
Les enjeux économiques, énergétiques et politiques derrière la médiation de paix
Pour la Chine, les enjeux de la paix en Iran et en Afghanistan sont multiples. L’approvisionnement en pétrole iranien, représentant plus 10% de ses importations avant l’éclatement du conflit le 28 février, est crucial pour sa sécurité énergétique et son industrie.
Mais la Chine possède également plusieurs projets d’investissements importants en Iran et en Afghanistan. Outre les projets industriels et le commerce bilatéral, le projet de Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) doit relier le Xinjiang au port iranien de Chabahar, et vise à désenclaver l’Ouest chinois et à offrir une alternative au détroit de Malacca. Cette alternative prend toute son importance dans le contexte de montée des tensions en mer de Chine méridionale et autour de l’archipel taïwanais.
Par ailleurs, le CECP traversant le territoire afghan, la Chine a financé des projets d’infrastructures ferroviaires, routières et énergétiques en Afghanistan, pour un montant estimé à 65 millions US$ en 2025.
Enfin, la position nouvelle de la Chine, qui se présente en faiseuse de paix là où l’Etat américain, en initiant cette guerre, a fait montre d’unilatéralisme et d’impréparation, renforce sa position diplomatique. Et ce d’autant plus que la Chine a fait l’objet d’une demande d’aide de la part des Etats-Unis pour sécuriser le détroit d’Ormuz, une demande qu’elle a refusée.
Reconfiguration diplomatique et géopolitique en amont de la rencontre Trump – Xi Jinping
En dépit de son engagement diplomatique tardif – les premiers jours n’ont donné lieu qu’à des condamnations tièdes et son représentant spécial, Zhai Jun, n’a entamé une tournée au Moyen-Orient qu’une dizaine de jours après le début du conflit –, la Chine a réussi à se présenter comme un acteur responsable, et surtout, disposant d’une influence indéniable auprès des puissances de la région. A l’inverse, les Etats-Unis n’ont pas réussi à détruire le régime iranien, qu’ils promettaient de «renvoyer à l’Âge de pierre». Et ce, malgré leur supériorité militaire matérielle.
La prudence dans l’approche chinoise de cette guerre pourrait tenir, outre sa répugnance récurrente à s’engager dans les conflits, à deux autres facteurs. Tout d’abord, comme le suppose Observing China, Pékin pourrait craindre qu’un gain diplomatique trop explicite pour la Chine n’encourage les Etats-Unis à rejeter les négociations de paix. Ensuite, comme le souligne l’analyste Andrea Ghiselli, cette guerre lui offre un temps précieux pour renforcer son appareil militaire, alors les Etats-Unis ont consommé une grande quantité de munitions, usé leur flotte et leur personnels, et brûlé un budget conséquent dans ce conflit.
Mi-mai 2026, le président américain Donald Trump doit se rendre en Chine pour une rencontre avec son homologue chinois, le président Xi Jinping. Or, le crédit diplomatique nouveau de la Chine lui offre une position de force en amont de cette rencontre. Loin d’avoir définitivement démontré leur supériorité matérielle et idéologique au reste du monde, les Etats-Unis ont affaibli leur position mondiale, et durablement décrédibilisé leurs capacités aux yeux de leurs partenaires moyen-orientaux, européens et asiatiques.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



