Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 17/03/2024

Exercice trilatéral «Maritime Security Belt-2024»
Du 11 au 15 mars, la Chine, la Russie et l’Iran ont organisé la 4ème édition de leur exercice maritime conjoint, intitulé «Maritime Security Belt-2024» («安全纽带-2024»). La partie chinoise a mobilisé pour cet exercice trois bâtiments appartenant à la 45ème mission anti-piraterie déployée dans le golfe d’Aden, tout juste relevée par les effectifs de la 46ème formation d’escorte.
Ayant pour thématique la sécurisation du transport maritime, l’exercice s’est déroulé dans le golfe d’Oman – zone régulièrement ciblée par des agressions en mer depuis 2019 – après un regroupement au port iranien de Chabahar. Il a consisté en une phase théorique à terre, une phase pratique navale et une phase de synthétisation. Les exercices pratiques ont impliqué des tirs en mer, ainsi que le sauvetage scénarisé de navires détournés ou endommagés.
L’exercice «Maritime Security Belt» a été initié en décembre 2019, quelques mois après le retrait de Téhéran de l’accord sur le nucléaire. Cette dernière édition de l’exercice «Maritime Security Belt» n’impressionne pas par son ampleur – une dizaine de navires engagés au total -, mais est remarquable par sa nouveauté : des représentants des Marines de l’Afrique du Sud, de l’Inde, du Pakistan, du Kazakhstan, d’Oman et d’Azerbaïdjan se sont joints à l’édition en tant qu’observateurs.
Le statut d’observateur a certes un impact très limité sur l’interopérabilité des armées participantes. Mais cet acte de représentation est doublement révélateur, à la fois de l’approfondissement de la rupture entre l’Occident et une entité non homogène – le «Sud global» -, ainsi que du renforcement de l’aura de puissance et de la crédibilité de la Chine. Cette dernière émerge de manière de plus en plus prégnante comme l’un des leaders – si ce n’est le leader le plus influent – de ce nouveau pôle global.
– Révision du budget de défense chinois
A l’occasion des «Deux sessions» (1) tenues du 4 au 12 mars ont été révélées les prévisions budgétaires pour l’année 2024, et notamment, le budget de défense : ce dernier s’élèvera officiellement à 1665 milliards RMB (215 milliards d’euros), soit 1,6% du PIB national, en augmentation de 7,2% par rapport à l’année précédente.
L’étude des votes successifs de budget annuel montre que l’allocation financière du gouvernement à la défense a plus que doublé depuis 2015. Mais ne prendre en compte que ces chiffres publics ne procure qu’une vision partielle des dépenses de la Chine dans le domaine militaire : certains financements peuvent être effectués à travers d’autres canaux – subventions distribuées par le ministère des Sciences et de l’Innovation, dont le budget a cette année augmenté de 2%, par exemple – ou dépasser les prévisions. Il est intéressant de noter, par ailleurs, que «l’impact» de l’augmentation sur le pouvoir d’achat n’est pas le même dans chaque économie (2).
Les orientations d’investissement de 2024 ont été définies à l’occasion d’un discours du président chinois Xi Jinping le 5 mars : la priorité va à l’innovation et aux «industries tournées vers le futur». Les efforts consentis par la Chine pour poursuivre sa montée en gamme industrielle se traduisent, dans le domaine militaire, par le développement de nouvelles gammes d’armement tels que les drones et les équipements électroniques (3). Dans cette même veine, le MINDEF chinois a annoncé la construction d’un quatrième porte-aéronefs – projet dont l’imminence de la réalisation peut être mise en doute, en ce que la construction du troisième bâtiment de ce type, le porte-avions Fujian, n’est pas encore achevée.
– Accord sécuritaire sino-maldivien
Lundi 4 mars, le MINDEF maldivien Mohamed Ghassan Maumoon et le vice-directeur du Bureau chinois de coopération internationale militaire, Zhang Baoqun, ont conjointement ratifié un accord sécuritaire prévoyant la «fourniture d’une assistance militaire gratuite par la Chine» aux Maldives.
Cette signature fait suite à la visite du président maldivien Mohamed Muizzu du 8 au 12 janvier dernier. Elu en septembre dernier suite à une campagne anti-Inde, Mohamed Muizzu s’efforce de contrebalancer la dépendance de son Etat vis-à-vis de New Delhi en se rapprochant de la Chine. Le 14 janvier, dans la foulée de sa visite à Pékin, il avait annoncé requérir le départ des personnels militaires indiens sur son sol. Ces 89 soldats, initialement déployés pour opérer 3 appareils de reconnaissance fournis par l’Inde aux Maldives, doivent avoir quitté le territoire avant le 10 mai. Ils seront remplacés par du personnel civil, également de nationalité indienne.
Bien que le texte de l’accord précise que «la coopération normale entre la Chine et les Maldives ne cible […] aucune tierce partie», ce rapprochement sino-maldivien apparaît comme un jalon majeur dans la compétition d’influence sino-indienne. La localisation de l’archipel des Maldives, situé à quelques centaines de kilomètres au sud des routes maritimes commerciales traversant l’océan Indien, est stratégique pour Pékin qui s’efforce de sécuriser ces voies. La potentielle création d’un avant-poste chinois sur l’une des îles maldiviennes complèterait le «collier» de points de chute qui bordent la zone, constitué par la Chine via la construction de ports chez ses partenaires régionaux (Cambodge, Sri Lanka, Pakistan et Bengladesh).
(1) «Deux sessions» (两会 Lianghui) : renvoie à la tenue simultanée de deux congrès parlementaires nationaux – ceux de l’Assemblée nationale populaire (人民大会 – ANP) et de la Conférence consultative politique du peuple chinois (全国委员会 – CCPPC). Organisés chaque année au mois de mars, ces congrès sont l’occasion de passer en revue le bilan social et économique de l’année passée, d’entériner des projets de loi, et de déterminer les orientations de développement pour l’année à venir. C’est également à l’occasion des Deux sessions qu’est élu, tous les cinq ans, le président de la RPC.
(2) Le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI) estime qu’en 2022 les dépenses de défense chinoises, d’un montant annoncé de 230 millions US$, s’étaient en réalité élevées à 292 millions US$. Par ailleurs, les rectifications en termes de parité de pouvoir d’achat (PPP), indice qui offre une comparabilité entre deux économies (la même somme d’argent ne conférant pas la même capacité d’achat d’un pays à l’autre), portent les estimations à 476 millions US$ – soit 59% du budget de défense américain.
(3) Efforts mis à l’honneur par la chaîne de télévision officielle CCTV qui, alors que se déroulaient les deux sessions, a diffusé un reportage sur la dernière génération du drone «Skyhawk» (天鹰 Tianying).
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



