Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 09/02/24

Le 31 janvier et 1er février, des consultations entre des agences scientifiques russes et chinoises ont eu lieu. Divers sujets furent abordés, notamment la militarisation de l’espace, et l’utilisation de l’IA dans le contexte militaire. La Chine comme la Russie recherchent une collaboration plus étroite dans le domaine militaire, notamment au vu du développement de nouvelles technologies d’armement. Dès lors, les deux pays ont accepté de coordonner leurs actions au sein du Groupe d’experts gouvernementaux (GGE) sur les systèmes d’armes létaux autonomes (SALA), qui travaille sur ces questions.
Un peu plus tard dans la semaine, le haut-commandement iranien a annoncé qu’en 2024, de nouveaux exercices militaires seraient conjointement menés entre Moscou, Téhéran et Beijing ; l’alliance des trois pays continue donc de se renforcer dans le domaine de l’armement, alors que les tensions avec l’Occident demeurent au plus haut.
Le 2 février, les Etats-Unis ont bombardé plusieurs cibles appartenant à des groupes insurgés, supposément soutenus par l’Iran, en Irak et en Syrie, en représailles pour le meurtre de trois militaires américains en Jordanie. Le lendemain, la diplomatie russe a publié un communiqué de presse sur cette question : «confiante dans son impunité, Washington continue de semer le chaos et la destruction au Moyen-Orient», déclare ainsi le ministère des Affaires étrangères. «Leur désespoir à rattraper les politiques internationales ratées de l’administration américaine actuelle dans le contexte de la campagne électorale en cours mènent à l’escalade des tensions internationales». Ces déclarations houleuses s’expliquent par l’alliance entre Moscou et la Syrie, ainsi que l’Iran, motivant donc une réponse plus que critique des attaques américaines.
Le 4 février, Andreï Roudenko, ministre adjoint des Affaires étrangères, s’est rendu à Séoul afin de rencontrer plusieurs ministres sud-coréens. Les tensions sont actuellement hautes entre la Corée du Sud, alignée sur les Etats-Unis, et la Corée du Nord, qui s’est depuis deux ans fortement rapprochée de la Russie. Jusqu’à très récemment, la Corée du Sud était un partenaire économique très important pour Moscou, notamment dans le domaine énergétique. L’objectif de la rencontre était donc de renouer des liens diplomatiques entre Séoul et le Kremlin.
Le représentant russe a ainsi affirmé que la Russie était attachée à la résolution du conflit avec la Corée du Nord, qui serait provoqué par une attitude belliqueuse de la part des Etats-Unis. Pourtant, comme expliqué dans la veille précédente sur ce sujet, la Corée du Nord n’est pas étrangère aux comportements agressifs envers son voisin. Selon le journal Reuters, la partie sud-coréenne a demandé à la Russie de cesser sa coopération militaire avec Pyongyang, qui menacerait la sécurité de la péninsule coréenne toute entière.
Alexander Pankin, un autre ministre adjoint, a été interviewé le 5 février par l’agence de presse TASS. Le principal sujet de l’interview était l’Union Economique Eurasiatique, dont la Russie occupait la présidence pendant l’année 2023. Selon le diplomate russe, l’année fut très fructueuse, notamment grâce à l’accord de libre-échange entre l’UEE et l’Iran, signé en décembre, ou les différentes négociations organisées avec des Etats extérieurs à l’Union tels que l’Indonésie ou les Emirats Arabes Unis. Cependant, le ministre adjoint souhaite que cette organisation se renforce encore davantage ; l’UEE étant exclusivement composée d’anciennes républiques de l’URSS, cela autorise Moscou à conserver une grande influence auprès de son vieil empire, expliquant l’intérêt de la diplomatie russe pour l’organisation.
Dernières informations de la semaine : le 7 février, Sergueï Lavrov a rencontré Imangali Tasmagambetov, diplomate kazakh et secrétaire général de l’OSTC, ainsi que les représentants des Etats-membres de l’organisation. Les rencontres ont permis aux diplomates de préparer la future réunion de l’organisation, en juin, mais aussi d’échanger sur diverses questions de sécurité internationale, notamment le Sud-Caucase.
Cette région demeure une des zones les plus délicates pour la diplomatie russe. Depuis la défaite de l’Arménie au Haut-Karabagh, Erevan s’éloigne de plus en plus de Moscou ; le 1er février, l’Arménie a officiellement rejoint la Cour Pénale Internationale, qui a émis un mandat d’arrêt international contre Vladimir Poutine. Selon France24, la décision a été fortement critiquée par la Russie, qui a déjà mise en garde l’Arménie pour sa prise de distance avec le Kremlin. Toujours sur la question du Caucase, le 8 février, Aslan Bjania, président de l’Abkhazie, a rencontré Sergueï Lavrov. L’Abkhazie est une république séparatiste en Géorgie, soutenue par la Russie, qui prévoit d’y construire une base navale dans les prochaines années. Ce projet inquiète fortement Tbilissi : en règle générale, une grande partie du Sud-Caucase s’oppose à l’influence russe, et pourrait représenter le prochain point de tension entre l’Occident et Moscou.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



