Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 20/10/23

Le 14 octobre, Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des Affaires étrangères, est revenue sur certaines accusations selon lesquelles la Russie aurait fourni des armes au Hamas palestinien. En effet, quelques jours plus tôt, le journal Ukrainska Pravda avait publié un article relayant les propos de Kyrylo Boudanov, chef du renseignement ukrainien ; ce dernier déclarait que la Russie fournissait des armes légères ukrainiennes, capturées pendant la guerre, au Hamas, afin de soutenir leurs actions terroristes contre Israël.
Maria Zakharova a démenti toutes ces accusations, avant de souligner le «cynisme» de l’Occident, qui accuserait la Russie de financer des groupes armés dans le monde, tout en livrant du matériel à l’armée ukrainienne en continu.
La question des armes ukrainiennes dans le conflit israélo-palestinien demeure épineuse. Sur les réseaux sociaux, des fausses vidéos de la BBC affirmant que Kiev a revendu des armes de l’OTAN au camp palestinien circulent, rapidement discréditées par Euronews. En excluant le caractère incohérent de telles allégations (le conflit en Israël a détourné une partie du matériel occidental destiné à Kiev, qui a tout intérêt à ce que le Hamas soit rapidement défait), ces dernières pourraient en revanche se révéler utile à la Russie, qui souhaite bien affaiblir l’Ukraine sur la scène internationale. Cependant, bien que le Kremlin ne considère pas le Hamas comme un groupe terroriste, il apparaît effectivement peu probable qu’il souhaite affaiblir directement Tel Aviv, pour éviter une escalade brutale du conflit.
Le 16 octobre, Sergueï Lavrov s’est rendu à Beijing, en préparation d’une rencontre internationale marquant les dix ans de l’Initiative route et ceinture, aussi appelée la «nouvelle route de la soie». Le Ministre russe des Affaires étrangères y a rencontré son homologue chinois, Wang Yi, afin de préparer la visite de Vladimir Poutine à cette conférence, et de réaffirmer la volonté russo-chinoise de travailler ensemble.
Le président russe est arrivé le lendemain, et a participé à la rencontre pendant deux jours. De très nombreux pays asiatiques et africains étaient présents, et Vladimir Poutine a salué les efforts de la Chine, qui cherche à développer des partenariats avec de très nombreux partenaires. L’Associated Press rapporte que le chef d’Etat russe, lorsqu’il fut interrogé sur l’influence grandissante de la Chine en Asie Centrale, semblait s’en réjouir : «Nous n’avons pas de contradictions là-dessus, au contraire, il y a une certaine synergie».
La Russie et la Chine cherchent, en définitive, à former un bloc économique rival à l’Occident de par leur alliance. Les échanges commerciaux entre les deux nations ne cessent d’augmenter, ainsi que leur proximité sur la scène internationale.
Le 17 octobre marque aussi le soixantième anniversaire des relations entre le Rwanda et Moscou. Les deux pays ont échangé des mots d’amitié à cette date, et réaffirmé leur volonté de collaborer ensemble sur la scène économique ; il y a quelques mois, Kigali avait déclaré que les tensions entre la Russie et l’Occident sur la question ukrainienne ne concernaient pas l’Afrique, qui pouvait continuer à coopérer avec les deux ennemis.
Désormais, les prochaines visites de Sergueï Lavrov sont la Corée du Nord, puis l’Egypte. Le 16 octobre, toujours, Sameh Choukri s’était de nouveau adressé au Ministre russe ; l’Egypte est très fortement touchée par la crise palestinienne, en raison de sa proximité avec la bande de Gaza. Les deux ministres ont fait part de leur inquiétude vis-à-vis du conflit israélien, et ont appelé les parties belligérantes à envisager un cessez-le-feu.
Toujours sur le conflit palestinien, la Russie a tenté de soumettre une résolution au Conseil de Sécurité de l’ONU, instaurant un cessez-le-feu humanitaire dans la bande de Gaza. La résolution ayant été rejetée (car elle ne condamnait pas assez les actions du Hamas, et laissait de côté des éléments importants de la guerre, selon les membres du Conseil), Moscou a publié un communiqué de presse condamnant cette décision, et surtout le vote négatif du Royaume-Uni, des Etats-Unis et de la France. « Le vote d’hier a prouvé qu’il s’agit de la position de Washington et des autres capitales occidentales qui s’est opposée à l’adoption d’une décision qui semblait naturelle et logique». Les efforts du Kremlin, bien qu’ils soient soutenus par de très nombreux Etats arabes, semblent pour l’instant infructueux.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



