Politique étrangère iranienne – Point de situation au 20/08/2024

Le 31 juillet, le chef politique du Hamas palestinien Ismaïl Haniyeh a été assassiné à Téhéran. Résidant habituellement à Doha au Qatar, son déplacement en Iran avait pour motif officiel de rencontrer le président iranien nouvellement élu Masoud Pezehskian lors de son investiture. Après la cérémonie, une explosion a eu lieu dans la résidence de Haniyeh, aux alentours de 2 heures du matin heure locale d’après le journal américain The New York Times. D’après le rapport produit par celui-ci, un dispositif explosif activé à distance et disposé plus de deux mois avant l’incident dans sa chambre est à l’origine de la mort de l’ancien Premier Ministre palestinien. Cependant, le Corps des Gardiens de la Révolution iranien a nié cette version des faits, en indiquant qu’un projectile provenant de l’extérieur de la résidence était à l’origine de l’explosion. Dans les deux cas, la sûreté et la garantie que l’Iran promet aux hauts responsables du Hamas s’avère mise à mal. Ismaïl Haniyeh faisait partie de la liste établie par Israël des responsables du Hamas à éliminer après les attaques du 7 octobres 2023. La plupart des hauts dirigeants présents sur cette liste ont été à présent éliminés : Mohammed Dief, le chef de la brigade Al-Qassam du Hamas et considéré comme l’architecte des attaques en Israël l’année dernière, a été tué le 13 juillet dernier à Khan Younès ; Saleh al-Arouri, ancien numéro deux de l’organisation a lui été tué à Beyrouth en janvier dernier dans une frappe de l’armée israélienne. Aussi, le Hamas a rapidement désigné un successeur à la tête de l’organisation, parmi les hauts responsables encore vivants. Le choix privilégié à été celui de Yahya Sinwar, dirigeant du Hamas à Gaza étant toujours recherché par Tsahal.
Bien que l’Etat Hébreu n’ait pas revendiqué officiellement cette opération, les autorités iraniennes ainsi que son Assemblée des Experts ont commenté cet évènement en déclarant que cela constituait une « violation flagrante » de la souveraineté iranienne, en promettant de sévères conséquences pour Israël. Le Guide Suprême Ali Khamenei a déclaré : « Le régime sioniste criminel et terroriste a martyrisé notre cher invité sur notre territoire et a causé notre douleur, mais il a également préparé le terrain pour un châtiment sévère […] Après cet événement amer et tragique, il est de notre devoir de nous venger […] ».
Cette attaque intervient le lendemain d’une frappe aérienne de l’armée israélienne à Beyrouth ayant ciblé et tué Fuad Shukr, commandant du Hezbollah et bras droit de son chef Hassan Nasrallah. Il avait été identifié par Tsahal comme étant le responsable de la frappe sur le village israélien druze de Majdal Shams, ayant tué 12 enfants sur un terrain de football le 27 juillet. Dans un contexte d’affrontements toujours intenses à la frontière libano-israélienne, et d’une opération militaire dans la Bande de Gaza toujours en cours, la volonté de faire front face à tous les proxys soutenus par Téhéran se concrétise par l’élimination quasi-systématique de leur hauts responsables. L’intérêt, au-delà d’affaiblir les différentes organisations, est d’entretenir un sentiment d’insécurité permanent pour les dirigeants concernés et pour le gouvernement iranien lui-même. D’autre part, l’élimination de Ismaïl Haniyeh ayant été effectuée sur le territoire iranien, c’est un nouvel épisode de crise sécuritaire qui se profile pour les autorités de la République Islamique, seulement trois mois après la mort du président Ebrahim Raïssi dans un acccident d’hélicoptère.
Du côté de Téhéran, la réponse est promise mais se fait attendre. Le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou a garanti une réponse de taille en cas de nouvelle attaque iranienne : « Nous sommes déterminés à nous défendre, et nous sommes également déterminés à faire payer un très lourd tribut à tout ennemi qui oserait nous attaquer, sur quelque théâtre que ce soit ». Après avoir condamné l’offensive et promis une réponse sévère en territoire israélien, aucune offensive directe n’a encore été lancée, environ trois semaines après la mort de Haniyeh. Le porte-parole des Gardiens de la Révolution a lui commenté cette attente en la qualifiant de volontaire : « Israël pourrait attendre longtemps une réponse iranienne ». La guerre psychologique toujours en cours entre la République Islamique et l’Etat hébreu semble conserver les même bases qu’au début du conflit en octobre dernier, à savoir des offensives ponctuelles suivies de longues périodes de menaces, s’enchaînant à leur tour par des affrontements plus intenses avec les proxys tels que le Hezbollah ou les Houthis yéménites. Ces scénarios laissent toujours place à un risque d’escalade, comme ça aurait pu être le cas en mars dernier, quand l’Iran avait lancé la première offensive directe de son histoire en territoire israélien.
Enfin, durant cette attente, les négociations toujours en cours à Doha pour une éventuelle trêve entre le Hamas et Israël semblent compromises. Après la proposition américaine soutenue par le Secrétaire d’Etat Anthony Blinken d’effectuer un arrêt des combats durant six semaines, la libération d’un «[…] certain nombre d’otages » d’après le journal i24, ainsi qu’un retrait partiel des forces de Tsahal dans la bande de Gaza, le Hamas a exprimé de lourdes réserves, notamment liés à la volonté israélienne de conserver des forces en territoire gazaouie. Aussi, le moment choisi par l’Iran pour lancer une nouvelle offensive pourrait être conditionné par le résultats des négociations au Qatar.
À propos de l'auteur
Raphaël SILBERT
Etudiant de Relations Internationales en Master 1 à l'ILERI, et aspirant à spécialiser prochainement en Défense, Gestion des risques et Cybersécurité, Raphaël possède un intérêt particulier pour la zone Moyen-Orient, renforcé par l'apprentissage de l'arabe et de l'hébreu en parallèle de sa formation.



