Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 23/02/24

Le 15 février, Sergueï V. Vershinin, vice-ministre des Affaires étrangères russe, a coprésidé une consultation russo-égyptienne sur la question du terrorisme. Ces consultations avaient pour objectif de déterminer les meilleures pratiques en matière de lutte contre le terrorisme, et ses financements. Cependant, la question des Nations Unies a également été abordée. En effet, l’Egypte a récemment rejoint les BRICS+, que la Russie tente d’utiliser afin de pousser à un élargissement du Conseil de Sécurité permanent des Nations Unies, et de gagner un avantage face à l’Occident.
Les consultations russo-égyptiennes ont donc contribué à préparer le Sommet de l’Avenir, qui aura lieu du 22 au 23 septembre à New York. Ce Sommet cherche à déterminer les prochaines étapes, pour les Nations Unies, en matière de lutte contre les inégalités, contre le réchauffement climatique, mais aussi afin de promouvoir davantage de multilatéralisme. La Russie compte donc beaucoup sur le soutien des BRICS+ lors de cette rencontre, afin de faire valoir ses intérêts auprès de la communauté internationale.
Du 15 au 16 février, Moscou a également organisé le Forum «Pour la Liberté des Nations», consacré à des pays africains, asiatiques mais aussi d’Amérique latine, afin d’échanger sur des questions de néocolonialisme. Au cours du Forum, Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères, a réitéré le discours russe sur l’Occident. Selon le ministre, les pays occidentaux sont responsables, de l’appauvrissement des nations en développement, et de la propagation d’idées néolibérales dangereuses. «Des concepts tels que la diversité des genres, la légalisation des drogues et le transhumanisme font partie de cette politique dangereuse», a déclaré le ministre.
Si les Etats en développement ne sont pas forcément tous réceptifs à ce discours antioccidental, il est évident que la Russie tente de rallier de plus en plus de pays à sa cause. Un bon exemple est le Laos, que le vice-ministre Andreï Rudenko a visité le 19 février. Le Laos a connu une crise inflationniste assez importante en 2023, comme le rapporte le média The Diplomat, et voit dans l’ancien allié de la Guerre Froide une solution à ses problèmes. La Russie, en contrepartie, aimerait étendre son influence en Asie du Sud-Est, en s’appuyant notamment sur le Vietnam ou le Myanmar. Les deux pays ont donc accepté d’étendre leur coopération, et Moscow soutient la candidature de Vientiane à l’ASEAN : le Laos, désavantagé par les flux de mondialisation traditionnels, se tourne vers donc une Russie qui cherche avant tout à défendre ses intérêts face à l’Occident.
Le même jour, le conflit israélo-palestinien est revenu sur le devant de la scène. Alors que des consultations à la Cour Pénale Internationale sont en cours, à propos des violations des droits palestiniens par Israël, la Russie continue de soutenir la solution à Deux Etats. Des représentants de l’Organisation de Libération de la Palestine, mais aussi du Hamas, ont contacté le Kremlin ce lundi. Alors que l’Occident continue toujours de débattre sur la nécessité ou non d’imposer un cessez-le-feu, la Russie cherche à trouver une solution durable pour la région. Cette solution pourrait passer par un accord conjoint entre le Hamas et l’OLP, qui accepteraient de diriger ensemble l’Etat Palestinien.
Cependant, un tel accord ne sera probablement pas accepté par la communauté internationale, notamment par Tel Aviv. Ainsi, la Russie a proposé l’organisation d’une réunion à Moscou, dans les prochains jours, afin de travailler à un accord sur la question.
Le 20 février, Mikhaïl Bodganov, représentant spécial de la Russie pour le Moyen-Orient et l’Afrique, a rencontré l’ambassadeur somalien à Moscou, Abdullahi Mohamed Warsame. Alors que l’Ethiopie a récemment passé un accord commercial avec le Somaliland, territoire séparatiste de la Somalie, la Russie cherche de nouveau à se positionner en tant que médiateur. Moscou a donc déclaré soutenir les tentatives gouvernementales de stabiliser la Somalie, mais a tout de même insisté sur un maintien de la paix et des relations amicales dans la Corne de l’Afrique.
Mikhaïl Bogdanov a ensuite, le 21 février, participé à une réunion scientifique (club Khakimov) avec des représentants saoudiens, sur le thème suivant : «La dimension moyen-orientale de la politique russe dans un contexte de transformation globale». Les relations entre la Russie et l’Arabie Saoudite, qui disposent d’intérêts communs dans le marché du pétrole, mais aussi dans la stabilisation du Moyen-Orient, continuent à s’améliorer dans les derniers mois.
Enfin, le 22 février, alors que les ministres des Affaires étrangères du G20 se rencontraient au Brésil, Sergueï Lavrov a obtenu une entrevue avec Naledi Pandor, son homologue sud-africaine. Les deux ministres ont échangé leurs points de vue sur différents sujets, notamment la coopération au sein des grandes instances internationales. De plus, la Russie a ouvertement félicité l’Afrique du Sud pour sa procédure à l’encontre d’Israël, auprès de la Cour Pénale Internationale. Ainsi, la Russie continue de traiter les membres des BRICS+ comme des alliés, qui doivent s’opposer avec elle aux Etats occidentaux. Seul l’avenir nous dira si ces rapprochements doivent être compris comme des alliances d’opportunité, ou de réels partenariats conclus sur le long terme.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



