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VEILLE EUROPE DE L’EST – du 22 janvier au 28 janvier 2022

Equipe de veille géopolitique Europe de l’Est (Hors UE): Olga Chekhurska, Khava Doudoucheva, Clelia Frouté

22/01/2022: Le vice-amiral de la Marine allemande démissionne à la suite de ses propos sur la crise en Ukraine. (Khava Doudoucheva)

Ce samedi 22 janvier, le vice-amiral Kay-Achim Schönbach a démissionné de ses fonctions suite au scandale provoqué par ses déclarations tenues lors d’une conférence à New Delhi. Il a déclaré publiquement que Vladimir Poutine méritait le «respect» de la part de l’Occident, en soutenant qu’il «est facile de lui donner le respect qu’il exige vraiment, et qu’il mérite probablement aussi», et a fini par ajouter «la péninsule de Crimée a disparu : elle ne reviendra jamais». Dans ce contexte particulièrement tendu, il a notamment qualifié «d’inepties» les intentions  de la Russie prêtées par les alliés de l’Otan d’envahir l’Ukraine.

Il s’est immédiatement excusé pour ses propos qui ont été vivement critiqués par les autorités allemandes et ukrainiennes, et a fini par demander qu’on le relève de ses fonctions avec «effet immédiat». Le ministère allemand de la défense a immédiatement pris ses distances par rapport à ces déclarations controversées, et son porte-parole a déclaré que les commentaires du vice-amiral ne reflétaient “en aucune façon la position” du ministère, tant “en termes de contenu que de choix des mots ».

22/01/2022: Le Royaume-Uni affirme disposer d’informations prouvant une tentative d’ingérence russe en Ukraine. (Khava Doudoucheva)

Lors d’un communiqué publié ce samedi 22 janvier, le ministère des affaires étrangères britannique a accusé la Russie de vouloir installer un «leader pro russe» à Kiev, et a suggéré que «l’ancien député ukrainien Evgueni Mouraïev est considéré comme un candidat potentiel». Liz Truss a affirmé qu’ils sont en possession d’informations «selon lesquelles les services de renseignement russes entretiennent des liens avec de nombreux hommes politiques ukrainiens», en citant quatre autres personnalités ukrainiennes: Mikola Azarov, Serhiy Arbuzov, Andriy Kluyev et Volodymyr Sivkovych. Le ministère russe des affaires étrangères n’a pas tardé à répondre en dénonçant la «désinformation» britannique, et en ajoutant qu’il s’agissait d’une preuve supplémentaire que «ce sont les pays de l’OTAN, notamment les Anglo-Saxons, qui font monter les tensions» en Ukraine. Il a également demandé aux Britanniques de mettre fin  à leurs activités provocatrices et d’arrêter de diffuser des absurdités».

26/01/2022 : Réunion en format Normandie sur l’Ukraine à Paris le 26 janvier 2022 (Olga Chekhurska)

Alors que la tension monte entre la Russie et l’OTAN à propos d’une invasion éventuelle de l’Ukraine, des représentants russes, ukrainiens, allemands et français se sont réunis en format Normandie ce 26 janvier. Les délégations ont été représentées respectivement par le chef adjoint de l’administration présidentielle russe Dmitri Kozak, le conseiller diplomatique du président français Emmanuel Bonne, le conseiller en politique étrangère du chancelier allemand Jens Plötner, et le chef du cabinet du président ukrainien Andriy Yermak. 

Les conseillers politiques des dirigeants des quatre pays ont discuté pendant plus de huit heures. Après la fin de la réunion tard dans la soirée, l’Élysée a publié un communiqué conjoint. Il confirme que les accords de Minsk sont la base des travaux du format Normandie et précise que les négociateurs entendent réduire les divergences existantes pour aller de l’avant. La rencontre annoncée à Berlin dans deux semaines confirme que les choses ne s’arrêteront peut-être pas là.

En outre, les conseillers ont convenu que le cessez-le-feu dans le Donbass devait être respecté indépendamment de désaccords sur d’autres questions.

Le représentant ukrainien, Andriy Yermak, lors de sa conférence de presse a confirmé que de nombreuses divergences politiques subsistent toujours, mais les parties se sont fixées pour objectif de les éliminer et de trouver un terrain d’entente.

