La question kurde en Turquie – Point de situation au 03/05/23

Le 25 avril, le ministre de la Défense turc Hulusi Akar s’est rendu à Moscou à l’occasion d’une réunion quadripartite sur la Syrie en présence de ses homologues russe, iranien et syrien où il a rappelé les ambitions turques en Syrie:«La seule raison pour laquelle nous sommes en Syrie est pour combattre les terroristes, en particulier le PKK (Parti des travailleurs kurdes actuellement établi dans les monts Qandil, région frontalière entre le nord de la Région autonome du Kurdistan irakien et l’Iran), le YPG (Unités de protection du peuple, branche armée du parti kurde syrien de l’union démocratique PYD), le PYD ainsi que Daesh/ISIS. Nous continuerons nos efforts afin de neutraliser tous les terroristes […] Nous travaillons dur pour éliminer le fléau du terrorisme aussi vite que possible pour protéger notre nation, nos frontières et notre peuple.» Pour rappel, la Turquie est présente dans le Nord de la Syrie depuis août 2016 où elle est intervenue militairement lors de la guerre civile syrienne. Elle y maintient depuis lors sa présence en menant diverses opérations militaires et notamment en octobre 2019 en créant une zone de sécurité (Agence de presse officielle turque Anadolu). Toutefois, selon l’organisation de recherche et média indépendant du nord de la Syrie le Rojava information center, la Turquie y conduirait depuis 2019 des violations de droits humains notamment contre les populations kurdes, chrétiennes et yézidis, systématiquement expulsées et remplacées par des populations arabes et turkmènes.
Localement le même jour, l’Agence de presse Anadolu a communiqué sur l’arrestation de 126 personnes par les autorités turques dans le cadre d’une opération antiterroriste dans 21 provinces et notamment à Diyarbakir, ville à majorité kurde, en invoquant des complicités avec le PKK, considéré comme organisation terroriste par le régime turc (Ministère des affaires étrangère turc). Ces accusations ont toutefois été démenties par l’Association du barreau de Diyarbakir. L’organisation a dénoncé ainsi dans un communiqué l’interpellation d’avocats, de journalistes et défenseurs des libertés et a considéré cette opération une tentative d’intimidation des électeurs kurdes trois semaines avant les élections présidentielles et législatives. De même, le parti de gauche pro-kurde du Parti démocratique des Peuples (HDP) a annoncé que l’une de ses co-présidentes Özlem Gündüz avait également été arrêtée.
Le 28 avril, l’alliance pro-kurde de gauche impliquant également le HDP a incité ses futurs électeurs à soutenir le principal opposant à Recep Tayyip Erdoğan, le nationaliste et président général du Parti républicain du peuple (CHP) Kemal Kılıçdaroğlu (Politico, France24) en vue des élections présidentielles et législatives du 14 mai prochain. En effet, la troisième force politique du pays est sans candidat aux élections présidentielles en raison de l’incarcération de son ex-coprésident, le kurde Selahattin Demirtas depuis novembre 2016 à la suite d’accusations de propagande terroriste en faveur du PKK et condamné à quatre ans et huit mois de prison le 7 septembre 2018 (Anadolu). La Cour Européenne des Droits de l’Homme a cependant condamné la Turquie dans un arrêt du 22 décembre 2020 et l’a exhortée à la libération immédiate de l’opposant kurde en mentionnant que «les buts avancés par les autorités [turques] relativement à la détention provisoire de l’intéressé n’étaient qu’une couverture pour un but politique inavoué, ce qui est d’une gravité incontestable pour la démocratie».
À propos de l'auteur
Juliette Duboe-Laurence
Biographie non renseignée



