Caucase du nord : politiques, sociétés et droits humains – Point de situation au 20/10/23

Depuis le 7 octobre, les tensions entre Israël et le Hamas ont suscité des réactions émotionnelles vives parmi les habitants de la République fédérale du Caucase du Nord.
Cela est principalement dû à l’opération israélienne appelée « Iron Sword», qui a pour objectif de détruire le groupe islamiste en réponse aux attaques du Hamas dans le sud du pays. De nombreux médias internationaux craignent que cette riposte puisse entraîner une catastrophe humanitaire en conséquence.
La réaction la plus médiatisée fut celle du président tchétchène Ramzan Kadyrov : «Nous soutenons la Palestine. Nous sommes contre cette guerre qui, contrairement à d’autres conflits, peut dégénérer en quelque chose de plus grand » avant d’ajouter : « Si nécessaire, nos unités sont prêtes à agir comme une force du maintien de la paix pour rétablir l’ordre et contrer tout fauteur de troubles».
En Tchétchénie, à la suite de l’appel du mufti de la république, Salah Mezhiev, des milliers d’habitants se sont rassemblés dans les mosquées du pays pour effectuer la prière de Tahajjud en signe de soutien aux Palestiniens.
Le Centre de coordination musulmane du Caucase du Nord a émis une déclaration de solidarité avec la Palestine, qualifiant les actions d’Israël dans la bande de Gaza de « génocide». Les muftis de la région du Caucase du Nord ont fait un appel aux Nations Unies pour mettre fin aux actions israéliennes et pour achever le processus de création d’un État palestinien. Dans le cas où cela ne se réaliserait pas, l’organisation a averti l’ONU que «les musulmans du monde entier pourraient être contraints d’intervenir dans ce processus».
Au Daghestan, en plus des drapeaux de soutien au peuple palestinien, une collecte de fonds a réussi à récolter plus de 17 millions de roubles (environ 167 000 euros) jusqu’à présent. Cependant, les rassemblements publics en faveur des Palestiniens ont été au centre de controverses. En effet, le 17 octobre, les forces de sécurité ont interrompu une action de solidarité avec la Palestine à Makhachkala. La justification officielle de la dispersion de la manifestation était le fait qu’elle n’avait pas été autorisée. Selon Milrad Fatullaev, rédacteur en chef de RIA Derbent, «Les autorités cherchent à éviter que ces sentiments ne se manifestent dans la rue par crainte de provoquer des troubles, car les émotions sont très vives dans la société daghestanaise».
Le 20 octobre, le FSB a annoncé l’arrestation de suspects impliqués dans la modernisation clandestine et la vente illégale d’armes. Ces individus proviennent de 38 régions du sud de la Russie, notamment le Daghestan, la Kabardino-Balkarie, l’Ossétie du Nord, Volgograd et Rostov. Les arrestations ont eu lieu en août et septembre 2023 et ont concerné un total de 119 personnes. En conséquence, 352 unités d’armes à feu de fabrication nationale et étrangère ont été saisies, comprenant des lance-grenades, des mitrailleuses, des fusils, des carabines, des revolvers, des grenades, des obus, des mines, ainsi que 33 kg d’explosifs et 138 000 cartouches, qui étaient en circulation illégale.
Le 10 octobre dernier, des responsables gouvernementaux et des forces de sécurité ont formellement confirmé la mort d’au moins 2 650 résidents des districts fédéraux du Caucase du Nord et du Sud au cours de l’opération militaire spéciale menée en Ukraine. Selon les chiffres officiels, 1 353 habitants du Caucase du Nord ont perdu la vie en Ukraine. Le Daghestan est la région la plus touchée, avec 643 décès, suivi de l’Ossétie du Nord (213), Stavropol (184), la Tchétchénie (133), la Kabardino-Balkarie (108), l’Ingouchie (43) et Karachay-Tcherkessie (23). Néanmoins, en raison du manque d’informations sur le nombre de décès en Ukraine, il est difficile d’évaluer l’ampleur réelle des pertes. Selon Alexeï Malachenko, un bilan précis ne pourra être dressé qu’à la fin de la guerre. Il convient de rappeler que Ramzan Kadyrov avait déclaré en février 2023 que les responsables régionaux ne devraient pas divulguer de données sur le nombre de décès en Ukraine.
À propos de l'auteur
Johann Lemaire
Biographie non renseignée



