Diplomatie
Russie

Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 22/05/24

Publié le 22/05/2024
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Le 13 mai, le vice-Président du Conseil Présidentiel de la Libye, Abdullah al-Lafi, et le Ministre des Affaires étrangères du pays, Taher al-Baour, ont rencontré Sergueï Lavrov à Moscou. La rencontre s’est focalisée sur les efforts de stabilisation en Libye, pays toujours marqué par la violente guerre civile qui a eu lieu de 2011 à 2020 ; le ministre russe a donc insisté sur la nécessité de reprendre les travaux de la Commission Intergouvernementale Russo-Libyenne, mais aussi sur le rôle de l’ONU dans la région. Officiellement, la guerre civile s’est terminée par un cessez-le-feu permanent, mais l’autorité du Gouvernement d’Unité Nationale, si elle est reconnue officiellement par les Nations Unies, n’est pas respectée par toutes les factions libyennes.

L’une de ces factions, surnommée le «Gouvernement de Tobrouk», contrôle la partie est du pays (la Cyrénaïque). L’Armée nationale libyenne, son bras armé, est commandée par le maréchal Khalifa Haftar, dont la proximité avec Moscou est de notoriété publique. Le 10 mai, le média d’opposition russophone Verstka, publiait une enquête révélant que la présence mercenaire russe s’intensifiait dans le pays. Dans les quinze jours qui ont précédé la publication de l’enquête, 1 800 agents du Groupe Wagner auraient été déployés en Libye. Cette SMP est présente en Libye depuis 2019, et y assure la protection de certaines exploitations pétrolières, ou encore l’entraînement des troupes de l’ANL. Ainsi, la position russe peut prêter à confusion ; pourquoi envoyer davantage de troupes en Cyrénaïque d’un côté, tout en dialoguant davantage avec le gouvernement de Tripoli de l’autre ?

La réponse tient dans la stratégie globale de Moscou pour cette région. Le gouvernement de Vladimir Poutine, en concentrant des forces en Libye, cherche à s’y imposer comme puissance dominante, et à influencer le processus de paix à son avantage. Si le maréchal Haftar (qui est également soutenu par l’Egypte) parvient à gagner sa place dans un futur gouvernement à Tripoli, le Kremlin pourra s’en servir afin d’imposer un statut d’Etat-client à la Libye ; la position stratégique de ce pays, en Afrique du Nord, et ses ressources naturelles abondantes, expliquent bien entendu l’intérêt russe pour ce territoire.

Le 14 mai, Mikhaïl Galuzin, vice-Ministre des Affaires étrangères, a assisté en distanciel à la Quatrième Conférence de l’Asie Centrale, gérée par le think tank russe du Club Valdaï. Lors de son discours, le diplomate a insisté sur l’importance de la coopération entre la Russie et ces anciennes républiques soviétiques, à la fois du point de vue commercial (Moscou concentrait 33% du commerce extérieur de l’Asie Centrale), sécuritaire, ou encore universitaire. L’aspect environnemental n’est pas à négliger non plus : Mikhaïl Galuzin a annoncé que la Russie avait approuvé un projet spécial, afin de soutenir le fonds de sauvegarde pour la mer d’Aral.

Le gouvernement de Vladimir Poutine tient à son influence sur l’Asie Centrale, car elle représente une opportunité de contourner les sanctions imposées par l’Occident. Le diplomate a insisté sur l’importance du corridor de transport international Nord-Sud, qui relie la Russie à l’Iran, en passant par le Kazakhstan et le Turkménistan. D’ici 2030, la Russie espère se servir de ce corridor afin de concurrencer le Canal de Suez, et d’y assurer le transport de 5 millions de tonnes de marchandises annuelles.

Du 15 au 16 mai, le 33ème sommet de la Ligue Arabe s’est tenu au Bahreïn. Mikhaïl Bodganov, un autre vice-Ministre des Affaires étrangères, a pu y participer, et rencontrer plusieurs représentants d’Etats musulmans. Le premier d’entre eux fut Fayçal al-Meqdad, le Ministre des Affaires étrangères syrien. La Syrie a réintégré la Ligue Arabe en 2023, après 12 ans d’exclusion, en partie grâce à l’influence russe ; les deux diplomates ont donc échangé sur l’importance du respect de la souveraineté syrienne, mais aussi sur le 80ème anniversaire de l’établissement des relations entre la Russie et son plus grand allié au Proche-Orient. Des évènements sont en préparation afin de célébrer cet anniversaire.

En outre, Mikhaïl Bogdanov a rencontré Azali Assoumani, le président de l’union des Comores. Le représentant russe a insisté sur le développement du commerce et des accords entre le Kremlin et les Comores, tout en favorisant la coopération entre les deux pays au sein des instances internationales. Le gouvernement d’Azali Assoumani, arrivé au pouvoir via un coup d’Etat en 1999, est assez proche de son homologue russe.

Enfin, le vice-Ministre a rencontré Mohamed Ould Ghazouani, président de la Mauritanie. Comme pour les Comores, les questions économiques furent au centre de cette discussion, avec une certaine attention portée sur la pêche. Néanmoins, la Russie espère intensifier sa coopération avec Nouakchott, qui assure la présidence de l’Union Africaine en 2024 ; la position géographique de la Mauritanie, à l’ouest du Sahel, en fait un débouché intéressant pour l’influence russe.

Pourtant, les relations entre ces deux pays ne sont pas forcément idylliques. Le média Africa Defense Magazine reportait cette semaine que des tensions subsistent entre la Mauritanie et ses voisins sahéliens. L’armée malienne et les mercenaires de Wagner auraient pourchassé des groupes armés au-delà de la frontière mauritanienne, causant des pertes civiles dans les affrontements. Si l’incident frontalier est désormais clos, les tensions pourraient représenter une brèche dans la relation entre Nouakchott et la Russie.

Dernière information : le 20 mai, la Russie a officiellement présenté ses condoléances à l’Iran, pour la mort du président Ebrahim Raïssi, et du Ministre des Affaires étrangères iranien Hossein Amir Abdollahian, lors d’un accident d’hélicoptère le 19 mai. Ces deux hommes d’Etat jouèrent un rôle capital dans l’alliance entre Moscou et Téhéran. Le nouveau gouvernement iranien en formation poursuivra sûrement sa politique amicale à l’égard de la Russie ; cependant, il est encore trop tôt pour savoir si cet accident aura des conséquences sur la politique intérieure iranienne, et quelle pourrait être la réaction russe à de telles conséquences.

À propos de l'auteur

Photo de Enzo PADOVAN

Enzo PADOVAN

Biographie non renseignée

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Afrique
Diplomatie
+ 2
il y a 2 mois
En savoir plus
En savoir plus
ASEAN
Conflit
+ 3
il y a 4 mois
En savoir plus
Asie de l'ouest
Diplomatie
+ 2
il y a 4 mois
En savoir plus
Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic