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Iran–États-Unis : des signaux de détente entre l’Iran et les États-Unis ?

Publié le 05/02/2025
10 min de lecture
Par Carole Massalsky
Asie de l'ouest et Monde arabe

Avant sa réélection en septembre 2024, le président Trump avait souligné l’importance d’un accord nucléaire avec l’Iran et, à la fin de janvier 2025, a réaffirmé son espoir d’y parvenir, annonçant qu’il rencontrerait bientôt « des personnes de très haut niveau » pour en discuter.

Du côté iranien, des signaux ont également été envoyés concernant une ouverture aux négociations et une volonté de parvenir à un accord sur le programme nucléaire. A la mi-janvier 2025, lors d’une interview accordée à NBC News, le président iranien Masoud Pezeshkian a laissé entendre qu’il était prêt à dialoguer avec les États-Unis, affirmant qu’en principe, l’Iran était ouvert au dialogue avec l’administration Trump, engagé à prioriser la paix régionale, après avoir offert l’assistance de son pays lors des incendies de forêt à Los Angeles quelques jours plus tôt. Plus récemment, le politicien réformiste iranien Kamal Kharrazi, président du Conseil stratégique des relations extérieures de l’Iran et conseiller proche du Guide suprême, l’ayatollah Khamenei, a confirmé la volonté de l’Iran de négocier, à condition que les États-Unis adoptent une approche constructive. Quelques jours plus tôt, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baqaei, a réaffirmé que l’Iran avait, à plusieurs reprises, signalé sa volonté de reprendre les pourparlers si l’autre partie était sérieuse à ce sujet.

Cependant, en Iran, des débats houleux persistent entre les partisans d’une ligne dure et les modérés sur la question de savoir si des négociations avec le président Trump devraient être poursuivies pour lever les sanctions et revitaliser l’économie, dans un climat général de méfiance envers l’Occident, et en particulier envers les États-Unis. Les partisans d’une ligne dure s’opposent fermement à de telles discussions, citant le retrait unilatéral de Trump en 2018 de l’accord nucléaire de 2015 (signé par son prédécesseur), la réimposition de lourdes sanctions économiques, et l’assassinat du général Qassem Soleimani en janvier 2020 par une frappe de drone américaine ordonnée par Trump.

La méfiance est omniprésente, non seulement parmi les conservateurs, mais aussi à travers l’ensemble du spectre politique. Si le ministre iranien des Affaires étrangères, le modéré Abbas Araghchi, a déclaré dans une interview à la fin janvier 2025 qu’un nouvel accord était possible, il a également reconnu qu’il existait « beaucoup plus de méfiance par rapport à la dernière fois ». Peu après, le vice-président du Parlement, Hamid-Reza Haji Babaee a affirmé que Téhéran n’éprouvait aucune hostilité envers les États-Unis et était prêt à négocier avec Washington.

De telles ouvertures n’auraient probablement pas été possibles sans une forme d’approbation tacite de l’ayatollah Khamenei. Le 28 janvier, il a semblé faire allusion à de possibles négociations avec les États-Unis en mettant en garde contre les inimitiés cachées et en soulignant l’importance de la vigilance, déclarant : « On peut faire un accord en sachant ce qu’il faut faire ». Certains observateurs y ont vu une référence à un potentiel accord nucléaire, bien qu’une certaine prudence soit de mise quant à ces interprétations. Tandis qu’Amwaj Media suggérait que le Guide suprême iranien avait donné son feu vert à des négociations avec les États-Unis, des médias proches de la ligne dure, tels que l’agence de presse Fars et l’agence Tasnim, ont interprété ses propos comme une opposition à de telles discussions, rappelant les objections fermes passées de Khamenei aux négociations avec Washington.

