« Indo-pacifique libre et ouvert » : Face à la Chine, focus sur les acteurs régionaux japonais et américain – Point de situation au 31/12/23

Le Japon, aux côtés d’alliés régionaux œuvre pour établir un équilibre militaire face à la montée en puissance de la Chine, qui suscite des inquiétudes. Les préoccupations s’étendent également aux menaces posées par les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord, l’annexion de l’Ukraine par la Russie. Tokyo a récemment redéfini sa politique de défense, cherchant à renforcer et moderniser son industrie de défense tout en promouvant la coopération en matière d’équipement et de technologie. Cette nouvelle stratégie de défense met l’accent sur la dissuasion, les capacités de contre-attaque et une posture plus offensive.
Crise politique au Japon
Le Japon fait face à une crise politique majeure à la suite d’un scandale de corruption touchant le Parti libéral démocrate (PLD), au pouvoir presque sans interruption depuis 1955. Des allégations de violation des lois sur le financement des campagnes électorales concernent la faction dominante du PLD, dirigée autrefois par Shinzo Abe. Le Premier ministre Fumio Kishida a récemment limogé quatre hauts fonctionnaires liés au scandale, dont le porte-parole du gouvernement, Hirokazu Matsuno. Les procureurs enquêtent sur des allégations de pots-de-vin versés à des ministres et législateurs, ainsi que des fonds de campagne non déclarés (500 millions de yens, soit 3,5 millions de dollars). Cette affaire suscite la colère du public, dans un contexte d’augmentation du coût de la vie et d’impositions élevées pour financer les dépenses record en matière de défense. Kishida, démissionnant de la tête de sa faction du PLD fait face à une baisse de soutien populaire. Bien que le scandale ne remette pas nécessairement en question la domination du PLD, ses répercussions pourraient entraîner des changements politiques, de la réduction des impôts aux questions étrangères, notamment concernant la politique de défense actuelle, cheval de bataille de Fumio Kishida.
Évolution de la politique japonaise en matière de défense et coopération régionale
Le Japon assouplit ses restrictions à l’exportation d’armes en expédiant des missiles Patriot aux États-Unis. Cette évolution intervient dans un contexte où le Japon cherche à renforcer son industrie de la défense face aux tensions dans la région indo-pacifique. La décision autorise l’exportation de produits finis vers des pays détenant des brevets, potentiellement renforçant les stocks américains. Bien que limitant les exportations vers des zones de conflit, cela pourrait indirectement soutenir l’Ukraine dans son conflit avec la Russie, notamment par le biais de l’exportation des systèmes de défense antimissile Patriot, fabriqués par Mitsubishi Heavy Industries sous licence des sociétés américaines Raytheon et Lockheed Martin. Ce changement reflète une évolution significative de la politique japonaise en matière de défense.
Pour poursuivre sur les évolutions de la coopération nippo-américaine en matière de défense, le 20 décembre 2023, malgré l’opposition du gouverneur d’Okinawa Denny Tamaki, un tribunal japonais a autorisé le plan révisé du gouvernement central pour déplacer la base aérienne du Corps des Marines des États-Unis de Futenma à Henoko. Cette décision, ouvrant la voie à des travaux d’envergure, souligne l’importance stratégique d’Okinawa dans l’alliance militaire nippo-américaine face aux tensions régionales avec la Chine mais aussi le déni du gouvernement central vis-à-vis des objections locales au projet. Initialement convenu en 1996, le projet a connu des retards dus à des contestations et des litiges. Les travaux, suspendus en raison de préoccupations environnementales, reprendront avec un coût estimé à 6,5 milliards de dollars, 2,5 fois plus élevé que l’estimation initiale, sur une période de 12 ans. Malgré les appels de Denny Tamaki à une réduction de la présence militaire américaine à Okinawa et à la fermeture immédiate de Futenma, Tokyo et Washington soutiennent le déplacement interne de la base vers Henoko.
