Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 04/03/24

Du 21 au 22 février 2024, le Ministère des Affaires étrangères russe a participé à la réunion ministérielle du G20, présidée cette année par le Brésil. Au cours des échanges entre les différentes délégations, Sergueï Lavrov s’est prononcé en faveur des Etats du Sud Global (qui inclue, entre autres, l’Afrique et une grande partie de l’Asie), et a défendu une redistribution des fonds du FMI et de la Banque Mondiale plus avantageux pour les pays en développement. De plus, le Ministre des Affaires étrangères a mis en avant l’importance des différentes organisations régionales (telles que l’Union Africaine, devenue membre du G20 en 2023) dans les échanges internationaux, en célébrant la perte d’influence occidentale sur ces institutions.
Sur la question des organisations internationales régionales, la Russie a réagi au sommet exceptionnel de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), qui a eu lieu le 24 février à Abuja. Ce sommet exceptionnel a été organisé en réponse à la décision de trois pays du Sahel (Mali, Niger et Burkina Faso) de quitter la CEDEAO ; cette dernière avait infligé des sanctions sévères contre les juntes militaires à la tête de ces Etats. La Russie compte ces trois nations parmi ses alliés, et a déjà pris position contre l’organisation après le coup d’Etat au Niger. Lorsque la CEDEAO avait envisagé une intervention militaire pour renverser la nouvelle junte, la Russie avait affirmé que cela déstabiliserait grandement la région.
Moscou a donc grandement félicité la décision de lever les sanctions contre le Niger, annoncée au cours des échanges du 24 février. «Les décisions du sommet d’Abuja peuvent être vues comme la démonstration d’une volonté de préserver l’unité de la Communauté», a commenté le Ministère des Affaires étrangères russe. Ainsi, le Kremlin continue de défendre les intérêts de ses alliés au Sahel, et espère probablement que ces derniers pourront représenter une alternative directe aux institutions communes ouest-africaines.
Le 26 février, Sergueï Lavrov a ensuite rencontré Sun Weidong, vice-ministre des Affaires étrangères chinoises. Les deux diplomates se sont félicités de l’étroite collaboration entre leurs deux pays, et ont consacré leurs efforts à leurs intérêts communs face à l’Occident. Leur attention s’est particulièrement portée vers la Corée, où les deux pays soutiennent ouvertement Pyongyang, et l’Ukraine, où la position chinoise demeure ambigüe. Quelques jours auparavant, la Chine avait de nouveau affirmé que la charte des Nations Unies, tout comme l’intégrité territoriale et politique de chaque Etat, se devaient d’être respectées minutieusement. Pourtant, Beijing ne condamne toujours pas l’invasion russe en cours, lui permettant de ne pas officiellement prendre parti, et de maintenir de bonnes relations avec la Russie tout en commerçant toujours avec l’Occident.
Le lendemain, Ahmed Awad ben Moubarak, le Premier Ministre du Yémen, s’est rendu à Moscou où il a rencontré Sergueï Lavrov. Les deux diplomates ont conjointement condamné les bombardements américains et britanniques sur le territoire yéménite, provoquées par les attaques des Houthis sur les navires marchands de la mer Rouge. La Russie s’est ainsi déclarée prête à coopérer avec les autorités yéménites afin de stabiliser la situation sur place. Les deux ministres se sont accordés à dire que le conflit israélo-palestinien est la principale cause d’une telle escalade des tensions au Moyen-Orient.
Le 28 février, Sergueï Lavrov a ensuite reçu Abdoulaye Diop, ministre des Affaires étrangères malien. Ce dernier a exprimé la reconnaissance de Bamako envers la Russie, qui leur a fourni de nombreuses aides humanitaires, ainsi qu’un soutien militaire direct (de par la présence du Groupe Wagner au Sahel). Dans ces domaines, leur partenariat demeure donc solide. L’Alliance des Etats du Sahel (AES), le nouveau pacte défensif antiterroriste signé entre le Burkina Faso, le Niger et le Mali, a reçu beaucoup d’attention au cours de l’échange entre les ministres. La Russie y voit bien entendu une excellente opportunité de renforcer son influence dans une zone riche en ressources naturelles, tout en continuant à rallier d’autres Etats africains à sa cause.
Comme annoncé dix jours plus tôt, la Russie a organisé une rencontre entre différentes organisations politiques palestiniennes (dont le Hamas et le Fatah), afin de trouver une solution viable au conflit actuel au Proche-Orient. Cette rencontre a eu lieu sous la demande de ces mêmes groupes, qui voient en la Russie un allié historique de la cause palestinienne.
De nouveau, le Kremlin a condamné à la fois l’attaque du 7 octobre 2023 et l’opération israélienne à Gaza, et s’est prononcé en faveur d’un gouvernement dirigé par Mahmoud Abbas. Ce dernier, Président de l’Etat palestinien et membre du Fatah, a effectué ses études en Union Soviétique et dispose de nombreux soutiens en Russie. Moscou souhaite donc qu’un gouvernement pouvant représenter toutes les parties de la société palestinienne puisse être bâti dans les prochaines années, en incluant les groupes les plus modérés comme les extrémistes. Si un accord de paix avec Israël devra attendre, la Russie fait donc des progrès du côté de ses interlocuteurs palestiniens.
Enfin, du 1er au 3 mars, la Russie a participé au Forum Diplomatique d’Antalya, qui a lieu tous les ans en Turquie. Le Forum n’avait pas pu se réunir en 2023, en raison du séisme qui avait, à l’époque, causé d’importants dégâts dans le pays. La Russie a bien entendu remercié la Turquie de son invitation, et a renouvelé ses déclarations à l’égard de l’OTAN et de l’Occident en général, ses principaux ennemis. Sergueï Lavrov a directement affirmé qu’à terme, la Russie souhaitait devenir la première puissance mondiale, et le porte-étendard du Sud Global.
Cependant, ces plans ne seront peut-être pas si faciles que cela à accomplir. La Turquie, justement, demeure membre de l’OTAN, et n’est pas forcément entièrement alignée sur Moscou. L’un des journalistes présents à la conférence de presse du Ministre Lavrov a fait remarquer, ironiquement, que sur Google Maps, la Turquie était au centre du monde, et non pas la Russie. Le Ministre a répondu en ces termes : «Il y a des cartes en Turquie qui représentent de grandes parts de la Russie avec la mauvaise couleur». En effet, la Turquie a systématiquement refusé de reconnaître l’annexion de territoires ukrainiens, tels que la Crimée, par Moscou.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