Le JCPOA à la croisée des chemins

L’accord nucléaire, officiellement connu sous le nom de JCPOA (Plan d’action global commun), a été signé en 2015 sous l’administration du président Obama entre l’Iran et le P5+1 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne et l’Union européenne) et visait à limiter le programme nucléaire iranien en échange d’un allégement des sanctions. Malgré le respect total de l’accord par l’Iran, le président Trump s’est retiré unilatéralement en 2018, réimposant de lourdes sanctions économiques et financières dans le cadre d’une politique de «pression maximale», qui a fortement affecté l’économie iranienne.

Cette stratégie visait à isoler diplomatiquement la République islamique afin de forcer une renégociation du JCPOA, intégrant notamment les missiles balistiques iraniens, puis plus tard les missiles de croisière capables de transporter des armes de destruction massive (ADM). En réponse, l’Iran a accéléré son programme nucléaire et renforcé davantage son industrie de drones et de missiles.

Depuis, aucun progrès significatif n’a été réalisé, malgré quelques discussions entre l’Iran, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, qui se sont intensifiées fin 2024, à l’approche des élections présidentielles américaines, mais sans résultats concrets, mettant en évidence la fragilité de toute discussion nucléaire sans la participation des États-Unis. Par la suite, les trois pays européens ont accusé l’Iran d’accroitre son stock d’uranium hautement enrichi et ont menacé d’activer le mécanisme de « snapback » en octobre 2025, lors de l’expiration de l’accord, pour rétablir les sanctions de l’ONU contre l’Iran. En réponse, l’Iran a averti qu’il pourrait se retirer du TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires), qui vise à empêcher la prolifération des armes nucléaires, à favoriser le désarmement mondial et impose aux États signataires, dont l’Iran, de déclarer leurs stocks nucléaires sous la supervision de l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique).

Les négociations initiales du JCPOA ont été menées par le secrétaire d’État américain de l’époque, John Kerry, et par Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères du président modéré Hassan Rouhani. En Iran, Zarif avait alors été critiqué par les partisans de la ligne dure pour avoir négocié un accord qu’ils estimaient brider les avancées nucléaires du pays. Aux États-Unis, une majorité du Congrès s’est opposée à l’accord dès sa signature, plaidant pour une politique plus ferme envers l’Iran, une position qui s’est renforcée avec la volonté de Trump de durcir l’accord pour inclure l’interdiction des missiles balistiques iraniens.

Depuis août 2024, Javad Zarif occupe le poste de vice-président iranien chargé des Affaires stratégiques, mais il est sous le radar des conservateurs, qui l’accusent d’une trop grande ouverture vis-à-vis de l’Occident. Il a notamment été vivement critiqué après son interview du 22 janvier au Forum économique mondial (WEF) à Davos avec Fareed Zakaria.

Ses déclarations ont suscité l’indignation des conservateurs, qui l’ont accusé de porter des débats internes sur la scène internationale et de nuire à l’unité nationale en tenant des propos jugés contraires à la sécurité et aux intérêts de l’Iran, entrainant des appels à sa destitution. Cependant, à l’instar du président Pezeshkian lors de son entretien avec NBS News mi-janvier, Zarif a rejeté l’idée que l’Iran serait aujourd’hui en position de faiblesse. Il a affirmé que les groupes qualifiés à tort de «proxies» par l’Occident ne recevaient pas d’ordres directs de Téhéran, mais poursuivaient leurs propres objectifs. Il a rappelé que ces mouvements de résistance existaient avant la Révolution islamique et qu’ils persisteraient tant que l’occupation et l’oppression perdureraient. Zarif a également insisté sur le fait qu’aucun élément depuis 1981-1982 ne prouvait que ces groupes aient agi au nom de l’Iran. Par ailleurs, il a profité de l’occasion pour réaffirmer que l’Iran n’avait pas été informé à l’avance de l’attaque du 7 octobre, laquelle avait conduit à l’annulation d’une réunion clé prévue le 9 octobre avec les Américains pour discuter du renouvellement du JCPOA.