Au cours de décembre, le Japon a également établi un projet majeur avec deux partenaires européens. Les ministres de la Défense du Japon, du Royaume-Uni et de l’Italie ont créé le GCAP International Government Organization pour développer conjointement un nouvel avion de combat, fusionnant les projets japonais (Mitsubishi F-X) et britannique (Tempest) en vue d’un déploiement en 2035. La coentreprise privée (Mitsubishi Heavy, BAE Systems PLC et Leonardo), supervisée par le GCAP, nécessite la ratification des parlements. La phase de développement conjoint débutera en 2025 en vue d’un déploiement en 2035.
Décembre a aussi été marqué par le sommet Japon-ASEAN du 16 au 18 décembre 2023, célébrant le 50e anniversaire de l’amitié et mettant l’accent sur la sécurité régionale, particulièrement les différends territoriaux en mer de Chine méridionale. Le Japon considère l’ASEAN comme cruciale pour la réalisation de son concept d’ «Indo-Pacifique libre et ouvert» (FOIP), soutenant l’unité de l’ASEAN et renforçant ses relations bilatérales en matière de sécurité par le biais de son Programme d’aide officielle à la sécurité (OSA). En marge du sommet, le Premier ministre japonais Kishida a signé un accord de 400 millions de yens avec son homologue malaisien Anwar Ibrahim pour renforcer les capacités de sécurité maritime de la Malaisie. Cet accord inclut la fourniture de bateaux de sauvetage et d’autres équipements visant à améliorer les capacités militaires de la Malaisie, un acteur clé dans les voies maritimes cruciales reliant l’océan Indien à l’Asie de l’Est. Par ailleurs, Kishida a également signé un accord avec le président indonésien Widodo, offrant une subvention pouvant atteindre 9,05 milliards de yens pour financer le plan d’amélioration des capacités de sécurité maritime de l’Indonésie, comprenant un patrouilleur maritime de construction japonaise. Le Japon avait aussi annoncé la fourniture de radars de surveillance côtière à la marine philippine, avec des négociations en vue d’un pacte de défense majeur permettant des exercices militaires conjoints le 3 novembre. Kishida a discuté de renforcement des liens en matière de sécurité avec le président vietnamien le 27 novembre et le premier ministre cambodgien le 7 décembre, soulignant l’évolution vers un «partenariat stratégique global». Mais les pays de l’ASEAN ne sont pas unanimes dans leur position à l’égard de la Chine, avec laquelle nombre d’entre eux entretiennent des liens étroits.
Tensions régionales
Le 14 décembre, l’armée sud-coréenne a mobilisé des avions de combat en réponse à l’incursion de deux avions militaires chinois et de quatre avions russes dans sa zone de défense aérienne. Bien que les avions aient pénétré dans la zone d’identification de la défense aérienne de la Corée (KADIZ), ils n’ont pas violé l’espace aérien territorial. Le ministère sud-coréen de la Défense a protesté, tandis que la Chine et la Russie ont affirmé que le vol respectait les lois internationales.
Une délégation nord-coréenne en visite en Chine souligne le renforcement de la coopération entre les deux pays. Cela est intervenu le 18 décembre, alors que la Corée du Nord procédait à un nouvel essai de missile balistique intercontinental, suscitant des préoccupations régionales. Ce missile balistique intercontinental (ICBM), le Hwasong-18, est potentiellement capable d’atteindre n’importe quelle région des États-Unis.
Développements législatifs américains en matière de défense
Le Sénat américain a adopté le National Defense Authorization Act (NDAA) pour l’année 2024. Le NDAA autorise 28 milliards de dollars, soit une augmentation de 3 % par rapport à l’année précédente, et prolonge l’assistance à la sécurité en Ukraine jusqu’en 2027. Il prévoit des dépenses importantes pour renforcer la sécurité nationale des États-Unis, notamment face à la Chine dans la région indo-pacifique. Le projet de loi comprend une augmentation historique des salaires militaires, des fonds pour l’achat d’équipements et des mesures pour contrer la Chine. Il autorise également une prolongation temporaire d’un programme de surveillance étrangère controversé. La loi marque une augmentation significative des dépenses militaires, mais des divergences persistent au Congrès sur le financement d’un programme de sécurité nationale distinct, ainsi que sur l’aide à Israël et à l’Ukraine.
À propos de l'auteur
Anouk Aveline
Biographie non renseignée



