Caucase
Droits humains

Caucase du nord : politiques, sociétés et droits humains – Point de situation au 07/10/23

Publié le 08/10/2023
4 min de lecture
Par Johann Lemaire
Russie

Lors de la 54e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, Mariana Katsarova, la rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l’homme en Russie, a mis en lumière de manière significative les enjeux persistants dans la région du Caucase du Nord.

Le rapport a mis en avant de manière prépondérante l’ampleur de la torture généralisée, des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées et des détentions arbitraires, soulignant ainsi l’urgence d’agir. Le document a également lancé un cri d’alarme concernant les persécutions incessantes auxquelles sont confrontées les personnes LGBTQI+. Parmi les recommandations émanant du rapporteur spécial, une mesure essentielle a été mise en avant : l’introduction de la responsabilité pénale pour les actes de torture dans la législation nationale. Cela représenterait un pas crucial vers la justice et l’établissement de comptes pour les violations des droits humains. La rapporteuse a également préconisé des mesures proactives visant à prévenir la discrimination, à combattre la stigmatisation et les discours de haine, et à garantir le droit à l’objection de conscience, tant sur le plan législatif que dans la pratique. Il est poignant de noter que ce rapport a été publié en parallèle avec l’indignation exprimée par Oyoub Titiev, un défenseur des droits de l’homme, face à une nouvelle méthode de persécution en Tchétchénie. Adam Madayev, un résident tchétchène, a été injustement condamné à une amende de 10 000 roubles pour avoir osé exprimer son désaccord envers les autorités sur le réseau social Télégram. Oyoub Titiev a vigoureusement condamné cette atteinte à la liberté d’expression et aux droits de l’homme, mettant en lumière l’urgence de lutter contre de telles injustices : «Une amende pour avoir commenté sur internet, et même sur une chaîne d’opposition, est quelque chose de nouveau dans la réalité tchétchène».

Durant les deux dernières semaines, une vive polémique a éclaté à la suite de la diffusion, le 25 septembre, d’une vidéo montrant Adam Kadyrov, le fils de Ramzan Kadyrov, infligeant violemment des sévices à Nikita Jouravel dans un centre de détention provisoire. Ce dernier, un habitant de Volgograd, avait été arrêté le 20 mai pour s’être filmé en train de brûler un exemplaire du Coran. Alors que Ramzan Kadyrov félicitait publiquement son fils pour son acte et qu’Adam Delimkhanov, député à la Douma d’État, lui accordait le titre d’Héros de la Tchétchénie, plus de 30 000 internautes ont signé une pétition sur Change.Org appelant à ce qu’il soit traduit en justice. Cette vidéo a provoqué de vives réactions au sein de groupes de défense des droits humains. Pour le Conseil des droits de l’homme auprès de la présidence de Russie, le fils de Ramzan Kadyrov n’avait pas le droit de violer la loi. Eva Merkacheva, membre du CDH, a déclaré que Ramzan Kadyrov contestait le système juridique russe : «À mon avis, il s’agit d’un défi à la loi, car en publiant cette vidéo, Ramzan Kadyrov suppose que rien n’arrivera à son fils». C’est dans ce contexte qu’une rencontre a été organisée entre Vladimir Poutine et le président tchétchène, abordant principalement l’opération militaire en Ukraine et les futures élections présidentielles en Russie. Selon Ramzan Kadyrov, l’opération militaire en Ukraine devrait annuler le déroulement de ces élections par «unité nationale». En écho à cette justification du président tchétchène, un rassemblement a été organisé à Grozny où les employés du secteur public ainsi que des étudiants ont apporté leur soutien à cette idée. Selon de nombreux témoignages, les manifestants ont été forcés par les autorités à défiler pour exprimer leur soutien à la non-organisation des élections.

Enfin, au cours des deux dernières semaines, les habitants du Caucase du Nord ont exprimé leur indignation suite à la publication d’un chapitre d’histoire dans les manuels scolaires russes. Ce chapitre tente d’expliquer la déportation des peuples du Caucase du Nord comme résultant d’une collaboration entre les peuples caucasiens et les fascistes allemands. Cette interprétation historique a suscité de nombreuses réactions tant au niveau citoyen que politique. Plusieurs députés de la Douma ont pris la parole pour condamner cette révision de l’histoire, tandis que Ramzan Kadyrov a demandé la réécriture complète de ce chapitre. La déportation des peuples du Caucase du Nord a toujours été un sujet de discorde entre le discours fédéral et ses entités fédérées. L’exemple de ce manuel scolaire illustre pleinement le problème de la mémoire historique caucasienne au sein du pouvoir moscovite.

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