Défense chinoise et détroit de Taïwan – Point de situation au 28/01/2025

Le temps des festivités en Chine : un silence inhabituel au-dessus du détroit
Vous êtes-vous déjà amusé à créer des statistiques sur la base des communiqués du ministère de la Défense taïwanais ? Nous le reconnaissons aussi, il existe de meilleurs passe-temps. Mais l’établissement d’un tel suivi révèle un fait insolite : le nombre d’appareils survolant le détroit et de bâtiments le traversant connaît une sensible réduction au moment des festivités. Les discours, également, s’adoucissent légèrement et se tiennent loin de la polémique. Il ne s’agit pourtant pas d’un soudain élan de pacifisme, mais est la conséquence logique des congés pris par le personnel militaire à ces dates.
On pourrait donc s’attendre à un calme relatif autour de l’île de Taïwan autour du 29 janvier. Mais cette accalmie ne saurait dissimuler l’intensification de l’activisme militaire chinois autour de l’île ces derniers mois.
En mer de Chine méridionale comme dans le détroit de Taïwan, Pékin intensifie ses opérations de zone grise
La stratégie de « zone grise » renvoie aux initiatives étatiques considérées comme agressives, mais n’atteignant pas le seuil de déclenchement d’un conflit.
Dans le détroit de Taïwan, cette stratégie se traduit d’abord par la routinisation de sa présence militaire dans le détroit (le ministère de la Défense taïwanais traque les sorties quotidiennes effectuées par les pilotes et marins chinois), mais aussi par l’augmentation de la fréquence et de l’ampleur des exercices aéronavals chinois autour de l’île, dont le dernier date de décembre 2024.
Cette stratégie de zone grise se manifeste aussi par les dégradations de câbles sous-marins de communication par des navires liés à la Chine. La dernière coupure a été réalisée par le « Shunxin-39 », officiellement sous pavillon camerounais mais présentant une trajectoire suspecte, au large du port de Keelung (nord de l’île) début janvier 2025. Deux câbles sous-marins reliant Taïwan à l’île de Matsu avaient déjà été endommagés en février 2023.
Des conflits qui s’essoufflent en Ukraine et au Moyen-Orient, mais des tensions qui s’intensifient en Asie de l’Est
La courte « bouffée d’air » du Nouvel an chinois ne doit donc pas leurrer les analystes. Dans le cas d’un accord de paix ou d’un gel du conflit russo-ukrainien, et de l’instauration d’un nouveau statu quo à Gaza et en Cisjordanie, l’Asie de l’Est et du Pacifique redeviendrait le centre de l’attention des acteurs sécuritaires.
La Chine est nécessairement consciente de ce potentiel regain d’attention. Elle pourrait tenter de l’exploiter à son avantage en poursuivant son activisme militaire et médiatique autour de Taïwan, ancrant progressivement le « fait acquis » de sa présence dans le couloir d’eau.
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Anna Balawender
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