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«Indo-pacifique libre et ouvert » : Face à la Chine, focus sur les acteurs régionaux japonais et américain – Point de situation au 12/12/23

Publié le 14/12/2023
6 min de lecture
Par Anouk Aveline
Asie de l'est

Le Japon, aux côtés d’alliés régionaux œuvre pour établir un équilibre militaire face à la montée en puissance de la Chine, qui suscite des inquiétudes. Les préoccupations s’étendent également aux menaces posées par les programmes nucléaires et de missiles de la Corée du Nord, l’annexion de l’Ukraine par la Russie. Tokyo a récemment redéfini sa politique de défense, cherchant à renforcer et moderniser son industrie de défense tout en promouvant la coopération en matière d’équipement et de technologie. Cette nouvelle stratégie de défense met l’accent sur la dissuasion, les capacités de contre-attaque et une posture plus offensive.

La République populaire de Chine (RPC) continue de renforcer son influence dans le Pacifique tout en augmentant son arsenal militaire. Elle a récemment effectué des tests de catapultes depuis son nouveau porte-avions, le Fujian, le premier porte-avions entièrement conçu par la Chine. Les membres du comité sur la Chine de la Chambre des représentants américaine réclame un financement supplémentaire de 12 milliards de dollars pour renforcer la sécurité dans la région indopacifique, face aux ambitions croissantes de Pékin. Les États-Unis envisagent également de déployer des missiles terrestres à portée intermédiaire dans la région d’ici 2024, marquant une première depuis la fin de la guerre froide. Ce déploiement vise à dissuader la Chine, et il intervient après le retrait américain du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en 2019. En parallèle, la Moscou s’engage dans une coopération militaire avec Pyongyang, tandis que Pékin semble s’en distancer. Dans ce contexte, le Japon et la Corée du Sud cherchent des résultats positifs dans leur campagne diplomatique commune visant à apaiser les tensions et à renouer le dialogue trilatéral avec Pékin.

Dans ce cadre, plusieurs événements ont marqué l’actualité du mois de novembre :

Le président chinois Xi Jinping a montré une volonté de coopérer avec les États-Unis lors de sa rencontre avec Joe Biden à San Francisco en marge de l’APEC le 15 novembre. Bien que le sommet n’ait pas apporté de percée majeure, la Chine a adopté une posture plus conciliante, exprimant une volonté de détente ou du moins de relations plus apaisées. Les discussions ont inclus des engagements sur le maintien des lignes de communication ouvertes, notamment en cas de crise, et la reprise du dialogue militaire pour éviter les tensions, en particulier autour de Taïwan. Cependant, malgré les signes de bonne volonté, les différends entre les deux pays demeurent, et la situation économique précaire de la Chine pourrait influencer son approche conciliante. En marge du sommet de l’APEC, la ministre japonaise des affaires étrangères, Yoko Kamikawa, et le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi ont eu des discussions visant à aborder les différends diplomatiques, notamment le rejet des eaux usées de Fukushima et la détention d’un ressortissant japonais en Chine. Les deux pays envisagent également des discussions économiques de haut niveau, mettant l’accent sur les intérêts économiques communs.

Le lancement du satellite espion nord-coréen du 21 novembre, le Malligyong-1 a été condamné par la Corée du Sud, le Japon et les Etats-Unis, puisqu’il remet en cause les résolutions du Conseil de sécurité. La mise en orbite du satellite a également entraîné la suspension d’un accord militaire entre les deux Corées. Cet accord avait été conclu il y a 5 ans afin d’apaiser les tensions entre les deux États.

Du côté japonais, le financement de quatre patrouilleurs navals pour le Bengladesh marque la mise en œuvre du nouveau programme d’aide à la défense mis en place en avril 2023 par le gouvernement japonais. Le Bangladesh est le deuxième bénéficiaires après les Philippines et les relations Japon-Bengladesh ont été élevées au rang de “partenariat stratégique” dans le contexte de proximité entre Dhaka et Pékin. La RPC est le premier partenaire commercial et militaire du Bengladesh. Elle lui fournit 74% de ses importations d’armement.

Le Japon et le Viêt Nam ont convenu de renforcer leurs liens économiques et de sécurité pour contrer l’influence croissante de la Chine. Le 20 novembre, le Premier ministre Fumio Kishida et le président Vo Van Thuong ont discuté de l’élargissement de la coopération en matière de sécurité, des transferts de technologie de défense et de l’ouverture de négociations sur l’aide militaire japonaise. Cette collaboration marque une évolution vers un « partenariat stratégique global », mettant l’accent sur une coopération accrue en matière de sécurité et de défense. Les deux nations cherchent à renforcer les liens économiques, sécuritaires et à améliorer la coopération en matière de sécurité maritime, et les transferts d’armes, en particulier pour répondre aux préoccupations communes concernant les revendications territoriales de la Chine.

Après une interruption de quatre ans, les ministres des Affaires étrangères de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud se sont rencontrés et ont convenu de relancer les sommets de coopération trilatérale, avec une reprise des pourparlers en 2024. Les conférences, interrompues depuis 2019 en raison des tensions régionales et du COVID-19, portent sur des questions telles que le récent lancement d’un satellite espion par la Corée du Nord, les mesures de sécurité, la coopération économique et les tensions historiques. Les résultats du récent sommet de l’APEC et des réunions entre les présidents Biden et Xi Jinping laissent entrevoir des perspectives positives pour la poursuite de la collaboration. Les discussions trilatérales, qui abordent les questions géopolitiques, économiques et de sécurité, sont cruciales puisque les trois nations représentent un quart du PIB mondial. La reprise des sommets trilatéraux est considérée comme une étape positive pour la paix et la prospérité dans la région dans le contexte de fortes tensions diplomatiques dans la région.

En outre, les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon ont convenu de nouvelles initiatives pour contrer les menaces de la Corée du Nord dans le cyberespace, se concentrant sur les abus de crypto-monnaies et les lancements spatiaux. Les conseillers à la sécurité nationale des trois pays se sont réunis à Séoul pour aborder les défis, notamment la cybercriminalité, le blanchiment d’argent par le biais des crypto-monnaies et les essais de missiles balistiques. Des efforts coordonnés viseront également les menaces potentielles de coercition économique, avec la mise en place d’un système d’alerte précoce de la chaîne d’approvisionnement. Par ailleurs, ils ont signé des accords bilatéraux début décembre afin de lutter contre la désinformation étrangère, ciblant en particulier la Chine.

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