La Turquie et les BRICS – Point de situation au 22/12/24

La Turquie, au carrefour d’enjeux stratégiques de l’Europe, de l’Asie et du Moyen-Orient, continue de naviguer dans un environnement géopolitique complexe. Entre alliances économiques et différends politiques avec l’Union européenne, la Turquie manifeste aujourd’hui un intérêt croissant pour les BRICS.
Les récentes interactions entre la Turquie et le groupe des BRICS reflètent des priorités géopolitiques et économiques en pleine transformation. Parmi les moments clés, la rencontre du 23 octobre entre le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le président russe Vladimir Poutine, à l’occasion du sommet des BRICS organisé à Kazan, a marqué un tournant significatif. Cette réunion a permis de mettre en lumière des enjeux majeurs. À propos des relations bilatérales, les discussions ont porté sur la coopération entre la Turquie et la Russie, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine et des tensions régionales, y compris les attaques israéliennes. En ce qui concerne les questions sur l’énergie et le commerce, le projet de création d’un centre énergétique de gaz naturel en Turquie, en phase préparatoire, a été un point central des échanges, renforçant ainsi le rôle stratégique de la Turquie dans les flux énergétiques régionaux.
Aujourd’hui, quelques semaines plus tard, le dernier point de situation dont nous disposons est l’annonce de Iouri Ouchakov, conseiller du Kremlin, qui a annoncé que la Turquie figurait parmi les 13 pays sélectionnés pour devenir partenaires des BRICS. Ce groupe inclut également la Biélorussie, l’Indonésie, et la Malaisie, dont l’intégration officielle pourrait intervenir dès janvier 2025, bien que cela à ce jour ne soit pas encore confirmé. Toutefois, malgré son inclusion sur cette liste stratégique, la Turquie, n’a pas encore soumis son approbation officielle. Cette attente suscite aujourd’hui des interrogations sur les ambitions de la Turquie au sein de ce groupe et sur la manière dont elle compte naviguer entre ses intérêts traditionnels en Europe et ses nouvelles opportunités en Asie et en Afrique.
Au-delà des intérêts stratégiques vis-à-vis des BRICS, quelles sont les ambitions de la Turquie ?
Comme indiqué précédemment, il est évident pour la scène internationale que la Turquie manifeste un intérêt pour renforcer ses liens à l’international, etparticulièrement avec les BRICS, comme en témoigne sa participation au dernier sommet de Kazan. Cependant, cette volonté de participation suscite des interrogations. La Turquie fait partie de l’OTAN et est un partenaire stratégique pour des États-Unis. Pourquoi, alors, la Turquie cherche-t-elle à collaborer avec des puissances émergentes comme la Chine et la Russie?
L’une des raisons principales de ce rapprochement avec les BRICS réside dans les avantages qu’il lui procurerait. Avec ce partenariat, la Turquie pourrait réduire sa dépendance aux économies européennes tout en développant ses relations économiques avec les pays des BRICS comme la Chine, dans des secteurs dominants comme les infrastructures et l’énergie, d’où le projet de création d’un centre énergétique de gaz naturel et de nouvelles technologies. Au-delà des aspects économiques, les BRICS offrent à la Turquie une opportunité de se doter d’un levier diplomatique. En adoptant une position axée sur l’autonomie, la Turquie cherche à se positionner en tant qu’un acteur pivot entre l’Occident et le reste de la communauté internationale. Cette approche transmet donc un message clair à l’Union européenne et aux États-Unis, tout en renforçant son rôle de médiateur global.
Dans ce contexte, quels sont les enjeux et obstacles majeurs que la Turquie devra surmonter dans le cadre de son rapprochement avec les BRICS ?
Nous pouvons identifier trois obstacles majeurs. Premièrement, les structures économiques de la Turquie diffèrent de celles des BRICS. L’économie turque, confrontée à un déficit courant chronique et à une monnaie sous pression, présente un rôle limité au sein des BRICS. Deuxièmement, les tensions entre certains alliés traditionnels de la Turquie, comme les États-Unis, et des membres des BRICS compliquent ce rapprochement. Enfin, malgré une politique étrangère indépendante, la Turquie reste liée aux institutions occidentales, qui rentre en contradiction avec l’idéologie des BRICS, qui se veulent une alternative à l’ordre mondial occidental.
Parallèlement, la Turquie poursuit ses négociations avec l’Union européenne sur des dossiers stratégiques. Cependant, des tensions persistent, notamment sur Chypre, les droits fondamentaux et les différends en Méditerranée orientale. Malgré ces défis, une coopération pragmatique entre les deux persiste. L’Union européenne est aujourd’hui le principal partenaire économique de la Turquie, avec 40,8 % de ses exportations.
Enfin, la Turquie se trouve bien à un carrefour stratégique, où elle cherche à rééquilibrer ses relations internationales tout en renforçant sa position sur la scène mondiale. En décembre 2024, l’annonce de l’inclusion de la Turquie parmi les partenaires des BRICS a marqué un tournant dans la dynamique internationale dans laquelle elle s’inscrit. Ce rapprochement illustre la stratégie de diversification des alliances que la Turquie cherche à mettre en place qui est en effet risquée, mais qui peut etre considérée comme tout autant nécessaire. Nous avons donc, à ce jour, une Turquie qui continue de naviguer entre ses relations historiques avec l’Union européenne et une Turquie avec l’ambition de renforcer ses liens avec les BRICS.
À propos de l'auteur
defne kenanoglu
Biographie non renseignée



