Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 17/06/24

Du 5 au 8 juin, la 27ème édition du Forum Economique International de Saint-Pétersbourg a rassemblé de très nombreuses délégations de plusieurs pays africains et asiatiques. Parmi celles-ci, nous pouvons citer le Soudan, représenté par le vice-président du Conseil de souveraineté de Transition, Malik Agar. Ce dernier a pu rencontrer Sergueï Lavrov le 7 juin.
Depuis quelques mois, Moscou et le gouvernement officiel de Khartoum se sont rapprochés. En échange d’un soutien diplomatique et de livraisons de diesel russe, le Soudan semble avoir adopté une attitude très amicale vis-à-vis du Kremlin ; selon l’agence de presse allemande Deutsche Welle, le Soudan serait allé jusqu’à autoriser la construction d’une base militaire russe à Port-Soudan, sur les bords de la mer Rouge. Les négociations autour de ce projet avaient commencé en 2017, et furent grandement ralenties par l’éclatement de la guerre civile soudanaise en 2023. L’aboutissement de telles négociations à l’heure actuelle témoigne d’une réelle évolution dans les relations russo-soudanaises.
Le même jour, Sergueï Lavrov s’est également entretenu par téléphone avec Israël Katz, le Ministre des Affaires étrangères israélien. Leur discussion a bien entendu porté sur les affrontements en cours au Proche-Orient. Bien que la majeure partie des opérations militaires aient lieu sur la bande de Gaza, plusieurs incidents ont été également relevés en Cisjordanie et sur la frontière israélo-libanaise, ce qui pourrait provoquer une nouvelle escalade du conflit.
Le gouvernement russe, qui promeut la solution à deux Etats depuis le début des hostilités, a de nouveau demandé à Tel Aviv de cesser ses opérations militaires à Gaza, afin d’assurer l’arrivée d’aides humanitaires dans la région. De même, Sergueï Lavrov a déclaré, à son homologue israélien, que la libération des otages détenus par le groupe terroriste Hamas était une priorité. D’après Reuters, 8 citoyens russes seraient toujours détenus en Palestine.
Cependant, l’actualité de ces derniers jours fut surtout marquée, le 10 juin, par la rencontre des Ministres des Affaires étrangères des BRICS. Etant donné que la Russie détient la présidence de l’organisation pour l’année 2024, la rencontre s’est tenue à Nijni Novgorod. De nouveau, le chef de la diplomatie russe a présenté les BRICS comme le fer de lance d’un nouvel ordre mondial, qui rejette les valeurs occidentales et promeut un meilleur équilibre du pouvoir à l’échelle internationale. La Russie souhaite instaurer un nouveau système financier international qui pourrait abandonner le dollar, et lui permettre de contourner les sanctions occidentales. Cette volonté se reflète bien dans la déclaration conjointe qu’ont publié les participants après la rencontre.
En marge du sommet, la Russie a rencontré plusieurs représentants d’Etats qui ne font pas partie des BRICS, mais ont été invités à la conférence dans le cadre du format BRICS+. Ainsi, Sergueï Lavrov a rencontré son homologue thaïlandais, Maris Sangiampongsa, le 10 juin. Les deux Ministres ont échangé sur la coopération entre la Russie et la Thaïlande, la deuxième puissance régionale d’Asie du Sud-Est après l’Indonésie. Bangkok a d’ailleurs annoncé, quelques jours plus tard, qu’elle avait approuvé une lettre d’intention afin de rejoindre les BRICS. Si elle y parvenait, elle pourrait grandement diversifier ses partenariats économiques, et gagner un plus grand poids dans les processus décisionnaires internationaux.
Toujours sur l’Asie du Sud-Est, une autre rencontre a eu lieu avec Saleumxay Kommasith, le Ministre des Affaires étrangères laotien. Le Laos détient actuellement la présidence de l’ASEAN, une organisation avec laquelle la Russie cherche à développer ses relations. Bien que Vientiane ne soit pas candidate à l’adhésion aux BRICS, force est de constater que Moscou espère intégrer l’espace du sud-est asiatique dans sa lutte contre l’Occident. La réussite ou non d’une telle entreprise sera décidée par les choix de pays tels que la Thaïlande, ou bien le Laos, dans les prochaines années.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



