Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 01/01/2024

Don d’armement au Zimbabwe
Le 13 décembre, la Chine a effectué un don d’armement au Zimbabwe estimé à 28 millions US$. Le don comprend a priori 8 chars PTL-02, 16 véhicules blindés WZ-551, 7 camions utilitaires, des armes légères et des canots pneumatiques. En outre, des officiers militaires chinois se seraient rendus sur place afin de former le personnel local à l’utilisation du matériel transféré.
Cette livraison ne constitue pas, à double titre, une rupture : à l’inverse, il est un symbole supplémentaire des efforts de pénétration politique, économique, culturelle et militaire de la Chine sur le territoire africain.
Par ailleurs, la Chine est déjà bien implantée au Zimbabwe : ses entreprises y sont engagées dans la construction d’infrastructures (aéroports, routes, barrages), et détiennent des parts importantes dans l’industrie minière du pays. Sur le plan militaire, le Zimbabwe et l’Angola sont les nations africaines ayant le plus bénéficié d’envoi d’armement et de formateurs chinois ces deux dernières décennies.
Enfin, la Chine entretient de chaleureuses relations avec le président zimbabwéen actuel, Emmerson Mnangagwa. Le chef d’Etat, qui occupe ce poste depuis un coup-d’état en 2017, a bénéficié de la formation de militaires chinois à la fin des années 1970 et est ouvertement et activement pro-Pékin.
– Passage de ballons chinois dans le détroit de Taïwan
Le 17 décembre, deux ballons chinois ont été détectés dans le détroit de Taïwan par les autorités de l’île, suivis de trois autres le 18, le 19, le 23 et le 24 décembre. Les autorités de défense de l’île indiquent que les ballons ont «traversé la ligne médiane» avant de «disparaître». Ces détections portent le compte du nombre de ballons chinois repérés dans le détroit cette année à huit – un au mois de février, un au mois de juillet, et six au mois de décembre.
Le déploiement de ballons chinois à travers et en dehors du détroit de Taïwan n’est pas une nouveauté ; la nouveauté réside dans le recensement que font les autorités taïwanaises de ces passages. Ces occurrences sont scrutées avec attention depuis l’incident du ballon chinois survolant le territoire américain en février 2023.
Le ballon abattu par l’armée américaine en février dernier, soupçonné d’être utilisé à des fins d’espionnage, n’aurait en réalité été qu’un ballon météorologique – comme, officiellement, tous ceux déployés par la RPC, qu’ils survolent ou non le détroit. Mais même dans le cas de vérification de cette qualification, leur déploiement n’est certainement pas effectué par pure curiosité scientifique : les relevés météorologiques constituent de précieuses indications afin d’ajuster la préparation tactique d’un affrontement dans le détroit.
– Adhésion de la Chine au Protocole international sur les armes à feu
Le 19 décembre, la Chine a officiellement déposé sa demande d’adhésion au «Protocole contre la production illicite et le trafic d’armes à feu» – en abrégé «Protocole sur les armes à feu» – des Nations Unies, auquel elle s’était engagée à se joindre en mai dernier.
Approuvé par vote de l’Assemblée générale de l’ONU en 2001, ce protocole engage notamment les Etats signataires à inscrire le trafic et la production illicite d’armement en tant que crime dans leur droit national ; à coopérer dans le cadre des efforts internationaux contre le trafic d’armement ; à établir des registres des armes produites légalement pendant les dix dernières années, et à opérer un suivi constant de leurs mouvements ; enfin, à rechercher, confisquer et détruire les armes trafiquées ou produites illégalement.
A noter que la Chine avait déjà signé ce protocole l’année suivant son approbation par vote – manifestant ainsi son intérêt pour ce dernier, et la valeur qu’elle lui accorde – mais sans pousser jusqu’à la ratification. La ratification possède un impact symbolique plus fort que la signature seule, et surtout engage les Etats à se plier aux règles du texte qu’ils approuvent.
La signature de cet ensemble de normes ne devrait toutefois pas impacter de manière sensible les actions et projections chinoises, sur son territoire comme à l’étranger : la Chine ne semble pas faire face en son sein à un problème massif de trafic d’armes. Son adhésion ajoute néanmoins un soutien de poids au protocole, auquel ni les Etats-Unis ni la Russie n’ont d’ailleurs jugé utile de se joindre.
À propos de l'auteur
Anna Balawender
Biographie non renseignée