Depuis des années, l’Ukraine et la Russie s’accusent mutuellement de violer les accords de Minsk. Les autorités ukrainiennes répètent que l’Ukraine est en guerre avec la Russie, ce qui signifie que la paix aurait dû être négociée directement avec Moscou. La Russie, de son côté, considère que l’Ukraine doit respecter les accords de Minsk, où Kiev et les Républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk sont désignées comme des parties au conflit qui doivent résoudre leurs relations par le dialogue. Kiev refuse de les reconnaître comme parties au conflit et de mener des négociations directes avec eux.

27/01/2022 : Dans la soirée du 27 janvier, une conversation téléphonique a eu lieu entre les présidents de l’Ukraine et des États-Unis, Volodymyr Zelensky et Joseph Biden (Olga Chekhurska)

Au cours de la conversation téléphonique avec Volodymyr Zelensky le 27 janvier le président Biden a réaffirmé “la volonté des États-Unis, ainsi que de leurs alliés et partenaires, de réagir de manière décisive si la Russie continue d’envahir l’Ukraine». Le président américain a noté que les États-Unis avaient fourni l’année dernière plus d’un demi-milliard de dollars d’aide au développement et d’aide humanitaire à l’Ukraine et étudiaient la possibilité d’un soutien macroéconomique supplémentaire. Biden a indiqué que malgré le départ des membres de la famille des diplomates, l’ambassade américaine à Kiev reste « ouverte et pleinement opérationnelle ». Les accords de Minsk et la dernière réunion au format Normandie ont été mentionnés. La Maison Blanche a salué la décision des parties de trouver un terrain d’entente, malgré des désaccords sur d’autres points. Le président Biden a promis le soutien des États-Unis aux efforts de résolution du conflit au format Normandie, exprimant son espoir que la réaffirmation du cessez-le-feu par les parties contribuera à réduire les tensions. 

Le président ukrainien s’est félicité de l’importance du maintien de la présence diplomatique américaine dans le pays et a remercié pour l’aide fournie , en particulier sous la forme d’armes létales défensives. Pour rappel, le mardi 25 janvier, le troisième avion des États-Unis avec un lot d’armes létales est arrivé en Ukraine. Il s’agit de la dernière livraison d’armes dans le cadre de l’aide de 200 millions de dollars à l’Ukraine approuvée par l’administration du président Joe Biden.

28/01/2022: Guerre et paix: le discours du président Alexandre Loukachenko (Clelia Frouté)

Ce 28 janvier, le président de la République du Bélarus Alexandre Loukachenko a présenté à l’Assemblée nationale un discours à propos de la « situation dans le monde ». Il y a reconnu la « peur de l’inévitabilité d’une guerre » que beaucoup éprouvent en ce moment, mais en tempérant.

Il se dit à la recherche d’un compromis, et a admis que deux voies seraient possibles, avec « soit de nouveaux accords, soit une nouvelle escalade et une nouvelle guerre mondiale ». A la question de savoir s’il y aura une guerre ou non, Alexandre Loukachenko a répondu que « oui, ce sera le cas, mais seulement dans deux cas : si une agression directe est commise contre la Biélorussie, si une guerre ouverte est déclenchée contre [leur] Biélorussie. ». Alexandre Loukachenko déclare donc ouvertement qu’il n’agira qu’en cas de légitime défense. Il a ajouté en « deuxième point, [que] s’il y avait une guerre et que le Bélarus y participait, c’est si [leur] allié, la Fédération de Russie, était directement attaquée et que la même agression était commise contre le territoire de la Fédération de Russie. La base pour cela sont [leurs] accords alliés. ». En affirmant son alignement à la Russie en cas de légitime défense, il fait référence à l’Union qui lie les deux pays, dans le cadre de laquelle les exercices « défensifs » de la « Résolution de l’Union – 2022», tels qu’ils sont qualifiés par les représentants russes et biélorusses, se déroulent en ce moment-même.

Le président biélorusse a ajouté, dans l’intention, dit-il, de ne pas voir ses propos « déformés » et afin qu’il ne soit pas « considéré comme l’initiateur de quelque guerre que ce soit », qu’il « connaît le prix d’une vie terriblement lourde », en s’adressant à ceux dont la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale laisse encore des traces aujourd’hui. Ainsi, il affirme que la guerre est « inacceptable », « effrayante » pour la République du Bélarus, et que ses conséquences sur les « conditions de vie » seraient terribles. Il a spécifié ses propos en précisant que certains représentants, soit compris comme de pays Occidentaux, avaient « oublié » ces désastreuses conséquences et s’imaginaient pouvoir « gagner ». Pour conclure, il rappelle qu’il n’y aurait « pas de victoire à cette guerre », car « tous y perdraient», et que les précédentes avaient suffi à la Biélorussie avec leurs millions de pertes.

