Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 29/03/24

Le 20 mars, le président zimbabwéen Emmerson Mnangagwa, et l’ambassadeur russe au Zimbabwe, Nikolaï Vladimirovitch Krasilnikov, ont présidé une cérémonie diplomatique à Harare. L’évènement était dédié aux récentes livraisons russes de plusieurs tonnes de céréales, mais aussi de fertilisants, au Zimbabwe. Les représentants des deux nations se sont déclarés très satisfaits de la coopération entre Moscou et Harare, aussi bien sur le plan économique qu’humanitaire. Le président Mnangagwa a directement remercié le Kremlin pour «son rôle moteur dans la prévention d’une crise alimentaire mondiale». De plus en plus d’Etats africains espèrent bénéficier des livraisons avantageuses de la part de la Russie, qui répond aux préoccupations liées à la baisse de production agricole en Ukraine.
Le 22 mars, l’Etat Islamique au Khorassan a mené une attaque terroriste sur le Crocus City Hall, dans la banlieue de Moscou, causant la mort de plus de 140 personnes. Dans les jours qui suivirent, cette attaque a suscité de nombreuses déclarations à l’étranger ; tous les partenaires de la Russie en Afrique et en Asie ont exprimé leur soutien à Moscou, notamment l’Inde ou l’Egypte, deux pays qui ont été particulièrement touché par le terrorisme dans leur histoire.
Cet attentat a eu des répercussions malheureuses sur la population tadjike, en raison de la nationalité des assaillants. Le média Eurasianet rapporte ainsi que ces derniers jours, en Russie, les actes racistes à l’encontre des Tadjiks se sont multipliés. Cette ancienne république soviétique compte plus d’un million de citoyens sur le territoire russe, étant donné que leurs citoyens n’ont pas besoin d’un visa pour se rendre en Russie. La plupart occupent des emplois peu qualifiés et saisonniers. Alors qu’une partie de la caste politique de Moscou réclame une plus grande sécurité aux frontières du pays, les travailleurs tadjiks craignent donc les conséquences de l’attentat pour leur présence dans le pays.
Quelques jours plus tard, le 26 mars, Sergueï Lavrov a rencontré Peya Mushelenga, le Ministre des Affaires étrangères namibien. Windhoek et Moscou ont toujours entretenu de bonnes relations, étant donné que l’URSS avait soutenu la Namibie lors de sa guerre d’indépendance contre l’Afrique du Sud. Les deux ministres ont donc partagé des points de vue similaires, sur le conflit à Gaza et dans différentes zones de l’Afrique subsaharienne. Néanmoins, ils ont constaté le caractère assez modeste de leurs échanges commerciaux, et ont donc promis d’intensifier ces derniers. La Namibie fait partie des pays africains qui se sont dits intéressés par les livraisons de grain russes.
Toujours le 26 mars, le Ministère des Affaires étrangères russe a publié un communiqué de presse ; ce dernier porte sur les débats autour du cessez-le-feu à Gaza, au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Plus spécifiquement, le texte critique la proposition états-unienne, jugée trop orientée en faveur de Tel Aviv. «Elle incluait une condamnation unilatérale du Hamas en le qualifiant de groupe terroriste, mais n’a fait aucun commentaire sur Israël en tant qu’Etat occupant ou sur ses multiples violations quant à ses obligations humanitaires», commente le communiqué.
En revanche, la Russie a félicité l’adoption de la résolution 2728 du Conseil de Sécurité, qui ordonne l’établissement d’un cessez-le-feu pour toute la durée restante du Ramadan, tout en garantissant la libération des otages et l’approvisionnement d’aides humanitaires à la population. La résolution ne qualifie cependant pas le Hamas de groupe terroriste ; une victoire relative pour les Etats-membres de la Ligue Arabe, que le Kremlin soutient depuis le début des hostilités.
Le lendemain, des consultations ont eu lieu entre Sergueï Vershinin, vice-Ministre des Affaires étrangères russes, et Hans Grundberg, envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen. La Russie souhaiterait que les Nations Unies s’intéressent de plus près à la situation dans ce pays moyen-oriental, toujours dévasté par la guerre civile. Cette dernière a des conséquences assez graves sur le commerce mondial, en raison des attaques des groupes Houthis sur la flotte de la Mer Rouge. De nouveau, Moscou essaie de se présenter comme un réel médiateur pour les questions moyen-orientales.
Cette semaine également, des frégates russes sont arrivées en Erythrée, sur la Mer Rouge, afin de célébrer le trentième anniversaire des relations avec cet Etat africain. Cependant, l’agence TASS indiquait également que les frégates ont mené des exercices militaires dans le Golfe d’Aden. Bien qu’il ne participe pas aux opérations occidentales contre les Houthis, le Kremlin souhaite donc avertir les rebelles yéménites qu’ils n’hésiteront pas à employer la force, si nécessaire.
Dernière information : le 28 mars, Sergueï Lavrov a accueilli Bafel Talabani, un des deux présidents de l’Union Patriotique du Kurdistan. L’UPK, d’inspiration laïque et de centre-gauche, s’oppose au Parti Démocratique du Kurdistan (PDK), qui dirige la région autonome du Kurdistan irakien. Néanmoins, les deux partis ne cherchent pas à faire sécession avec le reste de l’Irak, une posture que la Russie approuve. Le Kremlin renforce de plus en plus sa coopération avec les pays du Moyen-Orient, et se positionne comme un partenaire ayant su éviter les écueils des Occidentaux, à la suite de l’invasion de 2003.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



