Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 31/01/2024

Un «calme» temporaire dans le détroit de Taïwan
La situation dans le détroit de Taïwan est a été caractérisée par un calme relatif malgré l’élection d’un candidat du Parti démocrate progressiste (DPP), William Lai à la tête de la présidence taïwanaise – William Lai est explicitement moins enclin à se plier aux exigences chinoises que ses homologues du Kuomintang.
Depuis le 13 janvier, date des élections présidentielles et législatives de l’île, des appareils et bâtiments chinois ont continué à patrouiller dans les eaux avoisinant l’île – certains appareils traversant la ligne médiane du détroit -, mais leur nombre est resté similaire aux enregistrements des mois précédents. Même le passage du destroyer américain USS John Finn dans le détroit le 24 janvier n’a pas engendré de réponse virulente de la part de la Chine, qui s’est contentée de dénoncer le «battage médiatique» américain autour de l’événement – et non le passage en lui-même.
Il est probable que la Chine, en amont des festivités du Nouvel an chinois et de la réunion annuelle des «Deux sessions» (两会 lianghui) nationales début mars, se réserve sur le plan militaire afin d’éviter une instabilité difficile à gérer dans ce contexte. Mais l’on pourrait s’attendre à une recrudescence dans l’activisme de l’APL (1) après la clôture des «Deux sessions» le 5 mars, et surtout en amont de l’investiture de William Lai début mai.
Par ailleurs, le paysage diplomatique taïwanais est marqué par l’incertitude : les autorités de l’Etat insulaire de Tuvalu ont indiqué vouloir «réévaluer» leurs liens avec Taïwan dans un avenir proche. Du côté européen, l’ambassadeur ukrainien nouvellement nommé à Pékin a exprimé le soutien de son pays au «principe d’une seule Chine» – sous-entendant, pour les oreilles chinoises, que Taïwan se trouve sous la juridiction de Pékin – lors de sa rencontre avec Sun Weidong, vice-ministre chinois des Affaires étrangères, le 30 janvier.
– Création d’une cible de tir ayant la forme de l’USS Gerald Ford dans le désert de Taklamakan
Des images satellites prises le 1er janvier 2024 par Planet Labs ont révélé la présence d’une maquette du porte-avions américain USS Gerald Ford dans le désert du Taklamakan, dans la province du Xinjiang. Longue d’environ 1085 pieds, la maquette est construite à taille réelle, et agrémentée de mâts et d’antennes.
La création d’une cible de tir sur le modèle de l’USS Gerald Ford vient compléter une riche série de maquettes d’entraînements construites dans les déserts au sud-est du Xinjiang et à l’ouest de la Mongolie. Ces maquettes prennent notamment la forme des bâtiments américains (destroyers, porte-avions) mais aussi d’infrastructures telles que des bases navales ou aériennes, ou encore le palais présidentiel taïwanais. Certaines de ces cibles persistent dans le temps, tandis que d’autres sont démantelées après avoir été touchées par une charge.
La localisation et la nature des répliques de bâtiments laissent à penser qu’elles pourraient servir de cibles de missiles balistiques anti-navire. Afin de discerner une cible et d’établir une trajectoire de croisière précise (précision essentielle en cas de proximité de bâtiments amis), les missiles modernes chinois intègrent les technologies infrarouge, optique ou radar, et peuvent pour certains être soutenus par l’intelligence artificielle – d’où l’importance de l’accumulation de données sur le ciblage en amont d’un conflit.
– Pression maintenue en mer de Chine méridionale
Le 21 janvier, après le nouvel échec d’une mission de ravitaillement par la mer, un avion de l’armée de l’Air philippine a largué des fournitures à l’équipage résidant sur la frégate échouée BRP Sierra Madre (2). La Chine est d’abord restée silencieuse sur l’événement. Le porte-parole de la police maritime chinoise ne s’est exprimé que le 28 janvier pour indiquer que cette dernière a pris des «dispositions temporaires spéciales» pour que les Philippines puissent se réapprovisionner en «fournitures quotidiennes nécessaires», suite à la conclusion d’un accord avec Manille.
Le 29 janvier, la partie philippine a démenti avoir conclu un quelconque accord, qui serait le «fruit de l’imagination» de la police maritime chinoise.
Ce nouvel accrochage verbal intervient après la tenue de la «8ème consultation Chine-Philippines sur la question de la mer de Chine méridionale», à l’issue de laquelle les deux parties avaient convenu d’«améliorer la communication» bilatérale à ce sujet.
En parallèle, le président philippin Ferdinand Marcos Jr. s’est rendu au Vietnam pour y rencontrer son homologue du 29 au 30 janvier. L’échange a débouché sur la signature d’un accord de coopération entre leurs garde-côtes en mer de Chine méridionale, alors que les bâtiments de la garde-côte chinoise continuent leurs patrouilles dans les zones à la souveraineté contestée, et ce notamment au large des côtes vietnamiennes.
– Rehaussement du partenariat stratégique Chine-Ouzbékistan
Suite à leur rencontre à Pékin le 24 janvier, les présidents chinois et ouzbek ont annoncé l’élévation de leurs relations bilatérales au rang de «partenariat stratégique global en tout temps». L’ajout du vocable «en tout temps» exprime la volonté des deux Etats de préserver la solidité de la coopération bilatérale indépendamment du contexte politique national et international, et place l’Ouzbékistan parmi les partenaires les plus proches de la Chine, aux côtés du Pakistan, de la Biélorussie, de l’Ethiopie et du Venezuela.
Le communiqué conjoint indique que la Chine et l’Ouzbékistan «continueront à travailler ensemble pour lutter contre les ‘trois forces’, à savoir le terrorisme, le séparatisme et l’extrémisme», et organiseront des formations conjointes en la matière ; qu’elles lutteront contre toutes sortes de trafics illicites (drogues, armes, munitions, traite d’êtres humains) et la criminalité organisée transfrontalière.
Dans la pratique, la coopération sécuritaire sino-ouzbèque s’effectue majoritairement dans les domaines de la lutte anti-terroriste et de la sécurité publique. La première forme de coopération est indirectement mise en œuvre à travers exercices annuels de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS). Mais des initiatives de formation bilatérales adviennent aussi régulièrement, notamment depuis le premier exercice conjoint impliquant la Garde nationale ouzbèque et la force de police chinoise début 2019.
Néanmoins, si la coopération sino-ouzbèque se développe, la Chine fait face à un concurrent de poids : la Russie, dont l’influence est traditionnelle et solide dans la sphère centre-asiatique ; par ailleurs son implication dans le domaine de la sécurité reste forte chez ses partenaires centre-asiatiques, malgré un recul relatif depuis le début du conflit en Ukraine.
(1) APL : Armée populaire de libération, désignant l’armée chinoise.
(2) Pour plus d’informations sur les tensions sino-philippines en mer de Chine méridionale, vous pouvez consulter deux de nos précédentes synthèses : le résumé de l’été 2023 et la brève du 8 octobre 2023.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



