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Politique étrangère iranienne – Point de situation au 14/09/2024

Publié le 17/09/2024
5 min de lecture
Par Raphaël SILBERT
Asie de l'ouest et Monde arabe

Le 12 septembre, le Secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne Ali Akbar Ahmadian s’est rendu à Saint-Pétersbourg afin de rencontrer le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine. La rencontre à été prévue dans un contexte de préparations pour le 16ème sommet des BRICS organisé à Kazan du 22 au 24 octobre. Les chefs de la sécurité nationales des Etats participant à l’évènement ont également effectué une rencontre afin de finaliser les préparatifs du sommet prévu le mois prochain. Le président russe a souhaité réaffirmer son soutien et la coopération russe envers l’Iran, et prévoit de recevoir le président Masoud Pezeshkian afin de signer un nouvel accord de coopération global entre les deux Etats. D’après l’agence de presse de la République Islamique, il a également précisé que le volume d’échanges commerciaux entre l’Iran et la Russie avait augmenté de « 10% au cours des six premiers mois de l’année 2024 », et que le corridor Nord Sud restait au centre de cette relation bilatérale. La délégation iranienne a également rencontré le dirigeant biélorusse Aleksandr Lukashenko le lendemain à Minsk.

L’accord russo-iranien ayant donné le jour à cette route commerciale ferroviaire et navale de 7 200km a été signé en 2017 par les ministres des Transports des deux pays, mais également de l’Inde où se trouve la destination finale de cet axe, le port Nhava Sheva ou appelé officiellement Jawaharlal Nehru. Plus récemment en mai 2023, l’ancien président iranien Ebrahim Raïssi et son homologue russe Vladimir Poutine avait signé un accord pour la construction d’une ligne ferroviaire d’une longueur de 164km reliant la ville d’Astara situé à la frontière azerbaïdjanaise, et la ville de Rasht, le long de la mer Caspienne. Le président russe avait déclaré à l’occasion de cet accord que les livraisons de marchandises prendraient environ 10 jours entre Bombay et Saint-Pétersbourg, contre 30 à 45 jours en empruntant les routes commerciales traditionnelles telles que celles empruntant le Canal de Suez. Dans un contexte de guerre toujours en cours en Ukraine, le président russe semble vouloir attirer l’attention sur un autre thème plus élogieux de la politique extérieure russe, à savoir sa présence commerciale dans le Caucase.

Au-delà d’un rapprochement bilatéral, l’objectif recherché par les deux Etats est également de palier individuellement à leurs isolements diplomatiques relatifs. Les sanctions occidentales survenues après le conflit en Ukraine motivent le Kremlin à développer davantage de nouvelles alternatives. En juin 2024, l’Agence de presse de la République Islamique soutenait la tendance décrite par Vladimir Poutine : les exportations russes vers l’Iran ont augmenté de 77%, et les importations de Moscou en provenance d’Iran ont, elles, grimpé de 13%. Bien que les déclarations de l’Iran et de la Russie soient à interpréter avec recul, l’article produit par le Colonel Cyril Iordanow le 24 juin 2024 pour la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques confirme également l’importance du Corridor de Transport international Nord-Sud (CTINS) : « […]D’ici 2030, ce corridor pourrait transporter jusqu’à 25 millions de tonnes de fret annuellement. Cette nouvelle route entre l’Inde et la Russie réduirait le temps de trajet de 40-60 jours à 25-30 jours, et les coûts de 30%. […]».

Du côté de Téhéran, les sanctions européennes et américaines sont également au centre des préoccupations. Parmi les objectifs prioritaires présentés par Masoud Pezeshkian après son investiture, on trouve notamment l’allègement des sanctions économiques et diplomatiques américaines ainsi que la reprise de négociations pour un accord sur le nucléaire. Cependant, le président iranien reste dépendant des décisions du Leader Suprême Ali Khamenei, et ne peut pas officiellement prendre des décisions liées à la politique extérieure. Aussi, l’alternative d’un rapprochement avec la Russie reste une solution imparfaite mais réaliste pour relancer l’économie nationale.

Enfin, le développement de cette nouvelle route commerciale possède également une dimension idéologique. L’intérêt est à la fois de redessiner les routes actuelles du commerce international, contester les normes perçues (ou qualifiées) comme imposées par les pays occidentaux, et véhiculer le message à l’échelle mondiale que les sanctions économiques, les ruptures de relations diplomatiques et la défense du droit international ne doivent pas être comprises comme des normes supposément universelles, mais comme des armes idéologiques utilisées par l’Europe et les Etats-Unis.

Cette rencontre intervient également quelques jours après les accusations américaines et européennes visant l’Iran au sujet de livraisons d’armes balistiques en Russie. Le mardi 10 septembre, le Secrétaire d’Etat américain Anthony Blinken alors en visite officielle à Londres, a déclaré que l’Iran avait effectué des livraisons d’armes à la Russie, telle que des missiles balistiques Fatah-360, dont les Russes auraient été entraînés à utiliser au préalable : « La Russie a maintenant reçu des livraisons de ces missiles balistiques et les utilisera probablement dans les semaines à venir en Ukraine, contre les Ukrainiens. […] La fourniture de missiles iraniens permet à la Russie d’utiliser une plus grande partie de son arsenal pour des cibles plus éloignées de la ligne de front.» Le lendemain, des images satellites produites par la société Maxar Technologies et publiées par le journal américain CNN ont identifié le cargo russe Port Olya 3 transportant des missiles balistiques iraniens depuis le port d’Amirabad en Iran. Ces déclarations ont été contestées par le Ministre des Affaires Etrangères iranien Abbas Araghchi : « Une fois de plus, les États-Unis et l’E3 (Royaume-Uni, France et Allemagne) agissent sur la base de renseignements erronés et d’une logique défaillante. L’Iran n’a pas livré de missiles balistiques à la Russie. C’est un fait. »

À propos de l'auteur

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Raphaël SILBERT

Etudiant de Relations Internationales en Master 1 à l'ILERI, et aspirant à spécialiser prochainement en Défense, Gestion des risques et Cybersécurité, Raphaël possède un intérêt particulier pour la zone Moyen-Orient, renforcé par l'apprentissage de l'arabe et de l'hébreu en parallèle de sa formation.

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