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Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 18/12/2023

Publié le 18/12/2023
7 min de lecture
Par Anna Balawender
Asie de l'est

Des navires chinois dans la base navale de Ream au Cambodge

Le 3 décembre, deux corvettes de la marine de l’Armée populaire de libération (APL) chinoise ont accosté à la base navale de Ream, au Cambodge. Le ministre de la Défense cambodgien Tea Seiha a indiqué avoir effectué une visite des bâtiments chinois le jour même, accompagné de son père et prédécesseur Tea Banh. Le lendemain, Tea Seiha accueillait le vice-président de la Commission militaire centrale chinoise (CMC), He Weidong, alors en visite à Phnom Penh (1).

Les médias khmers rapportent également la tenue d’un «entraînement» mis en oeuvre par les marins chinois pour leurs homologues cambodgiens, tout en insistant, dans la droite lignée du discours réitéré jusqu’à aujourd’hui, que la base de Ream fait l’objet de «réparations» par la partie chinoise, et que le Cambodge n’accueillera jamais de base navale étrangère sur son territoire. Néanmoins, les analystes, qui suivent depuis longtemps l’extension du chantier de Ream – dont les capacités actuelles dépassent les besoins de la marine cambodgienne, et ne lui sont donc manifestement pas exclusivement destinée – voient dans cette escale l’inauguration discrète de la base. Autrement dit, une confirmation muette de leurs assertions concernant l’usage que la Chine pourrait en faire pour ravitailler, réparer et déployer ses bâtiments plus facilement en mer de Chine méridionale, ainsi que dans le détroit de Malacca.

– Septième patrouille stratégique conjointe sino-russe 

Le 14 décembre, des appareils militaires chinois et russes ont traversé les ADIZ (2) sud-coréenne et japonaise. Les effectifs chinois comprenaient deux bombardiers stratégiques H6-K, escortés par deux avions de chasse J-16 ; les Russes pour leur part ont déployé deux bombardiers Tu-95MS, escortés par deux avions de chasse Su-35. Les appareils ont survolé la mer de Chine méridionale, puis ont rejoint la mer du Japon en traversant le détroit de Tsushima. Tokyo et Séoul, détectant une entrée dans leurs zones d’identification de défense aérienne (ADIZ) respectives, ont dépêché leurs propres chasseurs pour les intercepter.

Les ministères de la Défense russe et chinois ont publié, le jour même, une courte notice expliquant qu’il s’agit là de la «septième patrouille aérienne conjointe» impliquant les armées russe et chinoise, et précisant que la manœuvre a été effectuée «conformément au plan de coopération annuel» entre ces dernières. Les médias officiels chinois rappellent pour leur part que les appareils ont «strictement respecté le droit international» lors de leur traversée conjointe. Des patrouilles similaires ont en effet eu lieu une fois en 2019, 2020 et 2021, et deux fois en 2022. La dernière a eu lieu en juin 2023.

Ces patrouilles ont non seulement vocation à afficher la proximité sino-russe, mais également de former un rappel des capacités matérielles des deux armées – les bombardiers stratégiques étant capables de porter des missiles à tête nucléaire – et de réaffirmer leur droit de survol de la zone, un peu à la manière des bâtiments américains, canadiens, parfois même britanniques et français qui traversent le détroit de Taïwan.

– Renforcement de la coopération sino-vietnamienne

Le président chinois Xi Jinping s’est rendu au Vietnam du 12 au 13 décembre – il s’agit de sa première visite d’Etat à Hanoï depuis 2017. Il y a rencontré son homologue vietnamien Vo Van Thuong, ainsi que le Premier ministre vietnamien Pham Minh Chinh et le Secrétaire général du Parti communiste vietnamien Nguyen Phu Trong. A l’issue de cette visite historique, les dirigeants des deux Etats ont conjointement déclaré leur volonté d’approfondir la coopération, en matière de défense, de renseignement, de technologie numérique et de télécommunications notamment.

Pour ce qui a spécifiquement trait à la défense, la déclaration conjointe  évoque les «échanges de haut niveau» et «exercices conjoints» entre les armées des deux pays. Elle évoque également une coopération renforcée dans les domaines de l’industrie de défense, de la «sécurité non traditionnelle», de la «défense des frontières», et enfin en matière maritime avec des échanges accrus entre marines et garde-côtes.

Toutefois, malgré la proximité des deux pays affichée en matière militaire – avec l’évocation, par exemple, de «lignes directes [de communication] entre ministères de la Défense» -, l’absence d’annonce concrète en la matière, tout comme l’absence d’autorité directement en charge de la question relativise la portée de la déclaration. Et ce d’autant plus que He Weidong, vice-Président de la Commission militaire centrale – le plus haut organe de défense en Chine – s’est récemment rendu au Cambodge et au Laos, mais n’a poussé sa tournée diplomatique jusqu’au Vietnam.

La Chine et le Vietnam, bien que les médias chinois les qualifient de pays «frères» aux systèmes politiques assimilables, connaissent un passé bilatéral douloureux – s’étant notamment fait la guerre en 1979. Mais dans un contexte où la Chine déploient tous ses efforts à lutter contre la «stratégie des petits cercles» des Etats-Unis (3) visant à l’encercler, l’affichage d’un partenariat florissant sert à contrebalancer le rapprochement croissant entre Washington et les autres puissances de la région – en particulier avec les Philippines depuis l’élection de Ferdinand Bongbong Marcos. Ce dernier, plus enclin à la véhémence dans la défense de ses intérêts nationaux (4), accueille plus largement que son prédécesseur l’aide de la partie américaine – même si cela signifie lui concéder l’usufruit de bases navales de son territoire.

 

(1) He Weidong semble avoir été envoyé en remplacement du ministre de la Défense chinois, qui n’a toujours pas été nommé depuis la disgrâce de Li Shangfu en octobre 2023.

(2) ADIZ : «Aerial defense identification zone» (en français : «zone d’identification de défense aérienne»). Il s’agit d’une zone délimitée unilatéralement par un pays, au sein de laquelle il requiert une notification préalable des appareils – notamment militaires – souhaitant la traverser. Elle se distingue de la zone de souveraineté aérienne, déterminée comme la zone aérienne au-dessus du territoire du pays et se prolongeant jusqu’à 12 miles nautiques au-delà des ses côtes. Il n’est donc pas illégal, au regard du droit international, d’y effectuer un transit sans notifier le pays ayant déterminé cette ADIZ.

(3) La «stratégie des petits cercles» désigne la stratégie américaine consistant à former des partenariats bilatéraux à visée sécuritaire dans son voisinage, ou à créer des plateformes «minilatérales» impliquant un nombre restreint de partenaires, tels qu’Aukus, le Five Eyes ou le Quad. La Chine décrie cette pratique qu’elle ressent comme une tentative de containment à son égard.

(4) Ces intérêts nationaux prennent notamment la forme de l’accès des pêcheurs philippins aux ressources de mer de Chine méridionale, régulièrement entravé par les navires des garde-côtes chinois. Cette zone maritime, bordée par la Chine, les Philippines, le Vietnam et la Malaisie, est riche en ressources halieutiques et fait l’objet de contentieux de souveraineté. Les tensions prennent une tonalité de plus en plus violente, avec notamment une collision entre un navire des garde-côtes chinois et un bateau philippin le 10 décembre.

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