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Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 12/04/24

Publié le 12/04/2024
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Le 8 avril, Sergueï Vershinin, vice-Ministre des Affaires étrangères russes, s’est entretenu avec Boumédiène Guennad, l’ambassadeur algérien à Moscou. Les deux hommes ont principalement discuté des problématiques sécuritaires au Maghreb et en Afrique de l’Ouest, mais aussi et surtout, de leur coopération au sein des Nations Unies. L’Algérie occupe actuellement un siège temporaire au Conseil de Sécurité, qu’elle conservera jusqu’au 31 décembre 2025. Ainsi, au vu de sa proximité avec Moscou, mais aussi de sa candidature auprès des BRICS+, l’Algérie dispose d’un fort potentiel, auprès du Kremlin. Ceci explique les tentatives de coopération accrues avec Alger.

Du 8 au 9 avril, Sergueï Lavrov a effectué une visite diplomatique à Beijing, où il a pu rencontrer Xi Jinping. Cette rencontre fut l’occasion de fêter, un peu en avance, le 75ème anniversaire de la République Populaire de Chine (proclamée le 1er octobre 1949), un pays que l’URSS fut la première à reconnaître. Alors que la coopération russo-chinoise continue de s’étendre, à la fois du point de vue commercial et politique, cette visite d’anniversaire a également un autre sens. 1949 marque aussi l’année de l’implantation des nationalistes chinois, dirigés par Chiang Kaï-shek, sur l’île de Taïwan. A l’heure où les tensions entre Taipei et Beijing sont au plus hauts, la Russie rappelle son soutien à la république populaire : aux yeux du Kremlin, il ne peut y avoir qu’une seule Chine unie, et si possible, sous la bannière de Beijing.

Les jours suivants, les efforts de la diplomatie russe se concentrèrent sur le Proche et Moyen-Orient. Mikhaïl Bodganov, un autre haut-fonctionnaire du Ministère, a reçu Qadri Jamil, un des chefs de l’opposition syrienne qui demande le départ du président Bachar el-Assad. La Russie a insisté sur la reprise des négociations au sein du Comité Constitutionnel Syrien (une assemblée créée par les Nations Unies en 2019), afin de stabiliser le pays, en crise depuis 2011. La Russie souhaite obtenir, à la fin des négociations, une issue favorable au régime du président el-Assad ; mais à l’heure où les tensions au Proche-Orient ne cessent de s’intensifier, un tel objectif restera difficile à atteindre.

Toujours le 9 avril, Sergueï Vershinin a rencontré la représentante spéciale de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA), Roza Otounbaïeva. La Russie aimerait que la MANUA collabore plus étroitement avec la Communauté des Etats Indépendants (CEI) et l’Organisation de Coopération de Shanghai, que le régime taliban souhaiterait rejoindre. Cependant, bien que cette perspective intéresse le Kremlin, ce dernier est fortement préoccupé par les problématiques sécuritaires, mais aussi le recul du droit des femmes dans le pays ; surtout au vu de la récente attaque terroriste du Crocus City Hall, le 22 mars.

Ainsi, la Russie, qui souhaite se positionner en tant que force d’influence au Moyen-Orient, continue à apporter de l’aide humanitaire à l’Afghanistan, tout en dialoguant avec le régime taliban. En cherchant une collaboration plus étroite entre la MANUA et les instances internationales dont fait partie la Russie, cette dernière prépare donc le terrain à une coopération plus accrue avec le régime taliban, à condition qu’ils acceptent d’entrer dans le jeu des relations internationales.

Le lendemain, ce fut au tour de Tanju Bilgic, ambassadeur turc à Moscou, d’être reçu par le Ministère des Affaires étrangères. Alors que l’Arménie a rompu la plupart des liens qui l’unissait à la Russie, et que les tensions dans le Caucase restent élevées, Ankara comme Moscou sont inquiètes des perspectives pour la région. Les deux pays désirent donc poursuivre leur coopération dans le cadre du format «3+3», une plateforme multilatérale rassemblant les 3 Etats du Sud-Caucase (l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Géorgie, bien que cette dernière ne participe que peu aux échanges), et les 3 puissances voisines de la région (la Russie, la Turquie et l’Iran). Néanmoins, au vu de l’absence de Tbilissi, et des rancœurs d’Erevan, les avancements de ce format resteront probablement limités.

Egalement le 10 avril, Sergueï Lavrov a discuté avec Tor Wennesland, le coordinateur spécial des Nations Unies pour le processus de la paix au Moyen-Orient. Les deux diplomates ont déclaré leur attachement à la solution à deux Etats, tout en condamnant à la fois l’attaque du 7 octobre, et le massacre des Palestiniens à Gaza. La question des tensions entre Israël et l’Iran furent également abordées ; la Russie, à l’image du reste de la communauté internationale, désire éviter par-dessus tout l’éclatement d’un conflit entre ces deux puissances rivales.

Toujours sur cette thématique, Mikhaïl Bogdanov a rencontré l’ambassadeur libanais à Moscou, Chawki Bou Nassar. La Russie tente donc de désamorcer une situation toujours plus complexe au Proche-Orient, et a récemment recommandé à tous ses ressortissants de ne pas se rendre dans la région pour le moment.

La fin de la semaine, quant à elle, fut illustrée par une rencontre des commissions aux affaires étrangères des différents Etats-membres des BRICS, à Moscou. La Russie a la présidence de l’organisation, désormais composée de dix membres, pour l’ensemble de l’année 2024. Ainsi, Sergueï Lavrov (qui présidait les échanges), continue de présenter les BRICS comme une alternative à l’Occident, et comme les représentants d’une «Majorité Globale» forcée de se soumettre à l’influence des Etats-Unis.

Le Kremlin espère alors pouvoir lutter contre leur hégémonie économique, notamment à travers une solidarité bancaire accrue entre les BRICS. D’autres projets de coopération culturelle et sécuritaire sont également envisagés ; de fait, il reste à voir comment cette organisation pourrait se positionner en tant que rivale du G7.

Enfin, selon le journal Africanews, la Russie a commencé les exportations de diesel au Soudan. L’ambassadeur à Moscou de ce pays africain, toujours ravagé par la guerre civile, a justement rencontré Mikhaïl Bodganov le 12 avril. Le Kremlin continue donc de s’intéresser de près à ce conflit peu médiatisé en Europe, notamment au vu des intérêts économiques et militaires liés à la mer Rouge. 

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