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Caucase du nord : politiques, sociétés et droits humains – Point de situation au 18/11/23

Publié le 18/11/2023
4 min de lecture
Par Johann Lemaire
Russie

Le 13 novembre dernier, tout juste âgé de 18 ans, Akhmat Kadyrov (fils de Ramzan Kadyrov) a été nommé au poste de vice-ministre dans le gouvernement régional. Il a rejoint le ministère de la culture physique, des sports et de la politique de la jeunesse de la république. L’annonce a été faite par le président du Parlement tchétchène : Magomed Daudov sur sa chaine Telegram. Les arguments qui ont été mis en avant sont les performances physiques d’Akhmat Kadyrov qui serait «un athlète» comme en témoignerait un tournoi gagné en arts martiaux mixtes et en boxe. Au-delà de toute la symbolique liée à cette nomination, un vice-ministre possède de nombreuses responsabilités et fait partie intégrante du système politique tchétchène.

En étant devenu vice-ministre, c’est un début de carrière que s’offre le fils de Ramzan Kadyrov. Tout juste âgé de 18 ans, il avait été adoubé de manière informelle par Vladimir Poutine en mars dernier. Akhmat Kadyrov est l’aîné d’une fratrie de dix enfants. Toutefois, il n’est pas le seul à avoir été lancé dans le bain politique au cours de ces derniers jours. Son petit frère, plus connu médiatiquement : Adam Kadyrov, a été nommé le 5 novembre en tant que chef du département de sécurité de la république. Adam Kadyrov a été récemment au centre de l’actualité. Pour rappel, il avait agressé physiquement un détenu : Nikita Zhuravel, coupable d’avoir brûlé un exemplaire du Coran. Son père, Ramzan Kadyrov, avait filmé la scène et l’avait diffusé. Bien que l’opinion publique ait condamné cette scène, Adam Kadyrov s’est vu être attribué de nombreuses récompenses et plusieurs titres pour son acte.

Il est évident que ces deux nominations ne respectent en aucun cas le cadre législatif. Adam Kadyrov étant trop jeune et Akhmat Kadyrov n’ayant pas les diplômes requis pour recourir à une telle fonction. Cependant, c’est l’aspect héréditaire du pouvoir qui est au centre des réflexions. Dans une structure du pouvoir qualifiée de «clanique», l’avenir politique semble s’écrire en famille. Cet évènement est donc tout sauf anecdotique, il s’agit sans doute du lancement de la transition du pouvoir du président tchétchène. Comme mentionné dans nos dernières brèves, l’avenir de Ramzan Kadyrov à la tête de la Tchétchénie est incertain. Des doutes sur son état de santé persistent. En cas de départ, plusieurs scénarios seraient alors envisageables. Le lancement des carrières politiques d’Akhmat et d’Adam Kadyrov pourrait nous servir de boussole pour jauger le temps qu’il reste au président tchétchène. Il est donc essentiel de surveiller la vitesse que prennent ces formations au pouvoir des fils de Ramzan Kadyrov.

Quelques autres actualités : Sergueï Khadjikurbanov, qui est un ancien agent de sécurité, avait été condamné en 2014 à 20 ans de prison (après un procès qualifié de « farce » par de nombreuses ONG) pour le meurtre de la journaliste russe Anna Politkovskaïa. Il a obtenu la grâce pour sa participation aux hostilités en Ukraine. La famille de la journaliste, reconnue principalement en occident, a qualifié cette libération «d’outrage à sa mémoire». Véra Politkovskaïa (fille d’Anna Politkovskaïa) a publié un livre biographique sur sa mère en septembre dernier intitulé : «Une mère» aux éditions Fayard. Ce livre offre comme message au monde entier : «ayez le courage d’appeler les choses par leur nom».

L’ONG de défense des droits humains : Human Rights Watch a critiqué le laxisme des autorités russes vis-à-vis des manifestations antisémites dans le Caucase. Le Kremlin n’a pas reconnu le caractère antisémite des émeutes à l’aéroport de Makhatchkala (Daghestan) et de l’incendie du centre culturel juif à Naltchik (Kabardino-Balkarie). Le directeur HRW pour l’Europe et l’Asie centrale a déclaré : «Les autorités russes n’ont pas reconnu ces incidents comme étant antisémites, n’ont pas déclaré l’antisémitisme et n’ont pas pris de mesures pour améliorer la sécurité des juifs vivants dans la région». Après ces événements, le Conseil de sécurité nationale ainsi que le ministère israélien des Affaires étrangères ont recommandé aux citoyens du pays d’éviter de se rendre dans le sud du pays.

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