Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 01/10/2023

Série d’exercices bilatéraux en août et septembre 2023
L’été et le mois de septembre 2023 ont été marqués par une profusion d’exercices bilatéraux impliquant l’Armée Populaire de Libération (APL) chinoise. Du 1er au 9 septembre, les armées chinoise et thaïlandaise ont effectué un ensemble d’entraînements conjoints baptisés «Blue Strike-2023» (蓝色突击-2023), focalisé sur le combat urbain et la sécurité maritime. Il s’agit de la cinquième édition de cet exercice. L’APL avait déjà mené des exercices conjoints aériens avec l’armée royale thaïlandaise en août 2023, baptisés «Falcon Strike-2023» (鹰击-2023) – également un exercice récurrent.
En parallèle s’est tenu l’exercice aérien sino-pakistanais «Shaheen-10» (雄鹰-10), ainsi que l’exercice maritime sino-singapourien «Cooperation-2023» (中新合作-2023).
La Chine s’est en outre récemment engagée au Cambodge dans le cadre de «Pure Homeland-2023» (纯净国家-2023), une mission de déminage multinationale à l’initiative de l’ADMM de l’ASEAN. Enfin, la dimension humanitaire n’est pas oubliée : les soldats chinois se sont préparés à répondre aux catastrophes naturelles et aux situations d’urgence à travers l’exercice sino-cambodgien «Peace Angel-2023» (和平天使-2023).
– «Pourparlers» entre Wang Yi et Jake Sullivan à Malte
Le responsable de la sécurité nationale américain, Jake Sullivan, a rencontré le ministre des Affaires étrangères chinois, Wang Yi, les 16 et 17 septembre à Malte.
Les échanges, d’une durée cumulée d’une douzaine d’heures sur les deux jours, ont été qualifiés de «francs, substantiels et constructifs» par les deux parties, chinoise et états-unienne. Ils s’inscrivent dans la continuité des efforts consentis pour la reprise du dialogue sino-américain – y compris en matière de sécurité, alors que les échanges en matière sécuritaire ont été sensiblement réduits depuis la nomination du général Li Shangfu à la tête du ministère de la Défense. Pour rappel, le général Li Shangfu fait l’objet de sanctions américaines depuis 2018.
Selon Bloomberg, le dialogue de Malte visait également à préparer la rencontre potentielle de Joe Biden et Xi Jinping au forum de l’APEC à San Francisco en novembre. En amont de l’entrevue présidentielle, les rencontres bilatérales se multiplient, au niveau ministériel – visites de Janet Yellen, John Kerry, Gina Raimondo – comme à des échelons plus modestes entre diplomates.
– Record d’activité dans le détroit de Taïwan
Le 18 septembre, le ministre de la Défense nationale taïwanais a déclaré avoir détecté un nombre record de 103 appareils chinois dans sa zone de défense et d’identification aérienne, dont 40 ont franchi la ligne médiane du détroit. Le dernier pic d’activité remontait à avril dernier, lorsque 91 appareils ont été repérés autour de l’île.
Une semaine auparavant, la presse taïwanaise rapportait que la Marine de l’APL menait l’un de ses «plus grands exercices», ayant mobilisé le groupe aéronaval Shandong – un porte-avion ainsi qu’une vingtaine de bâtiments militaires – sur plusieurs jours.
Bien que les médias officiels chinois aient lié ce pic d’activisme au passage d’un bâtiment américain et d’un bâtiment canadien dans le détroit de Taïwan le weekend du 9 et 10 septembre, les analystes évoquent plutôt les efforts de l’APL pour constituer une «nouvelle normalité». En effet, l’armée chinoise augmente graduellement l’intensité de ses exercices autour de Taïwan depuis l’élection de Tsai Ing-wen, moins pro-PCC, à la présidence de l’île ; la régularité des exercices et la lenteur de l’intensification mènent à une banalisation de l’activité militaire autour de Taïwan.
Néanmoins ces exercices ne sont pas seulement remarquables par leur ampleur. Ils le sont aussi et surtout par le silence médiatique qui les enveloppe dans la presse chinoise : pas de justification, cette fois, liée à la visite d’un officiel étranger à Taïwan, d’un officiel taïwanais à l’étranger, ou d’une déclaration quelconque. Il s’agit, en revanche, d’exercices traduisant une attention plus poussée donnée à la préparation aux conflits de haute intensité.
– Enquête sur le ministre de la Défense chinois Li Shangfu
Le ministre de la Défense chinois, le général Li Shangfu, serait actuellement mis en examen pour des affaires de corruption et de détournements de fonds. Ce dernier n’est pas apparu en public depuis son intervention à l’issue du sommet des BRICS le 29 août, et a depuis décliné plusieurs rencontres avec des officiels étrangers, et avait manqué à l’appel d’une réunion de la Commission militaire centrale (CMC), le plus haut organe de la défense en Chine, début septembre.
Sa disparition fait écho à celle de l’ex-ministre des Affaires étrangères, Qin Gang, à partir de début juin – vraisemblablement écarté en raison d’une affaire extra-conjugale, bien que le gouvernement chinois n’ait jamais publié de communiqué officiel le concernant. Il a néanmoins été remplacé par Wang Yi, qui avait déjà occupé le poste avant lui, fin juin. Le seul éclaircissement concernant l’absence prolongée de Qin Gang est l’évocation de «raisons de santé», argument également avancé devant les autorités vietnamiennes pour expliquer l’annulation du déplacement de Li Shangfu à Hanoï.
Par ailleurs, deux autres haut-cadres de la Force des lanceurs de l’APL (PLARF) ont été écartés cet été en raison de leurs liens avec la corruption. Le général Li Shangfu a également officié dans ce service avec de rejoindre la CMC.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



