Indopacifique
Japon

«Indo-pacifique libre et ouvert » : Face à la Chine, focus sur les acteurs régionaux japonais et américain – Point de situation au 17/10/23

Publié le 18/10/2023
8 min de lecture
Par Anouk Aveline
Asie de l'est

Le Japon, aux côtés d’alliés régionaux œuvre pour établir un équilibre militaire face à la montée en puissance de la Chine, qui suscite des inquiétudes. Les préoccupations s’étendent également aux menaces posées par les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord, l’annexion de l’Ukraine par la Russie, et l’expansion militaire russe dans la région voisine du Japon. Tokyo a récemment redéfini sa politique de défense, cherchant à renforcer et moderniser son industrie de défense tout en promouvant la coopération en matière d’équipement et de technologie. Cette nouvelle stratégie de défense met l’accent sur la dissuasion, les capacités de contre-attaque et une posture plus offensive.

Sur le rejet des eaux traitées de la centrale de Fukushima

La Chine et le Japon se sont exprimées au sujet du déversement des eaux traitées de la centrale nucléaire de Fukushima lors de la conférence annuelle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) fin septembre, qui rassemblait 177 pays membres pour aborder divers sujets, dont le développement nucléaire en Iran et en Corée du Nord. Pékin a réitéré son opposition au déversement des eaux, arguant qu’il subsiste une grande incertitude quant aux effets des radionucléides dans les eaux marines. En réplique, la ministre japonaise de la Science et de la Technologie a déclaré que l’argument chinois n’est pas fondé sur des bases scientifiques solides. Pékin a été rejoint par Moscou le 16 octobre dans cette protestation, après le rejet de la deuxième vague d’eaux traitées du 5 octobre, qui intervient elle-même sept semaines après le premier rejet. Rosselkhoznadzor, l’organisme russe chargé de la règlementation des produits agricoles, a restreint l’importation de produits de la mer en provenance du Japon. En dépit de l’embargo chinois et des restrictions aux importations russes, Tepco, l’opérateur de la centrale nucléaire, poursuivra le déversement des eaux, sous la supervision du gouvernement japonais et du laboratoire pour l’environnement marin de l’AIEA. Pour plus de transparence, les experts de l’AEIA travailleront avec des laboratoires chinois, sud-coréen et canadien afin d’effectuer des tests sur des échantillons d’eau de mer où les eaux provenant de la centrale ont été rejetées.

Redynamisation et renforcement des coopérations

Japon – Corée du Sud – Chine

Toujours dans l’actualité diplomatique, le 26 septembre, les sous-ministres des Affaires étrangères chinois, sud-coréen et japonais se sont réunis pour rétablir le dialogue trilatéral. Cette initiative intervient alors que Séoul, Tokyo et Washington se rapprochent. Tokyo et Séoul cherchent à stabiliser leurs relations avec leur partenaire économique et commercial chinois, tout en maintenant un équilibre politique régional. Du côté de la Chine, l’objectif est de relancer les investissements dans un climat de fragilité économique et de détérioration des relations diplomatiques avec ses voisins. En outre, les relations bilatérales se sont dernièrement détériorées en raison des protestations sud-coréennes devant le rapatriement de plus de 500 nord-coréens par la Chine d’une part, et celles japonaises concernant l’embargo chinois sur les produits de la mer provoquant une chute significative des exportations japonaises d’autre part. Par ailleurs, la moitié des entreprises japonaises implantées en Chine prévoient une baisse des investissements, selon une enquête de la chambre de commerce du Japon en Chine. Les ministres des Affaires étrangères des trois pays devraient se rencontrer dans les semaines à venir pour poursuivre ces discussions. Cet engagement visant à revitaliser le dialogue trilatéral a été confirmé à nouveau le 12 octobre, lorsqu’à l’occasion d’un forum à Séoul sur la coopération sino-sud-coréenne. Lors de ce dernier l’ambassadeur de Chine en Corée du Sud, Xing Haiming, a appelé au renforcement de la coopération et de l’engagement stratégique trilatéral face à “l’idéologie de la guerre froide”. Il a également souligné que le programme nucléaire et de missiles nord-coréen constituait une menace commune aux trois pays.

