Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 16/05/24

Le 7 mai, Faisal bin Farhan al Saud, le Ministre des Affaires étrangères saoudien, a échangé avec Sergueï Lavrov, son homologue russe. Leur discussion a porté sur le conflit en cours à Gaza, alors que l’offensive israélienne sur Rafah venait tout juste de démarrer. Les deux ministres se sont prononcés en faveur de l’établissement d’un cessez-le-feu, et d’une résolution diplomatique rapide au conflit. En outre, la coopération entre les deux pays, notamment du point de vue énergétique avec l’OPEC+, a été abordée.
Le même jour, Sergueï Lavrov a reçu son homologue sierra-léonais, Timothy M. Kabba, à Moscou. Le Sierra Leone est un des membres non permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, pour la période 2024-2025 ; de plus, le Sierra Leone est situé en Afrique de l’Ouest, une région où le Kremlin a fortement développé sa présence dans les dernières années. Ainsi, la coopération entre Freetown et la Russie relève d’une certaine importance.
Plusieurs annonces ont donc suivi la rencontre : tout d’abord, la Russie va intensifier ses investissements au Sierra Leone, notamment dans l’humanitaire ou l’éducation, en proposant davantage de bourses aux étudiants sierra-léonais qui voudraient se rendre en Russie. De plus, cette dernière envisage d’étendre sa mission diplomatique à Freetown, et d’aider le pays africain à se doter d’un programme nucléaire. Selon le journal Eurasia Review, en janvier 2024, un mémorandum de coopération a été signé entre le Sierra Leone et la Russie, qui prévoit une exploitation des abondantes ressources minières de l’Etat ouest-africain par le Kremlin. Leur coopération risque donc de s’intensifier dans les prochaines années.
Toujours le 7 mai, Sergueï Vershinin, ministre adjoint des Affaires étrangères, a rencontré le Ministre azerbaïdjanais de l’Ecologie et des Ressources Naturelles, Mukhtar Babayev. Leur rencontre servait à préparer la future COP 29, qui doit être organisée du 11 au 22 novembre à Bakou. Les deux pays ont réaffirmé l’importance des problématiques climatiques, et du développement durable. Pourtant, le journal Politico rapportait en avril que l’Azerbaïdjan demeure très attaché au gaz naturel, qu’elle vend en grandes quantités à l’Europe, et que la Russie continue à s’intéresser de près aux ressources de pétrole présentes en Arctique. Ainsi, il semblerait que ces deux nations ne soient pas prêtes à abandonner les énergies fossiles, sur lesquelles ils appuient leur pouvoir économique, laissant présager de leurs prises de parole au moment de la COP.
Le lendemain, Sergueï Lavrov a discuté avec Simeón Oyono Esono, son homologue Equato-Guinéen. La Guinée Equatoriale souhaite développer ses échanges avec la Russie, et attirer les investissements russes. Le secteur minier, en particulier, pourrait attirer ces financements : le sous-sol de ce pays africain est riche en or, en coltan et en tungstène, des matériaux qui intéressent Moscou. Prochainement, cette dernière souhaiterait ouvrir une ambassade à Malabo, afin d’y représenter plus directement ses intérêts.
Le 9 mai, les résultats de l’élection présidentielle au Tchad ont été annoncées. Mahamat Idriss Déby Itno, fils de l’ancien président du pays assassiné en avril 2021, a remporté le scrutin avec 61% des voix. La Russie a complimenté le Tchad pour ces élections, et s’est déclarée prête à travailler plus étroitement avec N’Djamena. Au vu de la proximité entre Déby Itno, militaire de carrière, et l’armée tchadienne, le Kremlin espère que le Tchad suivra la voie prise par ses alliés sahéliens, en s’alignant sur la Russie au détriment de l’Occident. Le Tchad est un des derniers pays de la région où sont basées des troupes françaises.
Enfin, le 13 mai, Mikhaïl Bogdanov, un autre vice-ministre russe, a donné une interview à l’Institut des Etudes Orientales, affilié à l’Académie des sciences de Russie. L’interview portait sur la diplomatie russe en Afrique. Mikhaïl Bogdanov a donc réaffirmé l’intérêt du Kremlin pour l’Afrique, un continent qui regorge d’opportunités et de potentiel pour l’avenir, tout en indiquant que la Russie allait s’efforcer de rouvrir certaines de ses ambassades, fermées après la chute de l’URSS.
Un détail intéressant : lorsque le journaliste lui demanda quels étaient les concurrents de la Russie en Afrique, Mikhaïl Bogdanov a répondu que son pays se tenait prêt à coopérer avec les puissances étrangères voulant développer leurs investissements sur le continent, notamment la Turquie ou la Chine. Cependant, il a également ajouté que l’Occident n’avait pas à limiter les partenaires potentiels de l’Afrique. La Russie poursuit donc ses efforts afin de décrédibiliser les nations occidentales aux yeux des Africains.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



