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Relations Iran-BRICS – Point de situation au 27/12/2024

Publié le 27/12/2024
6 min de lecture
Par Raphaël SILBERT
Asie de l'ouest et Monde arabe

Le lundi 23 décembre, une rencontre officielle entre la Fédération de Russie et la République islamique d’Iran a eu lieu à Téhéran. Le président Masoud Pezeshkian s’est entretenu avec le vice-premier ministre Alexei Overchuk et le ministre des transports Vitaly Savelyev. D’après le média Iran International, les thématiques abordées lors de cette rencontre ont concerné la coopération bilatérale des deux Etats, ainsi que le travail conjoint entre l’Iran et les membres de l’Union Economique Eurasiatique (UEEA), qui comprend l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et la Russie. Après l’obtention d’un accord de libre-échange signé avec ces pays membres en décembre 2023 à Saint-Pétersbourg, le gouvernement iranien avait ratifié le texte en juin dernier. Enfin, le vice-premier ministre russe a transmis une invitation officielle en Russie au président iranien, dont la rencontre est attendue avant le 19 janvier 2025 à Moscou afin de finaliser la signature d’un traité de partenariat stratégique global à long terme.

Les sujets abordés lors de cette rencontre reflètent, pour les deux Etats une volonté partagée de diversifier leur coopération régionale. Pour l’Iran, la concrétisation d’un accord de partenariat stratégique avec la Russie s’inscrit dans une dynamique diplomatique visant à multiplier les partenariats régionaux et internationaux. L’objectif prioritaire pour Téhéran reste de palier l’isolement diplomatique accentué par les sanctions occidentales et de s’assurer des moyens de financement régionaux.

Cette tendance se manifeste par l’intégration récente à plusieurs organisations internationales : en juillet 2023 l’Iran est devenu membre de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), organisation de coopération politique et militaire fondée par la Chine et la Russie. Si en 2024, l’adhésion aux BRICS+ ainsi que l’intégration à une zone de libre-échange avec l’UEEA rapprochent l’Iran des autres Etats membres sur le plan commercial, ils revêtent une portée narrative essentielle pour le régime. Ces adhésions permettent à l’ex-Empire perse de se positionner idéologiquement aux côtés des Etats qui se considèrent lésés par le système international dominé par le dollar et par des normes occidentales perçues comme partiales, voire impérialistes. La participation à ces organisations apparaît compatible avec le discours interne et international de la république islamique. Mis à mal par des instabilités internes et une perte d’influence présumée depuis la chute du régime alaouite de Bashar el-Assad en Syrie, qui affecte directement sa stratégie d’influence régionale, le renforcement de sa coopération avec les Etats des BRICS+ et du Caucase est de bon augure pour Téhéran.

Le rôle de Moscou dans l’élaboration du réseau ferroviaire irano-azerbaïdjanais

Durant cette rencontre, le président iranien a tenu à souligner l’importance des progrès attendus dans la construction d’une ligne ferroviaire reliant la ville de Rasht à Astara, située à la frontière irano-azerbaïdjanaise. Il a déclaré à ce propos « L’Iran adhère à toutes les clauses de l’accord et est déterminé à le mettre en œuvre dans les délais convenus. » De son côté, Vitaly Savelyev a assuré que la Russie avait investi les fonds nécessaires et coordonnait les actions prises pour finaliser le réseau ferroviaire avec l’Azerbaïdjan, et que les sections russes et azerbaïdjanaises de l’axe seraient améliorées et modernisées. Il a également fait part de son espoir que les avancées dans la construction d’infrastructures permettraient d’atteindre un volume de 15 millions de tonnes de marchandises transportées annuellement entre l’Iran et la Russie.

Cette ligne ferroviaire, dont la construction a débuté en 2009 et devait initialement atteindre la ville de Qazvin, située à environ 188km de Rasht, a été retardée et réduite en distance en raison d’un manque de financement. D’après le média Caspian News, la Fédération de Russie soutient à hauteur de 1,3 milliard d’euros les travaux, pour un financement total de 1,6 milliard d’euros.

Elle s’intègre dans le projet du corridor Nord-Sud INSTC, débuté initialement dans les années 1990 mais exploité activement depuis 2020. En effet, en raison de nombreux changements d’orientations politiques, de limitations d’investissements internationaux dues aux sanctions occidentales et des contextes nationaux incertains, l’INSTC a connu des périodes de déclin. Comme le soulignent Olga Alexeeva et Frédéric Lasserre dans leur étude « Le corridor Nord-Sud entre Inde et Russie : jeu d’équilibriste russe et défis indiens », entre 2007 à 2017, le conseil de coordination de l’INSTC ne s’est jamais réuni, et les avancées souhaitées par les Etats concernés par le corridor ont été considérablement ralenties. La progression globale des constructions nécessaires à l’exploitation des routes commerciales promises par le projet est en réalité limitée et à connu d’importants temps d’arrêt au fil de temps. Ainsi, la réaffirmation par Vitaly Savelyev que le financement russe est suffisant indique, en théorie, une certaine progression dans la finalisation du projet.

Déséquilibre dans les financements  d’infrastructures et désaccords stratégiques : les limites de la coopération russo-iranienne

Bien que l’objectif partagé entre Moscou et Téhéran soit d’utiliser des axes commerciaux échappant aux sanctions diplomatiques américaines et européennes, la volonté de coopération basée sur la construction d’infrastructures coûteuses peut engendrer un certain déséquilibre dans leur prise en charge. En effet, depuis le début du conflit russo-ukrainien en 2022, la Russie prend en charge le financement et la construction de nombreux projets, qui dépassent largement les budgets initialement prévus par le Kremlin. D’après l’étude citée précédemment, le coût total des infrastructures critiques est estimé à 38,3 milliards de dollars américains. Plus symptomatique encore, la Russie finance également la construction d’infrastructures hors de son territoire national, notamment dans le Caucase. Ainsi, bien que le développement du corridor Nord-Sud favorise en théorie une indépendance vis-à-vis des axes commerciaux traditionnels, le gain espéré n’est atteignable que si les problèmes de financement sont progressivement résolus, et ce, majoritairement par un Etat toujours engagé dans un conflit ouvert et subissant un isolement diplomatique considérable.

À propos de l'auteur

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Raphaël SILBERT

Etudiant de Relations Internationales en Master 1 à l'ILERI, et aspirant à spécialiser prochainement en Défense, Gestion des risques et Cybersécurité, Raphaël possède un intérêt particulier pour la zone Moyen-Orient, renforcé par l'apprentissage de l'arabe et de l'hébreu en parallèle de sa formation.

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