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Russie

Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 05/04/24

Publié le 06/04/2024
5 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Du 28 mars au 1er avril, Israël a mené plusieurs frappes aériennes sur le sol syrien. Dans un communiqué de presse publié le 29 mars, la Russie a vivement condamné ces attaques sur la Syrie, en les qualifiant de «violation directe de la souveraineté de ce pays». Cependant, l’acte le plus grave de cette campagne de bombardements fut la frappe sur le consulat iranien à Damas, le 1er avril, qui a causé la mort de 16 personnes.

La Russie a réagi avec fermeté face à cette attaque, en déclarant qu’elle viole la convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961), qui assure l’immunité et la protection des diplomates en fonction. Le Kremlin a bien entendu incité Israël à cesser ses frappes aériennes sur la Syrie, afin d’éviter toute escalade du conflit au Proche-Orient. Bien que la Russie bénéficie de cette guerre dans sa campagne de déstabilisation de l’Occident, des affrontements ouverts entre Israël et la Syrie, ou encore l’Iran, auraient des conséquences désastreuses sur l’économie mondiale. En outre, la Russie serait probablement forcée d’intervenir afin de protéger ses intérêts à Damas, dilapidant donc ses moyens matériels déjà sous haute pression en Ukraine.

Le début de la semaine fut aussi marqué par plusieurs échanges diplomatiques avec l’Asie du Sud-Est. Le 29 mars, Andreï Rudenko, vice-Ministre des Affaires étrangères, a donné une conférence à l’université de Malaisie, sur la politique russe en Asie du Sud-Est. La Malaisie va prendre la tête de l’ASEAN en 2025, et est considérée comme un des meilleurs partenaires de la Russie dans la région ; en fin d’année dernière, Kuala Lumpur avait soutenu les BRICS dans leur projet de «dédollarisation» de l’économie mondiale. Moscou espère ainsi se rapprocher de ce partenaire intéressant.

En revanche, Singapour, le deuxième pays qu’Andreï Rudenko a visité, a été récemment placé sur la liste des «nations inamicales» par Moscou. Le gouvernement singapourien a implémenté diverses sanctions sur les exportations russes, que le vice-ministre leur a suggéré d’abandonner ; visiblement, sans grand succès. Dès lors, bien que la Russie espère encore développer son influence dans cette région du monde, l’alignement antichinois et pro-occidentale de plusieurs nations asiatiques risque d’entraver les efforts russes.

Le 2 avril, le Ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, s’est entretenu par téléphone avec Olushegun Bakari, son homologue béninois. Le ministre Bakari a exprimé ses condoléances pour les morts causées par l’attaque terroriste du 22 mars, et les deux hommes d’Etat ont discuté d’une intensification du commerce entre leurs nations. Le Bénin a historiquement toujours maintenu de bonnes relations avec Moscou ; cette dernière, quant à elle, aimerait continuer à étendre son influence en Afrique de l’Ouest.

Le lendemain, au cours d’un briefing donné par Maria Zakharovka, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, cette dernière est revenue sur la présidence russe des BRICS+. Après 3 mois de présidence, la Russie a dirigé plusieurs évènements sur divers sujets, mais elle a beaucoup insisté sur la coordination des Etats-membres dans le cadre d’autres plateformes multilatérales. A titre d’exemple, la porte-parole a cité la déclaration conjointe des membres des BRICS+, à Nairobi, au cours de la sixième session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Moscou aimerait que les BRICS+, qui comptent désormais 10 membres, deviennent une véritable alternative au G7.

Le 4 avril, Sergueï Lavrov a ensuite rencontré les membres de la Société des Amis du Tadjikistan, où il a valorisé les liens étroits qui unissent Douchanbé à Moscou. A la suite de l’attaque terroriste du 22 mars, perpétrée par des ressortissants tadjiks, les actes à l’encontre de cette communauté en Russie s’étaient multipliés. Toutefois, la Russie a essayé de rejeter la faute de l’attentat sur l’Ukraine, accusant les terroristes d’essayer de fuir vers Kiev après leur crime. «Aujourd’hui, quand ‘l’Occident collectif’ essaie de détruire les liens centenaires qui nous unissent, il est important de renforcer l’amitié, la confiance et la compréhension mutuelle entre nos peuples», a déclaré le Ministre.

La Russie, malgré la revendication de l’attentat par l’Etat Islamique, continue de défendre sa rhétorique anti-occidentale, qui se poursuit d’ailleurs sur d’autres fronts. Le 5 avril, l’ambassadeur sud-coréen à Moscou, Lee Do-Hoon, a été convoqué par Andreï Rudenko. Cette décision fait suite à l’annonce, par Séoul, d’imposer des sanctions à l’égard de deux frégates russes ayant transporté, supposément, du matériel militaire à la Corée du Nord.

La Russie a déclaré qu’elle ne tolérerait pas de telles sanctions à son encontre, et a accusé Séoul de déstabiliser les relations économiques en Asie de l’Est, sous l’influence des Etats-Unis. Pourtant, le Kremlin n’a pas démenti qu’elle entretenait une coopération militaire avec la Corée du Nord, un pays dont l’hostilité à l’égard de son voisin est de notoriété publique. La Russie, en définitive, n’est elle-même pas sans failles en matière de déstabilisation internationale.

Dernière information de la semaine ; Sergueï Lavrov a également rencontré, vendredi, le Secrétaire exécutif de la Communauté des Etats Indépendants (CEI), Sergueï Lebedev. Les deux ministres ont échangé sur la présidence russe de l’organisation, et sur la coopération entre les Etats-membres. Malgré ses ambitions internationales, le Kremlin tient tout de même à défendre son pré carré en Eurasie, surtout à l’heure où l’Arménie s’éloigne de plus en plus du pouvoir russe.

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