Ce discours fait suite à la réunion en format Normandie ayant eu lieu ce 26 janvier et aux négociations en cours qui n’ont pas fini de mener à des réactions divergentes. Le porte-parole du département d’État américain, Ned Price, a commenté ce 27 janvier l’affluence de milliers de soldats russes sur le territoire biélorusse, ce qui selon lui porterait atteinte à la souveraineté et à l’indépendance de la République du Bélarus. Il a également souligné la zone stratégique que représente la Biélorussie pour la Russie face à l’Ukraine. Pour Svetlana Tsikhanouvskaia, la Russie utilise le président biélorusse et sa position de dépendance à « ses propres fins politiques ». Ainsi, elle verrait dans les opérations militaires conjointes russes et biélorusses actuelles un signe d’allégeance d’Alexandre Loukachenko.

28/01/2022: L’opposante Svetlana Tsikhanouvskaia nominée par la Norvège au Prix Nobel de la Paix 2022 (Clelia Frouté)

La cheffe de l’opposition biélorusse, Svetlana Tsikhanouvskaia, dorénavant en exil en Lituanie, a été nominée  par la Norvège pour le prix Nobel de la paix de 2022, a annoncé le 28 janvier son conseiller Franak Vyachorka. Ce dernier a soutenu que cette seconde nomination en deux années consécutives était un honneur pour les Biélorusses qui continuent « leur combat pour la liberté » , malgré les difficultés que celui-ci représente. Il n’a pas oublié de remercier les parlementaires norvégiens Vervik Bulestad et Harek Elvesen qui seraient à l’origine de cette nomination. La cheffe de l’opposition s’était également vu décerner le prix Sakharov des Droits de l’Homme en octobre 2020, événement lors duquel elle avait souligné que ce prix n’était « pas sa récompense personnelle, mais une récompense pour le peuple biélorusse ».

25-29/01/2022 : A propos de la « Résolution de l’Union 2022 »

Le président du Bélarus Alexandre Loukachenko a voulu rappeler ce 25 janvier la nature des exercices militaires conjoints à la Russie « Résolution de l’Union 2022 » lors d’une séance avec l’Académie nationale des sciences. Il a ainsi soutenu le caractère légal des opérations se déroulant sur le territoire biélorusse dans le cadre d’exercices militaires conjoints de démonstration des capacités de défense aérienne et de déploiement des troupes. Au président de préciser que ceux-ci avaient été convenus un an auparavant avec le président russe Vladimir Poutine, et sont avant tout destinés à repérer les zones faibles de défense le long de la frontière avec l’Ukraine, qu’il qualifie d’aussi sensible que celle avec la Pologne, ce qui avait déjà été réfléchi de longue date et aurait coïncidé avec la crise actuelle du dossier ukrainien. Il a fini par définir les exercices de la « Résolution de l’Union 2022 » comme étant « une démonstration de force ».

Le 27 janvier, le premier vice-ministre de la Défense biélorusse Viktor Goulevich a répété au service de presse que les exercices de la « Résolution de l’Union 2022 » étaient uniquement à « caractère défensif » et qu’ils « ne constituaient pas une menace pour la communauté européenne et pour les pays voisins ».

Suite à ces déclarations, le ministère russe de la Défense a annoncé ce 29 janvier avoir transféré des systèmes de missiles antiaériens et de canons Pantsir-S pour les exercices en Biélorussie. Un échelon ferroviaire a livré à la base de déchargement un bataillon de missiles antiaériens et de canons Pantsir-S du district militaire de l’Est. La division Pantsir-S comprend 12 véhicules de combat, chacun pouvant transporter 12 missiles antiaériens dans des conteneurs de transport et de lancement. Après le déchargement, les troupes devront aller vers les zones spécifiées, où elles équiperont les positions et prendront des mesures d’entraînement et de combat dans le cadre du système régional unifié de défense aérienne de la Biélorussie et de la Russie mis en place par l’opération « Résolution de l’Union 2022 ».

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