Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 22/03/24

Du 15 au 17 mars, une nouvelle élection présidentielle s’est déroulée en Russie. Largement remportée par Vladimir Poutine, cette élection a suscité de très nombreuses réactions négatives en Occident. Cependant, comme le journal France 24 le rapportait le 18 mars, les résultats ont été bien accueillis en Afrique et en Asie. L’Algérie, une grande partie du Sahel et l’Afrique du Sud, toutes très proches de la Russie, ont félicité le président russe pour sa réélection. Même constat pour le bloc anti-occidental que forment l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, qui ont également publiquement soutenu la réélection de Vladimir Poutine.
En définitive, en dehors des pays traditionnellement occidentaux, peu de nations ont réellement condamné le résultat discutable de ces élections. Narendra Modi, Premier Ministre de l’Inde, s’est dit impatient de renforcer le «partenariat stratégique, spécial et privilégié entre l’Inde et la Russie dans les années à venir». Ainsi, il semblerait qu’après deux ans de guerre en Ukraine, la Russie de Vladimir Poutine a su conserver de forts partenariats dans le monde entier, malgré les sanctions et les efforts de l’Occident.
Alors que les élections russes se concluaient, le Secrétaire Général de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), Zhang Min, et le Représentant Spécial Chinois pour les Affaires Eurasiennes, Li Hui, ont été reçus à Moscou. Les deux politiciens ont félicité la réélection de Vladimir Poutine, et une discussion autour de la question ukrainienne a eu lieu. Sergueï Lavrov, le Ministre des Affaires étrangères russe, a alors affirmé qu’aucune proposition qui arrangerait le gouvernement ukrainien ne sera acceptée par Moscou. En définitive, la Russie n’acceptera aucun accord de paix qui irait à son désavantage ; une position que ses partenaires asiatiques, sans forcément l’approuver, paraissent tolérer.
Toujours le 18 mars, Mikhaïl Bogdanov, vice-Ministre des Affaires étrangères, s’est entretenu avec Ammar Bakdash, secrétaire général du Parti Communiste Syrien, et membre du Parlement de son pays. L’échange avait pour but de discuter des relations interparlementaires entre les deux pays, tout en abordant les prochaines étapes de la coopération russo-syrienne. Ainsi, dès sa réélection, le gouvernement de Vladimir Poutine prend soin à maintenir le dialogue avec la Syrie, son allié le plus proche dans le monde arabe.
Une autre rencontre d’importance fut celle entre Andreï Rudenko et Lui Xiaoming, le Représentant spécial de la Chine aux affaires de la Péninsule Coréenne. La Russie comme la Chine, qui soutiennent la Corée du Nord, ont une nouvelle fois affirmé que les Etats-Unis étaient les seuls responsables de la montée des tensions en Asie de l’Est, et ont invité Washington à «abandonner la mentalité des blocs dans la continuité de la Guerre Froide». Cette déclaration est cependant assez ironique ; Moscou est bien la première puissance à se revendiquer comme représentante du Sud Global, qui s’opposerait à l’hégémonie occidentale sur les institutions internationales.
Le 19 mars, Sergueï Vershinin, un autre vice-Ministre des Affaires étrangères, a rencontré Leonardo Simão. Ce dernier est le Représentant spécial des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, des territoires où la Russie a de sérieux intérêts. Le Kremlin désire protéger les membres de l’Alliance des Etats du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) des sanctions de la CEDEAO, qui désapprouve la présence de juntes militaires au pouvoir de ces nations.
La Russie a défendu l’AES, en déclarant que ce groupe d’Etats était «à la tête du combat contre le terrorisme transafricain», et qu’il donc important de normaliser la relation entre ces Etats et leurs voisins, sans bafouer leur souveraineté. Rappelons cependant que la Somalie ou la République Démocratique du Congo, deux autres Etats africains durement affectés par le terrorisme, ne sont pas aussi farouchement défendus par le Kremlin que l’AES. Comme beaucoup d’autres puissances, la Russie s’intéresse avant tout à l’Afrique lorsqu’elle peut y gagner un avantage, tel que les ressources minières abondantes du Sahel.
Justement sur la question africaine, Mikhaïl Bogdanov a rencontré les Ministres de l’Education supérieure du Mali et du Niger, le 21 mars. Les trois hommes d’Etat ont abordé la coopération entre leurs différents systèmes universitaires ; la Russie s’est donc engagée à entraîner des spécialistes africains dans ses universités, et à continuer à soutenir les membres de l’AES dans leur développement. L’influence de Moscou sur le Sahel continue alors à s’étendre.
Tout au long de la semaine, Mikhaïl Bogdanov a également rencontré les ambassadeurs de divers pays musulmans, notamment la Jordanie. La réunion entre les deux diplomates a porté sur la guerre à Gaza et en Syrie. La Russie fait tout pour empêcher une escalade de la violence dans la région. Cette rencontre sert d’ailleurs à poursuivre les efforts de normalisation des relations entre Damas et Amman, qui s’améliorent depuis quelques années.
Enfin, le 21 mars, une rencontre a eu lieu entre la Russie et l’Ossétie du Sud, un territoire séparatiste de la Géorgie au statut incertain. Les deux Etats partagent encore des liens très forts, qu’ils comptent renforcer dans les prochaines années ; récemment, le Parlement sud-ossète a évoqué un potentiel rattachement à la Russie. Alors que l’Ukraine paraît de plus en plus désavantagée, dans son conflit contre Moscou, de regards inquiets se tournent vers la Transnistrie et les territoires du Sud-Caucase. Il n’est pas impossible que dans un futur proche, la Russie ne tente d’annexer ces républiques non-reconnues, quitte à déclencher un conflit avec la Moldavie ou la Géorgie.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



