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Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 14/11/24

Publié le 15/11/2024
5 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Du 9 au 10 novembre, la ville de Sotchi a accueilli la Première Conférence Ministérielle du Forum de partenariat Russie-Afrique, l’héritière spirituelle des deux sommets Russie-Afrique de 2019 et 2023. D’après la diplomatie russe, 54 délégations d’Etats africains ou d’organisations régionales ont participé à cette rencontre, axée sur différentes thématiques.

Bien entendu, l’aspect sécuritaire fut l’une des priorités des échanges. Le Kremlin maintient des liens étroits avec les forces armées africaines (tout particulièrement dans le Sahel), qu’elle aimerait creuser davantage avec des partenaires plus variés. Une déclaration à ce sujet a été publiée sur le site du Ministère des Affaires étrangères russe. Ce document, condamnant tous les actes de terrorisme, prévoit notamment des échanges plus étroits entre les forces de l’ordre russes, et celles sur le continent africain, en passant par exemple par des entraînements communs. Rappelons que quelques milliers de mercenaires russes luttent toujours contre les mouvements islamistes au Sahel et en Centrafrique.

Une autre thématique abordée par la conférence fut la coopération spatiale, qui est un sujet en pleine expansion dans les relations russo-africaines. En effet, le New York Times rapportait fin septembre que les membres de l’Alliance des Etats du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger) avaient signé un accord avec Roscosmos, l’agence spatiale russe. Roscosmos s’est ainsi engagée à mettre une partie de ses satellites à disposition de ses trois alliés, tout en les aidant à créer leur propre système de télécommunications. Ces objectifs se retrouvent également dans une seconde déclaration, écrite à l’issue de la conférence du 9 et 10 novembre, où la Russie affiche clairement sa volonté de coopérer avec ses partenaires africains dans le domaine spatial. Moscou, en plus de saluer la création d’une Agence Spatiale Africaine (basée en Egypte depuis 2023), a incité ses interlocuteurs ne l’ayant pas fait à ratifier le traité de 1967, qui promeut un usage pacifique de la zone extra-atmosphérique.

Si cette coopération a en effet des vertus scientifiques intéressantes, les implications politiques de cet échange sont nombreuses. Un article de la BBC, publié en octobre dernier, rappelle bien que l’espace a une portée profondément politique. 17 Etats africains disposent déjà d’un programme spatial. Leur utilisation peut se limiter à la surveillance des effets du réchauffement climatique sur l’environnement ; mais dans les cas les plus avancés, les satellites peuvent soutenir les troupes au sol dans le cadre d’interventions armées, ou espionner des groupes ennemis depuis le ciel. L’emploi de satellites dans le contexte militaire, qui remonte à la fin de la Guerre Froide, a fait ses preuves dans des conflits modernes tels que la guerre en Ukraine.

Dès lors, l’utilisation de l’espace par l’Afrique revêt un caractère profondément stratégique. Beaucoup d’Etats ne sont pas encore en mesure de développer leur propre réseau satellitaire, et doivent donc se tourner vers des puissances extérieures pour leur donner accès à leurs installations. Si traditionnellement, les pouvoirs africains s’en remettaient à l’Occident ou à la Chine, la perte de vitesse des diplomaties américaines ou européennes sur le continent ouvre de nouvelles opportunités pour la Russie. Si cette dernière parvint à s’imposer comme l’acteur spatial le plus influent en Afrique, cela représentera une victoire diplomatique non-négligeable.

D’autres volets ont été abordés dans une troisième déclaration. La coopération en matière de protection de la biodiversité, de dialogue interculturel, et de la lutte contre les armes chimiques ou de destruction massive sont autant de thématiques qui ont pu être discutées, au cours de cette longue conférence. En définitive, cette conférence s’est soldée par un réel succès pour la Russie ; un succès qui prouve que le Kremlin a encore un rôle important à jouer, dans les relations diplomatiques contemporaines.

Néanmoins, un dernier point reste à soulever. Dans une conférence de presse donnée à la suite des échanges, Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères russe, a très ouvertement exprimé son hostilité envers l’Occident. Le Ministre a accusé ce dernier de néocolonialisme envers les Africains, et d’être en grande partie responsable de la montée du terrorisme en Afrique du nord, en raison de l’intervention militaire de l’OTAN en Libye, en 2011. Pourtant, les différentes déclarations publiées à l’issue des échanges diplomatiques ne comportent que peu de références à l’Occident, et jamais aussi virulentes que celles du ministre. Cela tend à prouver que les Russes, bien qu’assez influents sur le continent africain, ne parviennent pas totalement à imposer leur rhétorique anti-occidentale à ce dernier ; certains Etats souhaitent conserver de bonnes relations avec l’Europe et l’Amérique du Nord, sans pour autant abandonner leurs échanges avec le Kremlin.

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