« Indo-pacifique libre et ouvert » : Face à la Chine, focus sur les acteurs régionaux japonais et américain – Point de situation au 23/06/24

Le Japon, aux côtés d’alliés régionaux œuvre pour établir un équilibre militaire face à la montée en puissance de la Chine, qui suscite des inquiétudes. Les préoccupations s’étendent également aux menaces posées par les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord, l’annexion de l’Ukraine par la Russie. Tokyo a récemment redéfini sa politique de défense, cherchant à renforcer et moderniser son industrie de défense tout en promouvant la coopération en matière d’équipement et de technologie. Cette nouvelle stratégie de défense met l’accent sur la dissuasion, les capacités de contre-attaque et une posture plus offensive.
Au cours de la période allant d’avril à juin 2024, plusieurs sommets diplomatiques de défense ont marqué le paysage géopolitique en Indo-pacifique.
Tout d’abord, le 10 avril, le Premier ministre japonais et le président américain ont annoncé une nouvelle ère de coopération stratégique avec la déclaration «Global Partners for the Future». Les priorités de cette coopération incluent la défense, l’espace, la technologie, la sécurité économique, le climat, les partenariats diplomatiques et les liens culturels. La coopération en matière de défense s’est renforcée avec des réformes de commandements de l’alliance nippo-américaine, l’acquisition de missiles Tomahawk et le développement de l’intercepteur de missile hypersoniques Glide Phase Interceptor. Des projets trilatéraux et multilatéraux ont été annoncés, notamment des exercices conjoints avec la Corée du Sud, le Royaume-Uni et l’Australie, ainsi que la participation au pilier II d’AUKUS – visant à renforcer la coopération dans le domaine de la sécurité et de la défense.
Le lendemain, le sommet trilatéral États-Unis – Japon – Philippines à Washington a été l’occasion de démarrer un «nouveau chapitre» dans les relations des trois pays face à l’assertivité chinoise en mer de Chine méridionale, en renforçant l’axe Corée du Sud-Japon-Taïwan-Philippines. La déclaration conjointe a fixé cinq axes principaux de coopération, incluant le développement économique, les infrastructures aux Philippines, les technologies émergentes, le climat et les énergies propres, ainsi que la paix et la sécurité. Les mesures annoncées comprennent des patrouilles conjointes de garde-côtes, des exercices navals trilatéraux, et un renforcement des exercices de lutte contre la pêche illégale.
Le 2 mai, Fumio Kishida a été reçu par le Président français pour discuter de l’ouverture officielle d’un Reciprocal Access Agreement (RAA) – accord entre deux pays qui facilite l’accès mutuel aux installations militaires et permet aux forces armées des deux nations de mener des opérations conjointes sur le territoire de l’autre. Les échanges ont aussi porté sur la sécurisation des métaux critiques et le soutien japonais à l’Ukraine, face à l’agression russe. Kishida a exprimé ses préoccupations la nécessité de parler d’une seule voix face à Pékin. Le président Macron a quant à lui souligné l’importance du dialogue avec la Chine tout en défendant les principes de droit international. Les discussions ont également abordé l’engagement conjoint dans l’Indo-pacifique pour contrer les menaces sécuritaires.
Le même jour, à Hawaï, les ministres de la Défense du Japon, des États-Unis et de l’Australie se sont réunis pour le 13e sommet de coopération de défense. Ils ont souligné l’importance de valeurs communes, le respect du droit international et l’engagement pour un «Indo-pacifique libre et ouvert». Ils ont exprimé leur opposition aux violations chinoises du droit de la mer, condamnant les entraves à la liberté de navigation et la militarisation des territoires revendiqués. En parallèle, une rencontre avec le ministre de la Défense philippin a réaffirmé ces points, mettant l’accent sur la sécurité régionale et la coordination accrue face aux activités chinoises en mer de Chine méridionale.
En outre, lors du sommet à Séoul entre le Japon, la Corée du Sud et la Chine le 27 mai, plusieurs points stratégiques ont été abordés. Le Premier ministre japonais et son homologue chinois, M. Li Qiang, ont cherché à stabiliser les relations, et ont également discuté des tensions persistantes autour des îles Senkaku et des activités militaires croissantes dans la région, notamment près du détroit de Taïwan. Parallèlement, le Japon et la Corée du Sud ont renforcé leur coopération bilatérale, notamment en rétablissant des dialogues réguliers et en levant des restrictions commerciales. Le sommet a également marqué des avancées économiques et diplomatiques, avec des discussions sur un accord trilatéral de libre-échange et des efforts conjoints sur les questions de sécurité régionale et de développement durable. Malgré des différends persistants, la réunion a permis d’affirmer l’importance du dialogue entre Tokyo, Séoul et Pékin.
Enfin, lors du Shangri-La Dialogue début juin à Singapour, les ministres de la Défense japonais, américain et sud-coréen ont réaffirmé leur engagement en faveur de l’Etat de droit et ont promu une coopération régionale et internationale étendue avec des partenaires face aux défis sécuritaires transnationaux. Le ministre japonais s’est montré particulièrement préoccupé par les menaces croissantes telles que le renforcement militaire chinois, les cyberattaques et la désinformation, soulignant la nécessité d’une coopération renforcée pour éviter un conflit sur Taïwan, aux conséquences dévastatrices pour l’économie mondiale et les chaînes d’approvisionnement.
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Anouk Aveline
Biographie non renseignée



