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Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 19/04/24

Publié le 19/04/2024
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Le 12 avril, le journal Le Monde rapportait que des mercenaires de l’Africa Corps (successeur du Groupe Wagner en Afrique) étaient arrivés à Niamey. Cette centaine de soldats sont, officiellement, des instructeurs devant aider l’armée nigériane à déployer un système de défense aérienne. Ainsi, les craintes de l’Occident sur l’implantation militaire russe dans ce pays, dirigé par une junte militaire depuis l’été 2023, étaient effectivement fondées.

Le même jour, les ministres des Affaires étrangères des Etats-membres de la Communauté des Etats Indépendants (dont la Russie) se sont réunis à Minsk. Moscou détient la présidence de l’organisation pour l’année 2024, avec pour priorité la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Cependant, les partenariats entre les différents Etats devraient se poursuivre dans d’autres domaines, notamment les sports.

Un des points les plus importants de la rencontre fut, par ailleurs, l’adoption d’une déclaration sur les droits des journalistes et leur protection. Cette déclaration commune peut paraître légèrement hypocrite, au vu du niveau de liberté de la presse dans ces Etats. La Russie, à la 164ème place du classement de l’ONG Reporters Sans Frontières, est d’ailleurs accusée d’avoir exécuté des journalistes au cours de son conflit contre l’Ukraine, notamment le photoreporter Maks Levin. Kiev est également accusée de crimes similaires.

Du 13 au 15 avril, Mikhaïl Bogdanov, le représentant spécial de la Russie pour le Moyen-Orient et les pays africains, a visité l’Algérie. Les différentes étapes de sa visite se sont concentrées sur les questions sécuritaires en Afrique, et sur la coopération militaire entre le Kremlin et Alger. L’Algérie est fortement préoccupée par le sort du Sahara Occidental et du Mali, où elle dispose de certains intérêts qui rejoignent ceux de Moscou. Ainsi, la Russie s’est déclarée prête à poursuivre sa coopération avec son allié nord-africain.

Néanmoins, la semaine fut surtout marquée par une nouvelle étape dans la guerre par procuration entre Tel Aviv et Téhéran. Dans la nuit du 13 au 14 avril, une attaque de drones a été menée par l’Iran sur le territoire israélien, en représailles au bombardement du consulat Iranien à Damas quelques jours plus tôt. La Russie, dans un communiqué publié après la crise, a soutenu le droit à l’autodéfense de Téhéran, qu’elle considère comme son allié. Toutefois, elle a mis en garde les différentes parties du conflit au Proche-Orient contre une escalade de la violence.

Le même jour, à la demande de Téhéran, les ministres des Affaires étrangères russe et iranien ont échangé sur la situation au Proche-Orient. Les deux diplomates se sont accordés sur la nécessité d’éviter davantage d’effusions de violence, et d’implémenter au plus vite un cessez-le-feu sur la bande de Gaza. Le sujet du MSC Aries, le navire capturé par l’Iran dans le détroit d’Ormuz, fut aussi abordé.

En effet, l’un des marins présents sur le navire, Timofeï Kolchanov, dispose de la nationalité russe ; d’après le gouvernement iranien, le marin aura la possibilité de contacter le personnel diplomatique russe en Iran, et à terme, de retourner en Russie sans opposition de la part de Téhéran. Cette information a également été confirmée par Maria Zakharovka, porte-parole de la diplomatie russe, le 16 avril.

Du 16 au 17 avril, le groupe de travail des BRICS sur les Enjeux Sécuritaires de l’Usage des Technologies de l’Information et de la Communication s’est réuni à Moscou. Les BRICS se sont agrandis en janvier, avec l’inclusion de l’Ethiopie, de l’Egypte, de l’Iran et des Emirats Arabes Unis, pour qui ce groupe de travail est donc une première. Au cours des discussions, les Etats-membres se sont accordés sur la mise en place de «points de contacts des BRICS», capables de recenser les attaques informatiques à leur égard. En règle générale, les 9 pays ont accepté d’intensifier leur coopération et leur solidarité en matière de lutte contre les guerres informationnelles.

Comme pour la question de la protection des reporters, Moscou joue bien entendu un double-jeu. Elle-même mène une rude guerre d’information dans le cadre de son conflit avec l’Ukraine, et indirectement, avec l’OTAN. L’Iran, elle aussi, se livre à une guerre informatique avec Israël. La déclaration des membres des BRICS cherche, avant tout, à maintenir la rhétorique anti-occidentale, et à créer des effets d’annonce auprès de leurs alliés. Le gouvernement de Vladimir Poutine continuera bien sûr à soutenir des campagnes de désinformation dans le monde entier.

De retour d’Algérie, Mikhaïl Bogdanov a rencontré Simona Halperin, ambassadrice d’Israël à Moscou, à sa requête. Le Ministère des Affaires étrangères russe a continué à défendre la solution à deux Etats et un arrêt des hostilités à Gaza, mais elle demande également la libération inconditionnelle des otages détenus par le Hamas. Par ailleurs, Mikhaïl Bogdanov a insisté sur l’importance du maintien des relations entre le Kremlin et Tel Aviv, qui se sont refroidies ces derniers mois. La proximité entre Moscou et les ennemis principaux d’Israël dans le monde musulman, à savoir l’Iran et la Syrie, ont causé une certaine tension entre les deux pays.

Enfin, le 18 avril, la Russie a participé au forum pour la Coopération économique pour l’Asie Pacifique (APEC), qui regroupe une vingtaine de pays, dont la Chine, l’Indonésie ou encore les Etats-Unis. Ainsi, la Russie a pour objectif d’éviter toute politisation de ce forum par l’Occident, bien qu’elle n’hésite pas à utiliser cette plateforme afin de dénoncer le «deux poids, deux mesures» entre les différents participants.

Moscou a donc plaidé en faveur d’une coopération accrue entre les membres du forum et les diverses organisations économiques en Eurasie, telle que l’ASEAN ou l’OSC. La Russie continue à espérer pouvoir diminuer l’effet des sanctions sur son économie et son inflation, en dé-dollarisant le commerce mondial.

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