Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 31/05/24

Le 23 mai, une semaine après le 33ème Sommet de la Ligue Arabe, Sergueï Lavrov a rencontré son homologue syrien, Fayçal Meqdad, à Moscou. En juillet, les deux pays célébreront le 80ème anniversaire de leurs relations ; leurs ministres respectifs ont donc discuté des célébrations à venir. Leur discussion a également porté sur les situations conflictuelles au Proche-Orient, en Syrie et ailleurs : le Kremlin demeure donc attaché à la défense des intérêts de Damas, et lui a d’ailleurs permis de reprendre son siège au sein de la Ligue Arabe. Treize ans après le début de la guerre civile syrienne, l’alliance entre les régimes de Bachar el-Assad et Vladimir Poutine demeure tenace.
Le même jour, Mikhaïl Bogdanov, un des adjoints de Sergueï Lavrov, a échangé avec l’ambassadeur de la République du Congo à Moscou, David Maduka. La Russie est assez intéressée par l’Afrique Centrale, une région abondante en ressources et en conflits. Son principal allié dans la région est la République Centrafricaine, mais elle souhaiterait étendre son influence aux pays voisins, dont fait partie le Congo-Brazzaville.
En mars 2024, le président Denis Sassou-Nguesso avait déjà rencontré Vladimir Poutine. Selon le média Modern Diplomacy, les chefs d’Etat se sont accordés sur une meilleure coopération économique et politique entre leurs deux pays. Parmi les annonces de cette rencontre, l’entreprise métallurgique TMK (Troubnaïa metallouguitcheskaïa kompania), basée à Moscou, a été sélectionnée afin de construire un oléoduc de 1 300 kilomètres entre la ville congolaise de Pointe-Noire, et la frontière avec le Cameroun. La rencontre entre Mikhaïl Bogdanov et l’ambassadeur congolais servait donc à assurer un suivi des projets menés conjointement par les deux pays, et de confirmer la coopération de Brazzaville avec Moscou.
Entre le 25 et le 26 mai, des pluies exceptionnelles ont causé d’importants dégâts en Arménie, qui ont causé la mort de plusieurs personnes. En réaction à cet événement, la Russie a publié un communiqué de presse présentant ses sympathies à Erevan, et annonçant que le Centre de Réponse Humanitaire Russo-Arménien avait fourni du matériel, pour les opérations de recherche et sauvetage dans les zones inondées. En dépit des tensions entre la Russie et l’Arménie (la seconde accusant la première de l’avoir délaissé dans son conflit contre l’Azerbaïdjan), le Kremlin s’est déclaré prêt à mettre d’autres ressources à la disposition d’Erevan. Outre les besoins humanitaires, une telle action cherche à transmettre un message aux Arméniens : ces derniers auraient toujours besoin des Russes, surtout en cas d’urgences.
Le lendemain, ce fut au tour d’Ivan Vanga Ngimbi, ambassadeur de la République Démocratique du Congo à Moscou, d’être reçu par Mikhaïl Bogdanov. L’est de la RDC est gangréné par de violents conflits depuis près de 30 ans, notamment l’insurrection du Mouvement du 23 Mars, un des groupes armés les plus importants de la région. Alors que les troupes de l’ONU doivent évacuer entièrement le pays d’ici la fin de l’année, incapables de juguler les conflits, la Russie espère remplir le vide laissé par la coalition internationale. D’après le Moscow Times, Kinshasa aurait signé un accord de coopération militaire avec le Kremlin en mars, indiquant de nouveau que le Kremlin essaie de s’imposer comme un acteur sécuritaire majeur en Afrique Centrale.
Toujours le 27 mai, la huitième conférence sur l’aide à apporter pour l’avenir de la Syrie s’est tenue à Bruxelles. Ni la Russie ni la Syrie ne furent invités à participer. Le Kremlin a donc commenté les résultats de cette conférence, accusant les Occidentaux de formuler des promesses qu’ils ne peuvent pas tenir (telles que le retour des réfugiés syriens à l’étranger et la stabilisation de la Syrie), tout en occupant illégalement et en pillant les ressources du pays. De nouveau, en invoquant la nécessité de respecter les décisions de l’ONU (plus particulièrement, la résolution 2254 du Conseil de Sécurité), la Russie essaie de formuler un discours alternatif à celui de l’Occident, qui utilise les mêmes codes, mais en vue d’atteindre une autre finalité, plus favorable à Moscou.
Le 28 mai, deux rencontres diplomatiques ont eu lieu avec des Etats-membres des BRICS, l’Egypte et l’Inde. Mikhaïl Bogdanov a donc rencontré Nazih el-Nagari, ambassadeur d’Egypte à Moscou : Le Caire a rejoint les BRICS en janvier 2024, et constitue un des meilleurs alliés du Kremlin en Afrique du Nord. Sur le conflit israélo-palestinien (qui constitua une des facettes de l’échange), les deux pays soutiennent activement l’établissement d’un cessez-le-feu, et l’arrêt de l’offensive de Tsahal sur Rafah. Leurs intérêts tendent aussi à converger en Libye, où ils soutiennent tous deux le gouvernement de Tobrouk plutôt que celui de Tripoli, reconnu par la communauté internationale. La coopération entre les deux pays, à la fois au sein des BRICS, mais aussi au sens plus général, semble donc avoir de beaux jours devant elle.
Enfin, Alexandre Grouchko, ancien représentant de la Russie à l’OTAN, s’est réuni avec l’ambassadeur de l’Inde à Moscou, Vinay Kumar. L’Inde et la Russie entretiennent des liens commerciaux et politiques assez forts, et Moscou aimerait voir son partenaire prendre davantage parti pour la Russie, à l’échelle internationale. C’est pourquoi le diplomate russe a exposé à son homologue indien la vision russe de l’ordre mondial, qui considère l’OTAN et l’UE comme responsables de l’instabilité croissante dans le monde. Pourtant, l’Inde cherche à adopter une posture mesurée entre le bloc occidental et la Russie, qu’elle maintient depuis maintenant 2 ans. Ainsi, si le discours autour du Sud-Global que défend le Kremlin peut trouver des soutiens parmi ses alliés, la logique des blocs qu’il sous-entend n’est pas forcément partagée par l’intégralité des pays non-occidentaux.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



