Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 08/03/24

Les 2 et 3 mars, le Forum Diplomatique d’Antalya s’est poursuivi en Turquie. Tout au long du week-end, Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères russe, s’est entretenu avec les représentants de plusieurs Etats d’Asie Centrale, notamment le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. Bien que ces nations cherchent depuis longtemps à prendre une certaine indépendance, vis-à-vis du géant russe, leur coopération demeure étroite et extensive. Cette semaine, le média The Diplomat révélait que les importations de gaz russe en Ouzbékistan allaient être fortement renforcées.
Au vu des pénuries d’électricité ayant eu lieu en Asie Centrale cet hiver, l’Ouzbékistan prévoit d’améliorer ses infrastructures dans les prochaines semaines. Ce faisant, Tachkent sera en mesure d’importer 32 millions de mètres cubes de gaz russe par jour, au lieu des 9 millions importés aujourd’hui. Bien que les gouvernements d’Asie Centrale ne veulent plus être entièrement alignés sur Moscou, cette dernière conserve donc un certain pouvoir auprès de ces Etats, en augmentant ses exportations énergétiques vers ses alliés asiatiques.
Par ailleurs, le 2 mars, Sergueï Lavrov a rencontré le roi de l’Eswatini, Mswati III, au cours du forum d’Antalya, et ont partagé leur désir d’accroître leurs échanges commerciaux. Bien que les deux pays n’entretiennent que des relations mineures, l’Eswatini est très intéressée par le secteur de la défense et de l’agriculture russe. L’année dernière, l’agence de presse TASS rapportait que l’Eswatini se préoccupait des effets de la crise en Ukraine, un grand producteur de céréales, sur l’alimentation africaine. Ainsi, l’Eswatini espère peut-être devenir l’un des pays africains à qui la Russie a promis de fournir des denrées alimentaires en grande quantité, tel qu’annoncé l’été dernier par le Kremlin.
Le dernier jour du Forum, Sergueï Lavrov a donné une conférence de presse, qui a porté sur divers sujets. Plusieurs questions se sont concentrées sur le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Le Ministre a confirmé que son pays cherchait à collaborer avec les gouvernements azéri et arménien, mais en a profité pour critiquer la posture de ce dernier. Depuis qu’Erevan se rapproche de l’OTAN, et déclare envisager de prendre ses distances avec l’OTSC, le Kremlin multiplie les remarques à l’égard de son allié : «Les Arméniens, pour une raison obscure, pensent qu’ils devraient coopérer avec ceux qui s’opposent à leurs vrais amis, plutôt qu’avec leurs voisins proches et alliés de longue date», a donc déclaré Sergueï Lavrov pendant la conférence.
En parallèle du forum, Mikhaïl Galuzin, vice-Ministre des Affaires étrangères, a rencontré Li Hui, le représentant spécial de la Chine aux affaires eurasiennes. Leur réunion portait sur l’Ukraine, et sur la résolution du conflit en cours. Des critiques ont évidemment été soulevées à l’égard de l’Occident, accusé d’aggraver la situation sur place. Mais plus important encore, les deux parties se sont mises d’accord sur la nécessité de prendre en considération les intérêts sécuritaires russes. Autrement dit, le Kremlin ne risque pas d’accepter une issue autorisant l’Ukraine à rejoindre l’OTAN, ou à récupérer les territoires annexés par la Russie en 2014 et 2022.
Le 5 mars, une réunion du Groupe de la Vision Stratégique «Russie-Monde Islamique» a eu lieu à Moscou. Ce groupe, qui est dédié à la coopération entre la Russie et les pays musulmans, a invité plusieurs ambassadeurs, et le président de la république du Tatarstan. La Russie, qui échange beaucoup avec le monde islamique, a tout intérêt à mener une politique amicale à l’égard de ces pays.
Le lendemain, deux évènements sont à noter. Tout d’abord, Sergueï Riabkov, un autre vice-Ministre des Affaires étrangères, a rencontré son homologue israélien. Leur rencontre portait principalement sur le programme nucléaire iranien, dont la progression est source de préoccupations à Tel Aviv. Les deux diplomates se sont accordés sur la nécessité d’une coopération accrue entre l’Iran et les agences de l’ONU, mais il est très peu probable qu’Israël revoie sa politique vis-à-vis de son grand rival.
Toujours le 6 mars, Sergueï Lavrov a quant à lui rencontré Yusuf Maitama Tuggar, le Ministre nigérien des Affaires étrangères. Les échanges se sont principalement concentrés sur les situations conflictuelles en Afrique, et leur coopération économique. Le Nigéria envisage toujours sérieusement une adhésion aux BRICS+, mais compte rejoindre l’organisation à son propre rythme. Pour l’instant, Abuja veut surtout passer un accord avec la Russie, afin de développer son propre parc nucléaire.
Enfin, le 7 mars, Mikhaïl Bogdanov, un autre haut-fonctionnaire du Ministère, s’est rendu à Abou Dhabi. Au cours de la visite, il a pu échanger avec Mohammed ben Zayed Al Nahyane, le Président des Emirats Arabes Unis. La Russie a présenté à ses alliés émiratis sa proposition pour le Proche-Orient, qui consiste à créer, en plus de l’Etat d’Israël, un gouvernement palestinien indépendant et uni sous la bannière de l’OLP. Abou Dhabi semble approuver un tel plan, prouvant une fois de plus que la Russie a profité de la guerre à Gaza, afin d’étendre sa propre influence dans le monde musulman.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



