Diplomatie
Russie

Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 16/02/24

Publié le 17/02/2024
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Le 8 février, Alexander Iakovenko, vice-ministre des Affaires étrangères, a reçu une délégation iranienne à Moscou. Constituée de conseillers culturels, cette délégation avait pour principal objectif de discuter de la question éducative entre les deux pays. En effet, en fin d’année 2023, Vladimir Poutine avait exprimé le souhait de voir se développer des écoles russes en Iran, sans que cette volonté ne soit traduite par des mesures concrètes.

Dès lors, les représentants des deux pays ont abordé la question de leurs échanges en matière d’éducation, mais aussi de leur coopération dans le cadre de diverses instances internationales ; par exemple, l’Organisation de Coopération de Shanghai, ou les BRICS+.

Le lendemain, Mikhaïl Bogdanov, un autre vice-ministre des Affaires étrangères, a rencontré Lounès Magramane, secrétaire général du Ministère des Affaires étrangères algérien. Cette rencontre intervient dans un contexte assez tendu entre Alger et Bamako, qui concerne principalement les tensions au nord du Mali. En effet, l’Azawad (la région la plus au nord du Mali, frontalière avec l’Algérie) est peuplé majoritairement de touarègues, minorité berbère différente des Bambaras, ethnie mandée dominante au Mali. La guerre entre les groupes indépendantistes berbères et l’Etat malien avaient poussé l’Algérie à intervenir, afin d’assurer la sécurité de sa frontière, en orchestrant la signature de l’Accord d’Alger, en 2015.

Cet accord garantissait un cessez-le-feu entre les autorités maliennes et les populations touarègues, en accordant davantage d’autonomie à l’Azawad en échange d’un arrêt des combats. Or, le traité s’est terminé au 1er janvier 2024, et depuis quelques mois, le gouvernement malien multiplie les attaques contre les groupes touareg. Les relations entre Bamako et Alger sont donc très tendues, expliquant l’intervention de la Russie, qui demeure proche du pouvoir malien. Ainsi, cette rencontre entre les deux diplomates sert avant tout à apaiser les tensions en Afrique de l’Ouest, zone dans laquelle le Kremlin fait tout pour protéger ses intérêts.

Le 13 février, un autre haut-dignitaire russe, Andreï Rudenko, a reçu les représentants de la Fondation de la Paix Sasakawa, un think tank Japonais. Depuis 2023, les échanges diplomatiques russes avec le Japon sont fortement limités, laissant en suspens les négociations autour des îles Kouriles. Le think tank a été invité à la demande d’organisations scientifiques russes, mais la rencontre avec le Ministère des Affaires étrangères a un tout autre but : Andreï Rudenko a directement accusé les Etats-Unis d’avoir pris le contrôle de la politique étrangère japonaise, et que cette dernière est entièrement responsable de la dégradation des relations avec le Kremlin. Ainsi, Moscou entretient son narratif accusant l’Occident d’être responsable des tensions en Extrême-Orient, justifiant sa position de soutien à Beijing et Pyongyang.

Toujours le même jour, l’ambassadeur argentin en Russie, Eduardo Antonio Zuain, a petit-déjeuné en compagnie d’un autre vice-ministre, Sergueï Riabkov. Les deux diplomates ont parlé de la coopération entre leurs deux pays, qui a connu un certain remous en fin 2023. En effet, l’Argentine s’est rétractée assez tardivement du processus d’intégration aux BRICS+, citant son désaccord avec la politique chinoise, notamment vis-à-vis de Taïwan. Pourtant, la Russie continue à considérer l’Argentine comme un partenaire-clé, en dépit de la controverse que la décision argentine a causé chez son allié chinois. De fait, bien que la Chine soit devenue la figure dominante au sein des BRICS+, il est intéressant de constater que la Russie tient à ne pas rester alignée avec Beijing sur tous les sujets, notamment dans le choix de ses partenaires.

Les 13 et 14 février, Mikhaïl Bodganov s’est entretenu avec plusieurs représentants d’Etats du Moyen-Orient, notamment des diplomates israéliens et palestiniens. Ces derniers jours, la communauté internationale a vivement critiqué la décision israélienne de maintenir son offensive en direction de Rafah, où des centaines de milliers de civils se trouvent. La Russie tente donc de négocier, une dernière fois, l’apport d’un soutien humanitaire aux civils de la bande de Gaza. Ses revendications incluent aussi l’établissement d’un Etat Palestinien indépendant, avec Jérusalem-Est comme capitale. Malheureusement, malgré ces tentatives, il semble que l’offensive israélienne se poursuivra dans les prochains jours.

Enfin, le 14 février, Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères russe, s’est adressé directement à la Douma d’Etat, le Parlement du pays. Le Ministre a fait un bilan provisoire des accomplissements du nouveau concept de politique étrangère, que Moscou avait adopté en mars 2023. Selon le chef de la diplomatie russe, la coopération avec de très nombreux pays africains et asiatiques ont directement bénéficié de ces nouvelles directives. «Les plans de la minorité occidentale consistant en un isolement de la Russie et dans la création d’un cordon sanitaire tout autour ne sont pas matérialisés», a affirmé le Ministre lors de ce discours.

Il est vrai que la Russie, du moins d’un point de vue diplomatique, n’apparaît plus si isolée qu’elle ne l’était à l’été 2022 ; sa présence en Afrique et en Asie est toujours en expansion. Toutefois, il ne faut pas croire aveuglément au discours du ministre. Si le cordon sanitaire autour de la Russie (un concept désignant probablement l’OTAN) n’a effectivement pas encerclé le pays, la Finlande a rejoint l’organisation l’année dernière, et sa politique étrangère l’a directement aliéné d’une partie du Sud-Caucase. De plus, Vladimir Poutine demeure un ennemi public d’une grande partie de la communauté internationale, même en écartant l’Europe et les Etats-Unis. Pour toutes ces raisons, l’allocution de Sergueï Lavrov, bien qu’en partie fidèle au réel, doit tout de même être considérée avec objectivité et méfiance.

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