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Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 04/02/24

Publié le 04/02/2024
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Le 26 janvier, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a contacté son homologue des Emirats Arabes Unis, Abdallah ben Zayed Al Nahyane. Les deux ministres ont bien entendu échangé sur l’évolution des affrontements dans la Mer Rouge et en Palestine, mais ils se sont surtout penchés sur la coopération bilatérale entre leurs deux pays, qui a connu une réelle croissance ces dernières années.

Les Emirats ont rejoint, le 1er janvier, les BRICS, aux côtés d’autres nations telles que l’Egypte, l’Iran, ou encore l’Arabie Saoudite ; de plus, Abou Dhabi est, dans le monde Arabe, le partenaire économique le plus important de la Russie, surtout dans le domaine énergétique. L’agence de presse TASS indique qu’en 2023, les investissements émiratis dans la production énergétique russe avaient augmenté de 103%, même en excluant le secteur pétrolier. Les deux pays ont donc tout intérêt à maintenir de bonnes relations l’un avec l’autre, et vont continuer leur collaboration au sein des BRICS+.

Le même jour, Sergueï Lavrov a tenu une conférence de presse sur les résultats de la diplomatie russe en 2023. Le ministre y a exprimé sa satisfaction vis-à-vis des efforts russes sur la scène diplomatique, notamment pour l’expansion de son influence en Afrique, et le retour de la Syrie parmi la Ligue des Etats Arabes. Cependant, le Ministre a aussi abordé la question de l’OPEC+, que la Russie dirige conjointement avec l’Arabie Saoudite. Lorsqu’on lui demanda si les deux pays comptaient réduire la production pétrolière mondiale, le ministre répondit que le format OPEC+ maintiendrait «un marché pétrolier mondial stable et prévisible», tout en accusant l’Occident d’essayer de manipuler ce marché. Depuis quelques mois, l’Arabie Saoudite s’éloigne de plus en plus du bloc occidental, et accroît ses échanges avec la Russie, elle aussi une grande productrice d’hydrocarbures.

Le 30 janvier, le ministre russe a ensuite accueilli son homologue gambien, Mamadou Tangara. Au cours des échanges, les deux ministres ont défini des objectifs pour la relation entre leurs pays respectifs, notamment en matière d’éducation, ou encore de commerce. Alors que le Mali, le Niger et le Burkina Faso (alignés sur Moscou) viennent tout juste de quitter la CEDEAO, la Russie continue donc d’étendre son influence en Afrique de l’ouest.

Le sujet des BRICS fut de nouveau mis en avant le lendemain, lorsque la Russie participa à une réunion des sherpas de l’organisation. Dans le contexte des BRICS, les sherpas désignent les représentants des différents Etats-membres, qui doivent guider ces derniers vers le succès de l’organisation (d’où la comparaison avec l’ethnie himalayenne des Sherpas, qui proposent souvent leurs services de guides montagnards). La Russie assurant la présidence des BRICS en 2024, la réunion a donc eu lieu à Moscou.

Sergueï Lavrov a donc accueilli les 5 nouveaux Etats-membres parmi les BRICS, et a donné un discours pour présenter les objectifs russes en 2024. Selon Sergueï Lavrov, les BRICS ne doivent pas obéir à une logique de bloc, et doivent se constituer avant tout sur une confiance ainsi qu’un respect mutuels. L’organisation servirait donc à défendre les intérêts du «Sud et de l’Est Global», et à assurer la souveraineté des Etats-membres dans le respect des principes de l’ONU. Pourtant, dans ce même discours, le ministre a vivement attaqué l’Occident, accusant les Etats-Unis et leurs Alliés d’appliquer un double standard quant aux principes de la Charte des Nations Unies, notamment en Ukraine. Il paraît donc difficile de ne pas interpréter le discours comme une invitation implicite à destination des Etats-membres des BRICS, les incitant à garder leurs distances avec l’Occident.

Cette représentation presque manichéenne des occidentaux en tant qu’ennemis des Etats en développement se perçoit bien dans un autre communiqué de presse, publié le 31 janvier également. En effet, des exercices militaires, impliquant conjointement des forces spéciales américaines et l’armée sud-coréenne, ont eu lieu cette semaine à proximité de la frontière avec la Corée du Nord. La diplomatie russe a alors dénoncé les «démarches provocantes des Etats-Unis et de leurs alliés» en Asie de l’Est, et a appelé Washington à mettre un terme à la politique américaine en Indopacifique ; cette dernière implique un renforcement de la présence militaire occidentale dans les points de tensions asiatiques que sont la Corée, et Taïwan.

Il est important de rappeler que ces exercices s’inscrivent dans un contexte plus large, où les actes nord-coréens belliqueux se multiplient depuis quelques mois. Le 6 janvier 2024, la chaîne de télévision France24 rapportait que, les jours précédents, plusieurs dizaines d’obus d’artillerie nord-coréenne avaient été tirés à proximité de l’île de Yeonpyeong, qui est située à une quinzaine de kilomètres au sud des côtes nord-coréennes. Aucune perte civile n’est à déplorer (contrairement aux bombardements précédents, qui eurent lieu en 2010), mais ces tirs sont le signe d’une posture plus hostile de Pyongyang à l’égard de son voisin. Les exercices organisés par la Corée du Sud ne sont donc qu’une réponse inquiète de Séoul vis-à-vis des tensions croissantes dans la péninsule.

Moscou est tout à fait consciente de ces informations, mais n’a pas condamné les actions menées par le régime nord-coréen. Il est donc important de considérer avec prudence les déclarations de la diplomatie russe, qui sert en priorité leurs intérêts, davantage que ceux des Etats en développement. Si l’Occident en fait bien sûr de même, le plus important est de ne pas examiner l’actualité géopolitique de manière binaire, mais bien de comprendre le poids des intérêts particuliers et des anciennes rivalités dans l’ordre du monde contemporain.

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