Concernant la question nucléaire, Javad Zarif a semblé en partie exonérer Donald Trump du retrait américain du JCPOA en 2018, affirmant qu’il avait été mal conseillé par des figures comme John Bolton et Mike Pompeo et exprimant l’espoir que « Trump 2.0 » serait plus sérieux, plus concentré et plus réaliste. Il a également souligné qu’en réalité, l’Iran avait renforcé ses capacités nucléaires depuis ce retrait, se rapprochant aujourd’hui de la possibilité de produire des armes nucléaires, tout en regrettant que le principal effet de ce retrait ait été d’accroitre la pression économique sur la population iranienne, concluant que l’Iran devait désormais se tourner vers l’avenir et privilégier les opportunités plutôt que les menaces.

Vers un changement de cap ?

Quelques jours plus tôt, le président Trump, fraichement réélu, a évincé Brian Hook, son ancien représentant spécial pour l’Iran et conseiller principal du secrétaire d’État Mike Pompeo de 2018 à 2020. Hook avait joué un rôle clé dans la campagne de «pression maximale» contre l’Iran depuis 2018. Comme l’a titré le Tehran Times le 22 janvier, ce changement annonce-t-il une nouvelle approche de Trump envers l’Iran ? Dans la même logique, l’absence, parmi les nominations de son second mandat, de figures de la ligne dure de son premier mandat, telles que Mike Pompeo, John Bolton, Nikki Haley et Kenneth McKenzie envoie-t-elle également un message ?

A la place, Trump a nommé Michael DiMino au poste de secrétaire adjoint à la Défense pour le Moyen-Orient. Lors d’une interview radio en février 2024, DiMino déclarait : « Ceux qui essaient de vous dire que l’Iran va prendre le contrôle du Moyen-Orient, je pense que c’est de la propagande et que cela n’est pas soutenu par les faits. »

Interrogé par le Tehran Times fin janvier, Mehdi Kharratyan, directeur de l’Institut pour le renouveau de la politique, a estimé que Trump reprendrait probablement sa campagne de «pression maximale» contre l’Iran, avertissant que les décideurs iraniens ne devraient pas faire preuve de faiblesse face aux États-Unis, sous peine de renforcer le camp des partisans de la ligne dure en Iran. Parallèlement, le réformiste iranien Ali Abdolalizadeh, membre du gouvernement du président Pezeshkian, a récemment reconnu que la décision de l’Iran d’exclure les États-Unis de la coopération économique après la signature du JCPOA en 2015 avait été une erreur, soulignant que si l’administration Obama n’avait pas publiquement contesté cette approche, Trump y avait fortement réagi, précipitant ainsi l’effondrement de l’accord. Selon lui, aujourd’hui, les deux parties regrettent leurs actions passées, ce qui pourrait ouvrir la voie à une nouvelle phase de négociations.

Malgré ces signaux d’ouverture des deux côtés, il est encore prématuré et optimiste d’envisager une véritable détente entre Washington et Téhéran. Tout progrès dépendra de la capacité de la nouvelle administration américaine à adopter une approche plus pragmatique et réaliste envers l’Iran, ce qui demeure incertain, compte tenu des nominations de Marco Rubio au poste de secrétaire d’État et de Michael Waltz comme conseiller à la sécurité nationale, deux figures connues pour leur fermeté envers l’Iran.

Quoi qu’il en soit, Trump a désormais l’opportunité de marquer l’histoire en obtenant un accord durable avec l’Iran, un objectif qu’aucun de ses prédécesseurs n’a réussi à atteindre.

À propos de l'auteur

Photo de Carole Massalsky

Carole Massalsky

Doctorante en géostratégie et géopolitique à l’Académie de Géopolitique de Paris, chercheuse associée sur le Moyen-Orient et référente Irak à l’EISMENA, coordinatrice de la veille « Asie de l’Ouest et monde arabe » et membre du comité de rédaction d’EurasiaPeace.

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