Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 07/10/23

Le 3 octobre, Sergueï Lavrov a rencontré Aslan Bjania et Alan Glagoïev, respectivement présidents de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Ces deux nations, à la reconnaissance internationale controversée, sont alliées à la Russie depuis leur indépendance.
Au cours des échanges, le ministre des Affaires étrangères a remercié ses interlocuteurs pour l’aide humanitaire qu’ils apportent aux troupes russes en Ukraine, tout en se félicitant du développement du commerce dans la région. En 2022, les échanges commerciaux entre l’Ossétie du Sud et Moscou représentaient 140 millions de dollars, un chiffre que les russes comptent augmenter dans les prochaines années.
Les trois représentants étatiques se sont aussi accordés sur les prochaines étapes de leur coopération, notamment du point de vue militaire ; quelques jours plus tard, Aslan Bjania a annoncé la construction d’une nouvelle base navale russe en Abkhazie. La BBC rapporte qu’un tel projet permettrait d’augmenter la pression sur la flotte ukrainienne en mer Noire. Cependant, l’implantation de nouvelles forces russes sur un territoire revendiqué par la Géorgie, dans un contexte de refroidissement des relations avec les pays du Caucase, soulèvera sûrement les objections de la communauté internationale.
Le 6 octobre, le journal Interfax relayait une déclaration du ministre de l’Agriculture russe, Dmitri Patrouchev, qui a annoncé que les livraisons gratuites de grain, à destination de six pays africains, allaient débuter d’ici un mois et demi. Les six pays en question, le Burkina Faso, la Centrafrique, l’Erythrée, le Mali, la Somalie et le Zimbabwe, recevront entre 25 et 50 000 tonnes de grain dans les prochains mois, afin de lutter contre l’insécurité alimentaire causée par la guerre en Ukraine.
Néanmoins, il est important de constater que ces livraisons visent en priorité des pays proches du pouvoir russe. Selon le think tank Council on Foreign Relations, les trois Etats africains les plus affectés par la diminution des exportations de Kiev sont la Libye, l’Ethiopie et la Tunisie : la production ukrainienne représentait, pour ces trois pays, respectivement 49, 45 et 31% de leurs importations de blés en 2021. Si la Tunisie est envisagée pour de futurs accords alimentaires avec la Russie, aucune livraison n’est prévue pour la Lybie ou l’Ethiopie.
Les six nations mentionnées par la Russie souffrent de l’insécurité alimentaire, et les livraisons leur seront bien entendu d’une précieuse aide ; toutefois, force est de constater que le Kremlin approvisionne en priorité des pays africains dans sa sphère d’influence. L’objectif principal de cet accord est de garantir la loyauté de ces Etats acquis à la cause russe.
Enfin, la brutale escalade du conflit israélo-palestinien du 7 octobre n’a pas laissé Moscou indifférente. Le même jour, le Ministère des Affaires étrangères russe a publié un communiqué exigeant un cessez-le-feu immédiat. La Russie ayant historiquement pris parti pour la cause palestinienne, elle a aussi demandé un retour aux frontières israéliennes et palestiniennes telles qu’indiquées par l’ONU. La place que pourrait jouer dans le conflit actuel le Kremlin, allié aux ennemis iraniens et syriens d’Israël, demeure encore à observer.
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Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



