Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 03/05/24

Le 26 avril, Andreï Rudenko, vice-ministre des Affaires étrangères russes, s’est rendu à Tachkent. Il a pu y rencontrer ses homologues ouzbèkes, avec lesquels il a entretenu des discussions sur les échanges russo-ouzbèkes. Selon le communiqué du Ministère russe, les discussions se sont déroulées dans un contexte relativement positif.
Cependant, les rapports entre le Kremlin et les Etats d’Asie Centrale ont connu certaines tensions, dans les derniers jours. Le média The Diplomat indique justement que le 26 avril également, l’ambassadeur russe à Douchanbé avait été convoqué par les autorités tadjikes. Ces dernières s’inquiètent fortement de la multiplication des actes racistes, en Russie, à l’encontre des travailleurs d’Asie Centrale, à la suite de l’attaque terroriste du Crocus City Hall. Plusieurs centaines de milliers de ces travailleurs vivent en Russie, et représentent un apport économique important pour les républiques d’Asie Centrale. Or, cette semaine, près d’un millier de ressortissants Tadjiks ont été retenus à l’aéroport international de Vnoukovo (à Moscou), dans des conditions sanitaires difficiles, en attendant de pouvoir accéder au territoire russe. Seulement 322 d’entre eux sont parvenus à entrer le 28 avril.
L’Ouzbékistan, malgré ses accords de coopération avec Moscou, a entrepris ses propres actions afin de limiter les actes discriminatoires à l’encontre de sa population. D’après Eurasianet, Tachkent a récemment adopté un décret offrant plus de pouvoir à son Agence pour la migration de la main-d’œuvre à l’étranger. L’objectif de cette mesure est d’accorder plus de protection aux travailleurs immigrés peu qualifiés ; la relation entre Russes et peuples d’Asie Centrale connaît donc quelques remous, en dépit des discours officiels.
Le 27 avril, l’ambassadeur de Russie à New Delhi, Denis Alipov, a été interviewé par le média Affaires Internationales (Международная жизнь), qui dépend du Ministère des Affaires étrangères russe. L’ambassadeur revient donc sur la coopération avec l’Inde (le commerce entre New Delhi et Moscou a cumulé 65 milliards de dollars en 2023), et a commenté avec enthousiasme la pénétration du marché indien par la Russie. Cette dernière représente 50% des exportations d’armes à feu à l’Inde, et le Kremlin soutient directement l’expansion de la centrale nucléaire de Kudankulam. Alors que les élections législatives battent leur plein dans le pays le plus peuplé du monde, ce dernier semble toujours attaché à son partenariat avec la Russie.
Dans les jours qui suivirent, Mikhaïl Bogdanov, un autre vice-ministre des Affaires étrangères, s’est rendu au Soudan pour une visite diplomatique. Au cours de son séjour, le diplomate a déclaré que la Russie soutenait le gouvernement officiel du Soudan, une annonce qui s’oppose directement aux rumeurs selon lesquelles le groupe Wagner lutterait aux côtés des Forces de Soutien Rapides. Tout en reconnaissant l’intégrité territoriale de son allié africain, Moscou a déclaré qu’elle voulait renforcer la coordination entre les deux pays à l’échelle onusienne. Il est probable qu’en échange de ce soutien, le Kremlin a reçu des garanties économiques ou politiques dont il pourra se servir.
Le 2 mai, l’Associated Press a relayé une information en provenance de la Maison Blanche. Cette dernière accuse la Fédération de Russie de violer les sanctions de l’ONU à l’encontre du programme nucléaire nord-coréen ; en effet, ces sanctions limitent la quantité d’essence pouvant être vendue à la Corée du Nord, qui ne doit pas dépasser les 500 000 barils à l’année. La Russie est accusée de vendre des quantités supérieures à son allié, en échange de matériel militaire pour sa guerre en Ukraine.
De plus en plus, la Russie prend position en faveur de Pyongyang contre les puissances occidentales. Depuis 2009, un Panel d’Experts contrôlait les sanctions en vigueur contre la Corée du Nord, et son mandat expirait en avril 2024. En mars, la Russie a donc utilisé son droit de véto afin d’empêcher le renouvellement du mandat, alors que la Chine s’était abstenue. Si les interdictions commerciales contre Pyongyang subsistent toujours, cette décision démontre de nouveau le fort rapprochement entre les Nord-Coréens et leurs alliés russes, qui connurent pourtant des relations difficiles dans les années passées.
Enfin, le 3 mai, Mikhaïl Bogdanov a rencontré l’ambassadeur du Yémen à Moscou. Le diplomate russe a insisté sur l’importance d’un dialogue entre toutes les parties prenantes au conflit actuel, au Yémen, et espère voir les Nations Unies gérer les processus de paix. Profitant de la présence en diminution des occidentaux sur la péninsule Arabique, la Russie entend bien se développer un statut de médiateur afin d’accroître son influence dans la région.
À propos de l'auteur
Enzo PADOVAN
Biographie non renseignée



