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Chine – Russie | Point de situation au 01/05/2024

Publié le 01/05/2024
4 min de lecture
Par Juliette Wu-Vignolo
Asie de l'est

L’évènement marquant d’avril fut la visite de Sergueï Lavrov à Pékin. Le ministre des Affaires étrangères russe a ainsi pu rencontrer son homologue chinois, Wang Yi, ainsi que le chef du Parti communiste, Xi Jinping. Très attendues, ces rencontres n’ont pas dévié de la ligne d’alliance empruntée depuis quelques années, et plus particulièrement depuis le début du conflit en Ukraine. Ainsi que l’a souligné le chef d’Etat chinois dans son allocution du 9 avril, 2024 marque l’anniversaire des 75 ans de l’établissement des relations diplomatiques sino-russes. C’est donc sous le signe de la coopération, et plus particulièrement du renforcement de la coopération économique, qu’a été placée cette rencontre qui donne le « la » de la construction de futurs partenariats bilatéraux.

Dans la continuité de cette rencontre, les régions frontalières du nord-est de la Chine et de l’extrême-est de la Russie ont ainsi confirmé le développement de partenariats économiques. La déclaration du consul général Jiang Xiaoyang de la région de Khabarovsk a cimenté cette tendance, le 23 avril dernier. En soulignant la complémentarité industrielle et entrepreneuriale des régions de part et d’autre de la frontière sino-russe, il a relevé que l’augmentation des «contacts [transfrontaliers] entre entreprises, en particulier concernant les PME, se sont multipliés [dans la région], avec une expansion rapide du volume commercial».

Réduire cette consolidation affichée de la coopération sino-russe au domaine économique serait néanmoins erroné. En effet, c’est bien de «coopération stratégique» dont a parlé Wang Yi à l’issue de son entrevue avec Sergueï Lavrov, et «d’opposition duale à l’Occident». Dans le contexte actuel, la relation sino-russe est bel et bien profondément influencée par la guerre en Ukraine. Le ministre des Affaires étrangères russe, une semaine avant son entrevue avec Xi Jinping, avait d’ailleurs qualifié le plan de sortie de guerre chinois (soumis en 2023) comme «le plus raisonnable [de tous les plans proposés] jusque-là». Le conflit russo-ukrainien représente indéniablement une opportunité pour la Chine de se positionner comme un arbitre international crédible en matière de résolution de conflit ; un titre non seulement dévolu aux Etats-Unis depuis le milieu du XXe siècle, mais une position aussi traditionnellement réservée à d’autres pays occidentaux réputés neutre, à l’image de la Suisse. C’est d’ailleurs effectivement à Bürgenstock que devrait se dérouler une conférence concernant la négociation de la fin de guerre en Ukraine en juin (mais à laquelle la Russie refuse pour l’instant de se rendre).

La coopération stratégique mentionnée plus haut a en outre été régulièrement dénoncée par les Etats-Unis au courant d’avril, notamment en ce qui concerne le volet militaire. Malgré le fait que la Chine ait démenti une quelconque participation à l’effort de guerre russe, des images récentes ont cependant prouvé l’arrimage d’un navire russe sous sanction américaine dans un port du Zhejiang. Celui-ci transporte des armes nord-coréennes à destination de la Russie et contredit frontalement les propos officiels chinois.

Bien qu’elle fournisse l’opportunité d’approfondir la relation commerciale entre les deux pays, l’implication de la Russie dans la guerre en Ukraine semble également faire de cette dernière, un partenaire économique parfois encombrant pour la Chine. Avec le récemment implémenté «London Metal Exchange’s ban on Russia» interdisant l’achat d’aluminium, de cuivre et de nickel en provenance de la Russie au Royaume-Uni et aux Etats-Unis depuis le 13 avril dernier, les firmes chinoises et russes ont recours à des moyens détournés, voire illégaux, pour maintenir le commerce de ces métaux. L’achat par la Chine de ces matériaux, et en particulier du cuivre, n’est pas légalement interdit mais rend le commerce avec des partenaires britanniques ou américains beaucoup plus difficile, voire impossible et donc contre-productif. C’est ainsi que s’est établi un trafic de fils de cuivre déguisés en ferraille, entre la compagnie russe de cuivre RCC (Russian Copper Company) et des firmes chinoises, mis à jour par Reuters au courant du mois d’avril. Ces pratiques mettent en lumière une faiblesse de la relation sino-russe qui, malgré des démonstrations officielles d’une coopération exubérante, paraît souffrir également de défaillances sur plusieurs fronts.

 

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