Détroit de Taïwan – Point de situation au 04/07/2023

L’Europe et les États-Unis poursuivent chacun, à leur manière, leurs efforts pour préserver la stabilité dans le détroit de Taïwan – une prise de position explicite pour l’un, et l’approbation de ventes d’armement, pour l’autre. De son côté, le gouvernement taïwanais réhausse sa vigilance vis-à-vis des ressortissants chinois et des voyages de ses propres ressortissants vers la Chine. Il entreprend également un rapprochement économique avec Tokyo.
– Le 28 juin, le ministère de la Défense de l’île a annoncé avoir repéré deux corvettes russes croisant à proximité de la cité portuaire de Suao, abritant également une base militaire taïwanaise. Des navires taïwanais ont suivi les deux corvettes jusqu’à ce qu’elles sortent de la zone de surveillance de la base de Suao. Le 1er juillet, le Japon a également signalé avoir détecté deux navires russes près de ses côtes.
Les deux corvettes, selon une analyse ultérieure, n’avaient pas été déployées à des fins de provocation mais étaient sur le chemin du retour vers la Russie, après avoir pris part aux exercices maritimes Komodo.
La série d’exercices Komodo, initiée par l’Indonésie, se sont déroulés du 4 au 8 juin en parallèle du Shangri-La Dialogue. Ils ont impliqué les forces maritimes issues de 36 Etats différents, dont la Chine, la Russie, la Corée du Sud, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.
– Le vice-Premier ministre taïwanais Cheng Wen-tsan s’est rendu au Japon le 28 juin. L’événement est remarqué car il correspond à la première visite d’un vice-Premier ministre taïwanais au Japon depuis 29 ans.
Cheng Wen-tsan, menant une délégation d’officiels et de représentant des domaines économique et industriel, s’est rendu dans plusieurs entreprises œuvrant dans le secteur des semi-conducteurs. Il a également rencontré plusieurs dignitaires japonais dont Taro Aso, ancien Premier ministre et vice-Président du Parti libéral démocratique actuellement au pouvoir.
L’objet de cette visite est le renforcement de la coopération économique taïwano-japonaise, en particulier en période de difficulté du secteur des semi-conducteurs taïwanais, qui a connu en mai une baisse de vente pour le neuvième mois consécutif.
Les Etats-Unis cherchent, de leur côté, à se diversifier. Le fabricant américain de puces de mémoire Micron a récemment annoncé un investissement de 845 millions de dollars dans une usine d’assemblage et de vérification en Inde.
Peu après la visite du vice-Premier ministre, le média Central News Agency a révélé que le think tank japonais Japan Forum for Strategic Studies (JFSS) a invité des universitaires taïwanais à participer à sa simulation d’invasion de l’île sur jeux de plateau. Les simulations devraient se tenir dans la seconde ou troisième semaine de juillet.
– Les dirigeants européens, à l’issue d’un sommet du Conseil de l’Union européenne organisé du 29 au 30 juin, ont intégré la nécessité de stabilité dans le détroit de Taïwan dans leurs conclusions. Le communiqué affirme que «le Conseil de l’Europe s’oppose à toute tentative unilatérale de changer le statu quo par la force ou la coercition. Cela reconfirme la constante ‘politique de la Chine unique’ de l’UE».
Le Conseil réaffirme néanmoins dans le même communiqué que la Chine représente «simultanément un partenaire, un concurrent et un rival systémique», et que «malgré leurs systèmes politiques et économiques différents, l’Union européenne et la Chine ont un intérêt partagé à conserver des relations stables et constructives […]».
Lors du sommet de novembre dernier, les chefs d’Etat et de gouvernement européens avaient exprimé leur volonté d’ouvrir un dialogue stratégique sur la Chine. Ce dialogue stratégique a été engagé en février dernier, et s’est poursuivi en juin.
– Le Département d’Etat américain (équivalent de notre ministère des Affaires étrangères) a approuvé le 30 juin deux contrats de vente d’armement à Taïwan, pour un total de 440 millions de dollars américains.
Le premier contrat concerne la vente de munitions de 30 mm, comprenant des munitions incendiaires-traçantes très explosives, des munitions polyvalentes et des munitions d’entraînement, pour un coût estimé à 332 millions de dollars, a indiqué le Pentagone.
Le second contrat affère à l’achat du Blanket Order Cooperative Logistics Supply Support Arrangement, ou un accord d’approvisionnement en pièces de rechange et de réparation pour véhicules à roues, armes et autres éléments connexes, pour un coût estimé à 108 millions de dollars, a indiqué le Pentagone.
– Le 30 juin, près de 70 officiels chinois opérant dans le secteur du tourisme se sont vus refuser l’entrée sur le territoire taïwanais. Ces officiels avaient été invités à participer à l’exposition international de Taipei sur le voyage par ses organisateurs.
En parallèle, le même jour, le porte-parole du conseil taïwanais des Affaires continentales (CAC) Jan Jyh-horng a émis un avertissement à destination des ressortissants taïwanais souhaitant voyager en Chine. Le CAC dénonce les fouilles d’effets personnels (dont les appareils électroniques), les interrogatoires prolongés et les détentions arbitraires dont font l’objet les Taïwanais se rendant en Chine.
L’avertissement a été exprimé à la veille de la prise d’effet d’un amendement de la loi sur le contre-espionnage en Chine, qui étend largement le sens des actes d’espionnage des secrets d’Etat à tout «documents, données, matériel ou objet lié à la sécurité et aux intérêts nationaux».
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