Japon – partenaires européens

Le 29 septembre, des pourparlers ont eu lieu entre les gouvernements japonais et allemand en vue de conclure un Accord d’Acquisition et de Services Croisés (ACSA). Ce cadre juridique permet de faciliter les activités conjointes et le transfert de fournitures militaires entre les forces armées des deux pays. De tels accords offrent une transition progressive des échanges conventionnels vers une coopération approfondie, incluant des formations conjointes, des exercices bilatéraux et multilatéraux, le renforcement des capacités, la collaboration en matière d’équipement et de technologie de défense, ainsi que la mise en place de structures institutionnelles. Le Japon a multiplié les ACSA avec ses alliés et partenaires, notamment les États-Unis, l’Australie, la France, le Canada et l’Inde, affirmant partager une vision commune de l’Indopacifique. Deux jours plus tôt, le Japon et deux autres partenaires européens, la Grande-Bretagne et l’Italie, ont annoncé la création d’une agence internationale pour développer conjointement des avions de guerre de nouvelle génération à partir de l’automne 2024. Le principal dirigeant de l’agence devrait être japonais.

Japon – Etats-Unis

A l’occasion de la première visite à Washington du ministre japonais de la Défense le 4 octobre, Kihara Minoru, son homologue américain Lloyd J. Austin a confirmé l’engagement des États-Unis à défendre le Japon. Les deux hauts-fonctionnaires ont confirmé leur engagement mutuel au renforcement de l’alliance bilatérale dans le partage d’une vision commune de l’Indopacifique («libre et ouvert»). Le Japon prévoit de renforcer sa défense, notamment par l’augmentation de ses dépenses et l’amélioration de ses capacités de «contre-attaque», c’est-à-dire la possibilité de frapper des bases ennemies en cas de besoin. Les objectifs bilatéraux visent à optimiser les forces de dissuasion intégrée, les missions interopérationnelles et poursuivre le maillage coopératif en Indopacifique entre les partenaires partageant les mêmes valeurs («like-minded»). Le Japon a également annoncé qu’il commencerait à acheter des missiles de croisière Tomahawk aux États-Unis au cours de l’exercice 2025, soit un an plus tôt que prévu,  en raison de l’aggravation du contexte sécuritaire en Asie. Dans le cadre des préparatifs visant à acquérir des capacités de contre-attaque, le Japon prévoit d’acheter 400 Tomahawks (200 missiles de classe block-4 et 200 de classe block-5), qui ont une portée d’environ 1 600 kilomètres, pour un total de 1,4 milliard de dollars. Les missiles Tomahawk se verront affectés aux destroyers de la Force maritime d’auto-défense AEGIS. Le Japon dispose actuellement de huit destroyers AEGIS : quatre de classe Kongō, deux de classe Atago et deux de classe Maya. Dans le même temps, deux prototypes de navires de surface sans équipage de la septième flotte de la marine américaine, l’USS Ranger et l’USS Mariner, ont rejoint le port de Yokosuka. C’est la première fois que des navires de surface sans pilote de la marine américaine sont déployés dans la région du Pacifique occidental.

Japon – Corée du Sud – Etats-Unis

Enfin, dans le cadre de leur rapprochement historique du 28 août à Camp David, les Etats-Unis, la Corée du Sud et le Japon ont mis en place une ligne directe de communication trilatérale, reliant les Conseils de sécurité des trois pays. Cette ligne de communication a vocation à renforcer la coopération en matière de défense face aux menaces militaires nord-coréennes et l’affirmation de puissance chinoise.

Mises en alerte

En matière de cybersécurité, les gouvernements américain et japonais ont conjointement émis un avertissement le 27 septembre. Cet avertissement met en lumière les activités de BlackTech, un groupe de cyberacteurs liés à la Chine. L’avis encourage les entreprises multinationales à examiner minutieusement les connexions de leurs filiales, à surveiller les accès et à envisager l’adoption de modèles de sécurité basés sur le principe de «confiance zéro», à savoir de détection et de réponse améliorées face aux menaces.

En outre le 16 octobre, les garde-côtes japonais ont déclaré que deux navires du gouvernement chinois ont pénétré dans les eaux territoriales japonaises au large des îles Senkaku, revendiquées par la Chine et administrées par le Japon. C’est la 26ème fois en 2023 et la seconde fois au mois d’octobre que les bateaux chinois pénètrent les eaux japonaises au large des îles Senkaku. Près d’un mois plus tôt, le 18 septembre 2023, une bouée océanographique et météorologique avait été déployée par la RPC à l’intérieur de la zone économique exclusive japonaise (ZEE), à 43 milles nautiques au nord-ouest de l’île Uotsuri des Senkaku. En vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS), les États côtiers, comme le Japon, doivent donner leur accord pour que des navires étrangers puissent mener des recherches scientifiques dans leur ZEE. 

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