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Diplomatie russe en Afrique et en Asie – Point de situation au 01/09/24

Publié le 01/09/2024
4 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Au cours de l’été, la diplomatie russe a cherché à renforcer ses relations avec les puissances asiatiques. Le 26 juillet 2024, Sergueï Lavrov a ainsi participé à la rencontre ministérielle Russie-ASEAN, au Laos. Cette rencontre, qui a réuni les Ministres des Affaires étrangères des dix Etats-membres de l’ASEAN, joue un rôle très important dans la défense des intérêts de Moscou. En effet, le Kremlin et son principal allié, la Chine, aimeraient bénéficier d’une plus grande influence sur l’ASEAN, notamment afin de contrer l’influence occidentale dans l’Indopacifique.

La Russie y conserve d’excellentes relations diplomatiques, notamment auprès des anciens alliés de l’URSS (Laos, Vietnam) ou encore du Myanmar, qui prendra d’ailleurs le relais de la coordination du dialogue Russie-ASEAN jusqu’en 2027. Il semblerait même que le Kremlin souhaiterait inclure l’Asie du Sud-Est dans son Grand Partenariat Eurasien (GPE), une initiative pour le moins ambitieuse : cette dernière vise à créer un véritable réseau de coopération entre les principales organisations internationales actives en Eurasie (OCS, UEEA, et bien évidemment l’ASEAN). A terme, cette initiative offrirait de grandes opportunités pour les échanges économiques et le maintien de la paix en Eurasie. D’après Sergueï Lavrov, cité par le média TASS, ce projet est justement la «pièce maîtresse» de la diplomatie russe.

Cette dernière accorde donc une importance grandissante au projet du GPE, qui a également été évoquée au cours du Forum Municipal International des BRICS, le 28 août. Dmitri Birichevsky, qui travaille pour les Affaires étrangères russe en qualité de directeur du Département de la Coopération Economique, a tenu un discours présentant le GPE comme une «priorité inconditionnelle pour la politique étrangère». L’objectif russe, en définitive, est désormais de construire un nouvel ordre économique, où les trois puissances majeures non-occidentales d’Asie (la Russie, la Chine et l’Inde) peuvent créer un bloc de coopération commun, complété par les BRICS+.

Néanmoins, cet objectif ne se fera probablement pas sans difficulté, notamment en raison de la position géopolitique nuancée de l’Inde. L’Observer Research Foundation, un think tank basé à New Delhi, rappelle justement que les Indiens désirent conserver de bonnes relations avec le bloc occidental, et leur relation avec la Chine est marquée par des désaccords frontaliers. La distance que maintient l’Inde avec l’Organisation de Coopération de Shanghai, dans les précédents mois, prouve que le désir russe de voir l’Eurasie former un bloc uni n’est pas encore réalisé.

Enfin, Moscou continue de critiquer l’Occident, qu’elle accuse ouvertement d’entretenir un discours de «deux poids, deux mesures» à son encontre. Le 2 août 2024, Maria Zakharovka, porte-parole du Ministère des Affaires étrangères, a critiqué Josep Borrell et l’Union Européenne pour leur manque de condamnation de l’incursion ukrainienne dans l’oblast de Koursk. La diplomatie russe compare cette offensive avec les frappes aériennes israéliennes menées sur la Bande de Gaza ou le Plateau du Golan, que l’Europe condamne régulièrement, afin de les accuser d’appliquer une politique russophobe.

Dans ses tentatives de créer un ordre mondial anti-occidental, la Russie a voulu concurrencer les Jeux Olympiques de Paris à l’aide de deux compétitions : les jeux des BRICS (qu’EurasiaPeace a déjà abordé dans un article paru précédemment) et les Jeux de l’Amitié, qui devaient originellement avoir lieu en septembre 2024. Cependant, le média sportif Francs Jeux a rapporté, le 27 août, que cette compétition serait repoussée indéfiniment, et pourrait avoir lieu en 2025 ou en 2026. Ainsi, si la Russie tente bel et bien de concurrencer ses rivaux dans le domaine du sport, ce report comme le bilan mitigé des Jeux de BRICS (unilatéralement dominé par Moscou) prouvent que le Kremlin a encore fort à faire s’il veut se présenter comme une alternative crédible à l’hégémonie occidentale.

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