Défense
Iran
Sécurité

Sécurité intérieure iranienne – Point de situation au 28/05/2024

Publié le 01/06/2024
6 min de lecture
Par Raphaël SILBERT
Asie de l'ouest et Monde arabe

Le dimanche 19 mai, la République Islamique d’Iran a subi un choc majeur. Un convoi de trois hélicoptères, transportant entre autre le président Ebrahim Raïssi, le ministre des Affaires Etrangères Hossein Amir Abdollahian, et le Gouverneur de la province de l’Est-Azerbaïdjan iranien a subi un accident aux alentours de la ville de Jolfa, à proximité de la frontière avec la République d’Azerbaïdjan. Le président iranien était dans la  région la veille de l’incident, afin d’inaugurer un barrage en présence de son homologue azerbaïdjanais Ilham Aliev.

D’abord dans l’incapacité de donner plus d’informations sur les conditions du crash d’un des appareils, les autorités iraniennes ont déployés des équipes de sauvetage dans la zone afin d’identifier le lieu de l’accident et de sauver les éventuels survivants. Finalement, les restes de l’appareil ont été retrouvés sur un terrain montagneux, dans des conditions météorologiques défavorables. Les sept personnes à bord de l’appareil sont décédées, y compris le Président Ebrahim Raïssi.

Le rapport publié par l’état-major des forces armées nationales le jeudi suivant indique plusieurs points cruciaux pour appréhender ce qui est déclaré être un accident, et non pas une attaque planifiée: tout d’abord, le rapport indique que l’hélicoptère n’a pas modifié la trajectoire prévue initialement pour le trajet. De plus, aucune anomalie n’a pu être observée avant l’accident, que ce soit sur les restes de l’appareil qui ne présentaient pas d’impacts de balles, ou de projectiles ayant pu indiquer une attaque sur la délégation iranienne. Enfin, environ une minute et demi avant le crash, une communication radio aurait eu lieu entre le pilote de l’hélicoptère touché et les deux autres appareils du convoi.

Plus d’une semaine après les faits, plusieurs questionnements majeurs sont encore d’actualité. Le chef de cabinet présidentiel Gholamhossein Esmaeili a communiqué sa version des faits lors d’une interview sur une chaine proche du gouvernement. Après l’accident, il a révélé avoir eu une communication téléphonique de plus de trois heures avec le clerc Mohammed Ali Ale-Hashem, représentant de l’Ayatollah Khamenei dans la province du l’Est-Azerbaïdjan. Cependant, le clerc a ensuite été retrouvé mort, comme le reste des personnes présentes dans l’hélicoptère.

Un autre élément toujours inexpliqué et suscitant des questionnements concerne la protection rapprochée du président Ebrahim Raïssi. En effet, la liste des personnes identifiées dans le crash permet d’affirmer que le garde du corps habituel du président, Javad Mehrabi, a changé ses habitudes et s’est déplacé dans un des deux autres hélicoptères du convoi, laissant le président sans protection. La raison de cette décision demeure inconnue.

Politiquement, la mort du président iranien est un véritable séisme. Pressenti comme potentiel successeur de l’Ayatollah Khamenei au rang de Guide Suprême, Ebrahim Raïssi était, entre autre, le second homme le plus puissant du pays. Il était connu sous le surnom du « Boucher de Téhéran », notamment pour sa participation à plusieurs épisodes de répression et d’exécutions massives d’opposants au régime. Sa disparition représente un défi de taille pour l’Ayatollah Khamenei, qui doit au plus vite retrouver un successeur et un président suffisamment proche de sa vision politico-religieuse, dans un contexte régional toujours chaotique et une crise politique interne qui ne fait que s’éterniser. Ce climat d’incertitude s’est traduit par un renforcement de la sécurité rapprochée de l’Ayatollah lors des funérailles d’Ebrahim Raïssi. Des médias locaux ont souligné l’augmentation drastique du personnel de sécurité autour du Guide Suprême, qui marquait en permanence une séparation physique entre lui et la foule. Au-delà de la perte d’un représentant politique essentiel, le régime fait bel et bien face à une menace existentielle, visant directement la figure du Guide Suprême.

L’Assemblée des Experts, seul organe du gouvernement ayant le pouvoir de désigner ou de destituer le Guide Suprême, et étant composée essentiellement de membres du clergé chiite duodécimain, vient de perdre deux membres dans l’accident d’hélicoptère, Ebrahim Raïssi et Ali Al-Hashem. Les successeurs plausibles de Ali Khamenei étaient jusqu’à présent son fils Motjaba Khamenei, et le président Ebrahim Raïssi.

D’autre part, la présidence de la République Islamique détient un pouvoir exécutif essentiel : d’après l’article 113 de la constitution iranienne le président de la République « détient la plus haute autorité officielle du pays après celle du Guide. Il est responsable de l’application de la Constitution et assume la direction du pouvoir exécutif, sauf dans les affaires relevant directement du Guide. » Ainsi, l’accident du 19 mai a provoqué un chamboulement sur les deux postes les plus puissants de la République Islamique : le Guide Suprême dont la succession est incertaine, et la présidence chargée d’assister celui-ci.

Les élections présidentielles prévues pour le 28 juin prochain ont été organisées en urgence par  Mohammed Mokhber, président par intérim désigné par le Guide Suprême. Les candidats potentiels à la présidence doivent inscrire leur participation entre le 30 mai et le 3 juin. Les personnalités favorites sont en grande partie des membres issus de partis conservateurs, c’est-à-dire les plus proches de l’Ayatollah, tels que Saeed Jalili, Pavriz Fattah ou encore Saeed Mohammad. L’enjeu pour Ali Khamenei est donc d’avantage de désigner un successeur que de lutter face à une potentielle opposition, qui s’avère en réalité quasi-inexistante.

Une grande défiance de la population, traduite par une faible participation aux élections est à souligner : durant les dernières élections parlementaires de mars dernier, seulement 10% des Iraniens ont participé aux votes d’après le média Iran International. De plus, les partis plus modérés ou centristes ont été régulièrement empêchés de participer aux élection, ce qui a renforcé la méfiance de la population envers les institutions. Enfin, les nouvelles vagues de révoltes réprimées dans le sang depuis 2022 ont accentué les oppositions au gouvernement islamique dans sa forme actuelle. Les prochaines élections s’organisent donc dans un climat politique critique.

À propos de l'auteur

Photo de Raphaël SILBERT

Raphaël SILBERT

Etudiant de Relations Internationales en Master 1 à l'ILERI, et aspirant à spécialiser prochainement en Défense, Gestion des risques et Cybersécurité, Raphaël possède un intérêt particulier pour la zone Moyen-Orient, renforcé par l'apprentissage de l'arabe et de l'hébreu en parallèle de sa formation.

Auteur vérifié

Articles à lire dans cette rubrique

Arabie saoudite
drones
+ 1
il y a un mois
En savoir plus
Diplomatie
Sécurité
+ 1
il y a 2 mois
En savoir plus
Restez informé !

Recevez notre newsletter 4 à 5 fois par mois et restez en connexion avec l'actualité internationale.

  • Analyses mensuelles thématiques exclusives
  • Décryptage des enjeux mondiaux
  • Désabonnement facile à tout moment
Newsletter

Cultivez-vous et montez en compétences !
Recevez en exclusivité nos dernières parutions et nos offres de formation.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir nos emails.
Désabonnement en un clic