Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 11/01/2024

Nomination d’un nouveau ministre de la Défense chinois
Le 29 décembre 2023, l’amiral Dong Jun a été nommé ministre de la Défense de la Chine, comblant ainsi le poste laissé vacant depuis fin octobre 2023, suite à la révocation du général Li Shangfu. Avant d’accéder à ce poste, Dong Jun occupait la fonction de commandant de la Marine de l’APL (1), dont la responsabilité est désormais endossée par l’amiral Hu Zhongming. Il s’agit de la première fois qu’un MINDEF chinois est issu de la Marine.
La nomination de l’amiral Dong Jun à la tête de la défense chinoise pourrait témoigner d’un intérêt plus prononcé pour les enjeux maritimes, la pression en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan ne cessant de croître. Mais elle advient surtout dans un contexte de purge de l’APL : Li Shangfu, nommé MINDEF en mars 2023, a «disparu» de la scène politique à partir d’août de la même année, et n’a été officiellement révoqué qu’en octobre 2023. Son éviction découlerait des efforts de lutte contre la corruption touchant la Force des Fusées, dont il est issu, ainsi que le Département de développement de l’armement, qu’il a dirigé de 2013 à 2016 puis de 2017 à 2022.
La presse relève par ailleurs qu’à la différence de son prédécesseur, Dong Jun ne fait pas l’objet de sanctions par l’administration américaine, et pourrait donc échanger directement avec son homologue étatsunien.
Dans ce ballet politique, aucune mention n’a été faite du général Wei Fenghe, également ancien commandant de la Force des Fusées. Ce dernier n’a plus fait d’apparition officielle depuis l’été dernier.
– Maintien d’une pression militaire constante mais modérée autour de Taïwan
Alors que les élections présidentielles taïwanaises sont programmées le 13 janvier, les activités de l’APL autour de l’île sont scrutées avec une attention particulière. Le MINDEF taïwanais continue de rapporter chaque jour les passages d’avions et de navires chinois détectés dans le détroit, variant entre 4 à 13 avions et 4 à 6 navires par jour depuis le début de l’année 2024. En outre, entre le 1er et le 10 janvier, les autorités de défense taïwanaises ont déclaré avoir repéré un total de 19 ballons chinois, qui ont survolé les abords ou le territoire même de l’île.
Néanmoins, les initiatives militaires chinoises autour de Taïwan en amont des élections 2024 semblent relativement modérées : les incursions aériennes et maritimes dans le détroit restent significatives mais constantes, et l’APL n’a pas mené d’exercice militaire d’ampleur. L’augmentation des détections de ballons chinois serait, elle aussi, plus due à une plus grande attention taïwanaise accordée à ces passages qu’à une intensification des lancements chinois. A noter qu’à ce jour, aucun élément ne vient indiquer une utilisation militaire de ces ballons.
Mais ce calme apparent ne signifie pas que la Chine reste dans le laissez-faire : elle exerce de multiples pressions sur Taïwan à travers les restrictions commerciales, les opérations d’influence (campagnes de désinformation et manipulation d’opinion, menaces, pots-de-vin) et ses discours réitérant ses principes fondamentaux – «aucune concession ou compromis ne sera fait sur la question taïwanaise», a rappelé le major-général Song Yanchao lors de sa rencontre avec Michael Chase le 9 décembre.
Enfin, en cas de victoire du DPP (parti démocrate progressiste qui revendique une identité propre taïwanaise), on pourrait s’attendre – comme en 2020 – à une intensification de l’activité de l’APL autour de l’île.
– Lutte contre la corruption au sein de l’APL
Fin décembre, trois grands patrons de l’industrie de défense chinoise ont été révoqués de leur rôle de représentant à la CCPPC (2) : Wu Yansheng, président de la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC) ; Liu Shiquan, président du conseil d’administration de NORINCO ; et Wang Changqing, directeur adjoint de la China Aerospace Science and Industry Corporation (CASIC) (3). Quelques jours auparavant, Hu Wenming, ancien président de la China Shipbuilding Industry Corporation (CSIC), a été condamné à 13 ans de prison et à une amende de 5 millions de yuans (700 000 US$) pour soudoiement et abus de pouvoir.
Les médias chinois, comme à leur habitude, restent muets sur les raisons de ces révocations – qui, si les trois protagonistes conservent pour le moment leurs fonctions exécutives au sein de leurs entreprises, correspondent à leur mort politique, et potentielle prochaine fin professionnelle. Deux hypothèses ont été cependant dégagées par les observateurs extérieurs : 1. une implication présumée de ces trois cadres dans la corruption liée à l’achat d’armes des Forces des fusées de l’APL, 2. leur lien présumé avec l’ex-ministre de la Défense Li Shangfu, lui-même supposément évincé en raison d’affaires de corruption.
La semaine passée, 9 généraux chinois ont été déchus de leur fonction de délégué de l’Assemblée populaire nationale (dont le rôle est tout aussi symbolique que celui de la CCPPC). Parmi les neuf généraux révoqués, cinq sont ou ont été des haut-cadres au sein de la Force des fusées de l’APL.
(1) APL : Armée populaire de libération – désigne la force armée sous le commandement du Parti communiste chinois (PCC).
(2) CCPPC : Conférence consultative politique du peuple chinois – un organe de représentation des partis politiques en Chine. Son rôle est surtout symbolique : elle approuve les décisions prises par le Bureau permanent du PCC. Être élu à la CCPPC constitue également un élément distinctif dans la hiérarchie politique chinoise.
(3) A l’image de la plupart des acteurs de l’industrie de défense en Chine, la CASC, NORINCO et la CASIC sont trois entreprises gérées par l’Etat chinois, et fortement liées à l’APL.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



