Détroit de Taïwan – Point de situation au 06/06/2023

A Taïwan même, les craintes entourant l’arrivée des migrants hongkongais poussent le gouvernement à durcir les conditions de délivrance de permis de résidence. A quelques centaines de kilomètres au Sud-Ouest, au Shangri-La Dialogue de Singapour, les échanges froids entre représentants chinois et américains font écho aux initiatives de leurs armées dans le détroit de Taïwan.
– A la fin du mois de mai, le gouvernement taïwanais a annoncé durcir les conditions d’obtention des permis de résidence pour les personnes originaires d’Hong Kong. Ces conditions, présentement plus souples pour les Hongkongais et les Macanais, devraient se rapprocher des conditions générales d’obtention (avoir résidé à Taïwan pendant cinq ans au moins).
Les migrants hongkongais, qu’ils soient réfugiés politiques ou de simples citoyens cherchant à fuir la montée de l’autoritarisme sur la presqu’île, ont initialement été chaleureusement accueillis à Taïwan. Mais suivant l’échec des manifestations et le durcissement du contrôle politique à Hong Kong, l’aura entourant ses défenseurs de la démocratie s’est affaiblie ; et surtout, le gouvernement taïwanais redoute des tentatives d’espionnage de la part de Chinois se faisant passer pour des réfugiés hongkongais.
– En parallèle du Shangri-La Dialogue organisé du 2 au 4 juin à Singapour, un destroyer américain et une frégate canadienne ont traversé le détroit de Taïwan le 3 juin. Les marines américaine et canadienne ont décrit la manœuvre comme étant un «exercice de routine», visant à rappeler que les «libertés de navigation et de survol de la haute mer s’appliquent [dans le détroit] en accord avec le droit international». Néanmoins, malgré sa qualification de «routinière», ce type de manœuvre conjointe dans le bras d’eau séparant la Chine et Taïwan est rare.
Le Théâtre de commandement oriental de l’Armée Populaire de Libération (APL) chinoise, à qui incombent les affaires en lien avec Taïwan, a immédiatement réagi à l’initiative des Etats-Unis et du Canada, accusant ces derniers de «provoquer délibérément un risque».
A Singapour, le Secrétaire à la Défense américain Lloyd Austin et le Ministre de la Défense nationale chinois Li Shangfu se sont mutuellement accusés de compromettre le dialogue bilatéral. L. Austin a déclaré être «profondément inquiet que la République Populaire de Chine ait été réticente à s’engager plus sérieusement […] dans la gestion des crises entre nos deux armées».
Le lieutenant-général Jing Jianfeng, pour sa part, nie la responsabilité chinoise dans la suspension des échanges : «Les relations militaires sino-américaines sont dans une passe difficile et la responsabilité est entièrement celle de la partie américaine. […] La Chine attache de l’importance au développement des relations militaires sino-américaines, et nos interactions et communication n’ont jamais été suspendues».
Le dimanche 4 au matin, 15 avions et 7 navires chinois ont été repérés dans le détroit ; puis dans la nuit suivante, l’APL a déployé 8 avions et 5 navires de guerre dans les eaux environnant Taïwan. Le lendemain, lundi 5 juin, l’armée américaine a dénoncé les «interactions dangereuses» de la marine chinoise, vidéo d’un destroyer chinois traversant devant un navire américain à l’appui.
– Le vice-Premier ministre de l’Eswatini, Themba Masuku, a rencontré la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen le 6 juin. Le vice-Premier ministre s’est déplacé jusqu’à Taipei afin d’obtenir une assistance pour lutter contre le changement climatique, et notamment, l’insécurité alimentaire. Une série de fortes pluies ayant significativement impacté les récoltes de l’année en cours, l’Eswatini pourrait faire face à une crise alimentaire majeure s’il n’obtient pas de soutien extérieur.
En retour, T. Masuku a réaffirmé le soutien de son État aux demandes d’adhésion taïwanaises au sein des Nations Unies (concernant par exemple l’UNESCO), ainsi que des autres grandes organisations et forums internationaux.
En mars dernier, le Premier ministre eswatinien Cleopas Sipho Dlamini s’était lui-même rendu sur place, déclarant déjà que le Royaume d’Eswatini «soutient entièrement l’admission de Taïwan au sein des Nations Unies et de ses agences», et s’oppose à «toute sorte d’intimidation ou d’agression» ciblant l’île de Taïwan.
L’Eswatini est le seul pays d’Afrique à reconnaître la légitimité du gouvernement taïwanais. Il ne peut, par conséquent, pas demander d’aide à la Chine ou aux pays sur lesquels elle serait susceptible de faire pression.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



