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La Namibie et la Russie intensifient leur coopération dans le secteur minier

Publié le 30/01/2026
6 min de lecture
Par Enzo PADOVAN
Russie

Visite namibienne à Moscou, sur fonds d’accords miniers

Du 12 au 14 janvier, la Ministre des Relations Internationales et du Commerce de la Namibie, Selma Ashipala-Musavyi, s’est rendue en Russie pour une visite diplomatique. Sergueï Lavrov, son homologue russe, a principalement abordé avec elle des sujets de politique africaine, une potentielle réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU, mais aussi et surtout la question minière. Dans un communiqué publié par le Ministère des Affaires étrangères russe, les deux pays ont donné un soin particulier à la coopération en matière d’économie et d’énergie, et le journal Namibia Business a également confirmé qu’un représentant de Rosatom était présent pour la réunion.

La présence de Rosatom s’explique par le contenu des sous-sols namibiens : d’après la Chambre des Mines namibiennes, une autorité publique en charge du secteur minier du pays, ce dernier serait le second producteur d’uranium après le Kazakhstan, et devant même la Russie. Néanmoins, elle n’a pas nécessairement l’expertise requise pour exploiter toutes ses vastes réserves, et a donc besoin de l’aide de compagnies étrangères.

Ainsi, la Russie souhaite investir davantage dans le secteur minier namibien, en raison de sa production nucléaire assez importante. Si Moscou a d’importantes réserves en uranium, le pays est également très dépendant des importations en provenance du Kazakhstan, que l’Union Européenne tente de limiter depuis 2022 (FIIA). Sécuriser un approvisionnement sur le long terme, en Namibie, permettrait de réduire cette dépendance vis-à-vis de l’Asie Centrale, et à terme, de pénétrer plus facilement les marchés de la Communauté de développement d’Afrique australe, dont Windhoek fait partie. Quant à la Namibie, cette dernière espère récupérer un transfert de compétences, et de techniques, qui réduiront sa dépendance aux pays étrangers pour exploiter ses sous-sols. En définitive, les deux nations ont de forts intérêts à coopérer.

Elections en Ouganda et en Centrafrique, soutenues par la Russie

Le 15 janvier, des élections se sont tenues en Ouganda ; le président Yoweri Museveni a été réélu pour un septième mandat, à l’issue du scrutin. Quelques jours plus tard, le 19 janvier, la République Centrafricaine a elle-même rendu publics les résultats de son élection tenue en décembre 2025. De nouveau, le mandat du président en fonction, Faustin-Archange Touadéra, a été renouvelé par les urnes.

La Russie a donc publié deux communiqués pour féliciter ces élections. Le Président Vladimir Poutine a même personnellement appelé Faustin-Archange Touadéra, pour le féliciter de sa victoire. La Centrafrique est, en effet, un allié particulier de Moscou. Le groupe mercenaire Africa Corps (anciennement Wagner, affilié au Kremlin) est déployé en Centrafrique pour des opérations de sécurité depuis 2018. Si cette présence mercenaire consiste officiellement en la présence d’instructeurs militaires et d’appui logistique, le Département d’Etat des Etats-Unis a rapporté plusieurs faits de violence menés par le groupe mercenaire dans les dernières années, notamment du harcèlement de journalistes et de minorités ethniques.

Quant à l’Ouganda, le communiqué russe publié à la suite de l’élection précise : « des observateurs internationaux et africains, y compris en provenance de Russie, ont noté que le processus global de vote fut ordonné et prit place dans le calme ». Pourtant, l’ONG Human Rights Watch a rapporté des faits en dissonance avec l’affirmation du Kremlin. Depuis plusieurs semaines, les autorités ougandaises sont accusées d’avoir réprimé l’opposition par la menace ou la force. Depuis le 15 janvier, des troupes présidentielles ont encerclé la maison de Robert Kyagulanyi, le dirigeant du parti National Unity Platform (NUP), une des principales forces d’opposition ougandaise. Le 19 janvier, le fils du président ougandais a même publié sur X que 22 « terroristes » de la NUP avaient été tués par le gouvernement, et qu’il espérait que Kyagulanyi soit le vingt-troisième. Comme en Centrafrique, et dans d’autres pays du continent, l’Ouganda peine à garantir une parole libre, et un choix réel, pour ses propres élections.

L’affirmation russe à propos d’une élection juste et ordonnée, semble donc réfutée par une partie de la presse et des ONG. Or, depuis le 1er janvier 2025, l’Ouganda est un Etat-partenaire des BRICS+, au même titre que le Nigéria ou le Kazakhstan. Kampala souhaite utiliser ce partenariat pour accéder à la Nouvelle Banque de Développement, et étendre sa coopération militaire avec la Russie. Ainsi, le silence de Moscou sur les différentes pressions envers les opposants politiques, tant en Centrafrique qu’en Ouganda, confirme la nature opportuniste de la diplomatie russe. Cette dernière souhaite avant tout conserver ses liens de coopération sécuritaire avec ses partenaires africains, quitte à les laisser adopter des comportements liberticides et répressifs ; ce qui, en un sens, s’oppose pourtant au principe de « solutions africaines aux problèmes africains » tant promu par le Kremlin.

Annulation mutuelle des visas entre le Myanmar et la Russie pour les séjours de courte durée

Le 27 janvier, la diplomatie russe a officiellement annoncé que les citoyens russes pourraient désormais se rendre au Myanmar sans visa, si leurs visites ne dépassent pas 30 jours consécutifs, ni 90 jours au total dans l’année. Autrement, pour des séjours plus longs ou pour des visites sortant du cadre touristique (travail ou études, par exemple), les obligations de visa sont toujours appliquées. De même, les citoyens birmans se rendant en Russie sont également concernés par cet assouplissement.

Comme expliqué dans un précédent article, cette mesure survient après un accord passé entre Moscou et la junte birmane, en octobre 2025. Si l’annulation mutuelle des visas ne mènera probablement qu’à une faible augmentation du tourisme russe au Myanmar, cette annonce correspond davantage à un geste symbolique de coopération entre les deux nations. D’après le Stimpson Centre, le Kremlin espère investir dans les filières énergétiques et technologiques myanmaraises, mais ses intérêts en Asie du Sud-Est s’alignent davantage sur ceux de la Thaïlande ou du Viêtnam. En comparaison à ces deux pays, la junte birmane paraît en retard économiquement, et gênée par la guerre civile qui fait rage depuis 2021.

Dès lors, la Russie voit dans le Myanmar un acte symbolique, une forme de solidarité entre deux pays visés par de rudes sanctions internationales. Pour prouver la résilience de leurs deux économies, le renforcement du partenariat russo-birman devient un choix assumé à l’encontre de leurs adversaires sur la scène internationale ; à savoir, avant tout, l’Occident.

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